L'exil et la délivrance selon le Rav Kook et la nation d'Israël
Exil d'espace, de temps et d'être ; Yaakov et Israël, corps et âme ; la Torah comme identité retrouvée au Sinaï.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Gueoula de l'âme et Gueoula du corps selon le Rav Harlap, 15 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Dans la série de nos conférences concernant la Nechama du peuple d'Israël, c'est-à-dire l'âme d'Israël, nous rentrons aujourd'hui dans un nouveau sujet qui s'inscrit bien entendu dans ce sujet principal. Je veux parler de la rédemption, dans deux niveaux différents: une rédemption, entre guillemets, divine, qui s'appelle en hébreu
et la rédemption que nous attendons aussi au niveau terrestre, celle du peuple d'Israël, qui s'appelle donc la Gueoula. Autrement dit, l'exil ne concerne pas seulement une partie, mais les deux parties. Et la partie divine, lorsqu'elle ne peut pas se dévoiler, entre guillemets, dans ce monde, est considérée comme si elle était en exil. Autrement dit, Dieu, béni soit-il, lorsqu'il ne se dévoile pas, lorsqu'il n'y a pas de porte-parole dans le monde de la matière pour son unicité, ses valeurs célestes, ses qualités supérieures, c'est considéré comme si lui-même était dans un état d'emprisonnement, d'exil. Et nous attendons, nous prions, et nous devons activer sa délivrance.
Et c'est ce que nous disons: nous attendons sa délivrance parce que nous faisons en sorte que ses valeurs divines, que son éthique divine, se dévoilent sur terre, pour que le monde d'en bas ait les mêmes valeurs, au niveau des valeurs de l'éthique divine. C'est-à-dire que lorsque le monde vivra avec la morale divine, le monde sera dans un état de rédemption. Hakadoch Baroukh Hou lui-même se dévoilera: il sortira de son emprisonnement, de son manque de dévoilement, de son manque d'expression. Et le peuple d'Israël, qui va en réalité lui-même être sauvé, parce qu'il va être le Verbe, parce qu'il va être le porte-parole, va lui-même se dévoiler, et en même temps va libérer le monde tout entier par sa propre libération.
Il faut comprendre que l'exil et la délivrance sont le sujet principal du judaïsme, car l'exil peut se définir à plusieurs degrés. Il y a d'abord un exil territorial. Cela veut dire que si l'homme ne vit pas à l'endroit qui correspond à sa nature, s'il n'y a pas de correspondance entre l'homme et le lieu, entre l'espace et l'homme, il y a exil.
Une autre forme d'exil est un exil au niveau du temps. C'est-à-dire que si l'homme ne vit pas selon les temps qui lui correspondent, on dira très simplement que si l'homme d'Israël, par exemple, ne respecte pas les temps appropriés à sa nature profonde, autrement dit Chabbat, les fêtes, il y a aussi une forme d'exil au niveau temporel. Cet exil doit donc être réparé par une délivrance au niveau du temps, autrement dit revenir à vivre les instants et les temps qui correspondent à la nature du peuple d'Israël.
Troisième forme d'exil, et donc troisième forme de délivrance, car cela va ensemble: c'est au niveau de l'être. Nous avons vu l'espace, nous avons vu le temps, et il y a aussi un exil au niveau de l'être. Si un homme ne vit pas selon son être, on pourrait dire qu'il est éloigné de son identité. Et étant donné qu'il est éloigné de son identité, il est lui-même exilé de cette identité qui, en réalité, est sa propre vie, sa véritable vie. S'éloigner de son identité, c'est s'éloigner de soi, c'est s'éloigner des valeurs qui correspondent à sa véritable nature.
Cela peut venir de plusieurs raisons, essentiellement d'un manque d'étude de soi. C'est-à-dire que l'homme ne se connaît pas, ne connaît pas sa nature, ne connaît pas la source qui lui a donné la vie, ni quel est le but de cette source au niveau de son existence. L'homme d'Israël doit donc étudier la nature du peuple d'Israël. Sans étudier cette nature, l'homme est déconnecté, comme une feuille arrachée à l'arbre, qui malheureusement est en train de mourir, de sécher, alors que l'arbre, lui, continue de vivre. Un homme d'Israël qui se retire du groupe global d'Israël est en état de danger, est en état d'exil. Cet exil, s'il est malheureusement exagéré, va vers la perdition totale.
Nous allons donc, à ce stade de ces formes d'exil, aborder toutes ses formes de délivrance.
Vous connaissez bien l'exil d'Égypte. En tout cas, la Torah nous raconte très longuement le récit de cet exil. On pourrait se demander ce qui se passe dans cet exil d'Égypte. Eh bien, les sages nous expliquent que l'exil d'Égypte rassemble en lui tout ce que nous venons de dire. Autrement dit, en Égypte, nous sommes d'une part en dehors de notre place: voici l'exil de l'espace. Nous sommes dans une terre étrangère, étrangère à notre nature, étrangère à notre culture, étrangère à nos valeurs, même au niveau territorial. Il y a donc un rejet entre le peuple d'Israël tel qu'il doit être et l'endroit où il se trouve.
Le texte de la Torah nous dit clairement que l'homme, individuellement parlant, peut vivre dans un état d'exil. Autrement dit, Yaakov, qui relate et reflète l'homme individuel, lui peut vivre en Égypte. Par contre, la nation d'Israël, qui s'appelle elle Israël, ne peut pas vivre dans un état étranger, dans un lieu étranger à sa source. Et donc le texte de la Torah est clair: si toutefois Yaakov arrive à vivre sur la terre d'Égypte, le verset suivant dit: « Les jours d'Israël sont très proches de la mort. » Il y a donc ici une contradiction totale, dans la mesure où l'individu, qui s'appelle Yaakov, peut continuer de vivoter, de survivre, j'allais dire, alors que la nation d'Israël est en train de périr dans un état d'exil.
Néanmoins, cette souplesse de pouvoir revenir à l'état de Yaakov permet aussi notre subsistance, nous permet aussi de résider temporairement dans un pays qui nous est étranger. Ce Yaakov, c'est donc une souplesse d'Israël: revenir, se plier, redevenir un individu pour pouvoir vivre le temps de l'exil, pour simplement reformer cette nation et revenir, lors de la rédemption, sur la terre, sur le pays, sur l'endroit qui correspond à la nature de la nation tout entière.
Nous avons ici des notions qui peuvent être très profondes et qui touchent les secrets de la Torah, car le nom Yaakov est synonyme de rondeur, de cercle, de forme circulaire. Alors que le terme Israël est référencé par rapport à la droiture, par rapport à la ligne, par rapport à une direction, à un sens de vie, à une valeur de vie. Je fais donc ici le parallèle entre Yaakov, qui est la forme circulaire, plutôt féminine, plutôt naturelle, et la forme Israël, de l'autre côté, plutôt masculine, plutôt au niveau de la direction de la pensée, plutôt au niveau du surnaturel, donc de l'ordre de la Nechama. Nous voici donc Yaakov et Israël comme un corps et une âme, et Israël, qui est l'âme, doit diriger le corps Yaakov.
Lorsque Yaakov ne vit que par son corps, il est comme un corps sans âme. En tout cas, il ne peut pas dévoiler l'âme du collectif Israël. Il la dévoile à son niveau, à son petit niveau individuel, et c'est l'état d'exil. Lorsque la nation se dévoile, et qu'elle vit donc au degré d'Israël, elle peut avoir un corps beaucoup plus large, un corps collectif de la nation, du collectif d'Israël. Ce corps national devient en réalité le vecteur, …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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