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L'arc de Titus et la revanche de l'histoire

Du triomphe romain de 70 au passage des Juifs de Rome sous l'arc en 1947, après le vote de l'ONU.

5 min

Rav Élie Kling

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous sommes à Rome au mois de novembre de l'année 70. Pas 1970, 70. Et Rome célèbre en fait la fin de la Judée. Jérusalem a été détruite, le Temple a brûlé, et c'est le grand défilé du triomphe de Vespasien. Vespasien doit se dire, en regardant cette foule l'applaudir, que la vie réserve certainement bien des surprises. Sept ans seulement auparavant, Néron, l'empereur fou, avait mis sa tête à prix. Il voulait absolument le tuer parce que le pauvre s'était assoupi lors d'une représentation théâtrale à laquelle Néron assistait,

et il en avait tué pour moins que ça. Vespasien s'était donc parti se cacher. Puis le roi fou s'était suicidé et avait plongé Rome dans un chaos terrible. En un an, quatre empereurs se sont succédé. Et c'est Vespasien qui avait été nommé chef des armées par le même Néron, pour mater cette Judée rebelle. Il avait été rappelé de Judée pour prendre sur lui l'Empire de Rome. Il avait alors nommé son fils Titus à la tête des armées pour terminer l'opération, qui ne devait plus durer très

longtemps.

En effet, quelques mois après, Jérusalem tombe et c'est le grand défilé des victoires militaires. Titus est présent, évidemment, avec son attelage de quatre chevaux blancs. Et ça n'en finit pas: il y a les esclaves juifs qui défilent, il y a évidemment l'or, l'argent, et surtout la fameuse table qui se trouvait à l'intérieur du Temple, et également la Ménorah, toute en or.

Tout ça défile, tout ça est applaudi. À ce moment-là, Vespasien voit Titus, ils se font un petit signe tous les deux, et ils attendent le moment le plus important: celui où l'on va exécuter sur la place publique l'homme qui était à la tête des armées juives. En effet, dans un cri de joie de toute la foule romaine qui assiste à cette mise à mort, le défilé se termine.

Quelques années après, Titus est devenu lui-même empereur et a pris la place de son père, mais il est mort trois ans seulement après. Il n'a donc pu être empereur que trois ans. C'est son frère qui décide, sur la même place, au même endroit, de créer un arc de triomphe qui existe toujours. On y voit sur une colonne le fameux Titus avec son attelage de quatre chevaux, et de l'autre côté, sur l'autre colonne, on voit également la Ménorah. On essaye, à l'endroit même où il y avait le culte de Jupiter à l'époque, de commémorer cette joie extrême qui avait eu lieu onze ans auparavant. Nous sommes en 81, au moment où ce fameux arc de triomphe a été érigé sur l'endroit même où avait eu lieu le défilé un peu avant.

Quelques siècles plus tard, beaucoup de siècles plus tard, nous sommes en 1947, toujours au mois de novembre, le 30 novembre exactement. C'est le grand rabbin de Rome, le Rav David Prato, qui avait donné rendez-vous à tous les Juifs de Rome devant l'Arc de Triomphe pour une grande cérémonie. Il faut savoir que les Juifs italiens avaient pris sur eux ce vœu, neder, de ne jamais passer sous l'Arc de Triomphe, parce qu'il symbolisait justement l'humiliation des Juifs et la victoire des Romains. Mais la veille, le 29 novembre 1947, l'Organisation des Nations unies avait voté pour la création d'un État juif en Erets Israël. Le mot était venu d'arrêter, d'annuler ce vœu. Il n'était plus question de s'abstenir de passer sous l'arc de triomphe, puisque l'histoire avait remis le peuple juif sur la scène de l'histoire.

Les Juifs italiens venaient de sortir d'une période de guerre dramatique, et ils en voulaient beaucoup au pape. Le rabbin qui était là pendant la Shoah n'était plus avec eux. On avait donc fait appel à ce rabbin, qui était installé en Israël mais qui était venu prendre la tête de la communauté juive de Rome. Tout le monde était assemblé ici. Les badauds romains non juifs ne savaient pas trop de quoi il s'agissait. Le rabbin avait préparé un grand discours très émouvant sur ce qui venait de se passer, sur la boucle de l'histoire qui se referme.

Sauf que, pris par l'émotion, lorsque tout le monde se tait et se tourne vers lui pour entendre ce qu'il a à dire, il n'arrive plus à parler du tout. Il a oublié tout ce qu'il voulait raconter: la fin du malheur des Juifs de Rome et du monde, le retour enfin en Erets Israël, le fait que ce peuple têtu a finalement eu raison de ces Romains orgueilleux, desquels il ne reste plus rien. Comme rien ne sortait de sa bouche, c'est un vieux Juif de Rome, qui avait vécu la Shoah là-bas, qui décide de prendre la parole et qui crie la bénédiction que l'on fait dans ces circonstances:

Chehehéyanou, véqiyemanou, véhiguiyanou lazman hazé, béni sois-tu qui nous a fait vivre jusqu'à ce moment-là. À ce moment-là, le rabbin fait un signe de main et tout le monde passe sous l'arc de triomphe pour la première fois depuis l'an 70, enfin depuis l'an 80, depuis le moment où ce monument avait été érigé. Mais cette fois-ci, ils font bien attention à passer du nord au sud d'Europe jusqu'en Erets Israël, pour bien montrer que les Juifs sont revenus sur la scène de l'Histoire, et qu'ils prennent la bonne direction. Shalom à tous.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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