Caïn : la naissance du premier enfant et le midrash des douze heures
Pourquoi Adam et Chava n'ont pas été punis de mort le jour même, selon le midrash, et ce que dit la naissance de Caïn.
Rav Élie Kling
Ensuite : Noa'h : les quatre étapes de la responsabilité humaine, 7 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Donc je préfère qu'on arrive directement au chapitre 4. Le chapitre 4, là, on comprend, on parle de jalousie, on parle de haine, on parle de crime, on parle de choses qu'on connaît bien, qui sont chez nous. On est bien dans notre monde: ils sont bien sortis du Gan Eden, on est en pays familier. Et donc on va sans doute revenir ensuite sur le troisième chapitre. On va commencer par le quatrième, parce qu'il y a un certain nombre de choses importantes qui entrent dans le cadre de ce qu'on avait l'intention de faire, c'est-à-dire montrer comment la Torah a choisi les différents événements de ces deux premiers millénaires, avant d'arriver à Rav. Et évidemment, l'histoire du premier crime de l'histoire est un choix particulier, il est incontournable, et donc chaque mot, pratiquement, de ce chapitre est important. On va essayer de comprendre de quoi il s'agit. L'histoire de Caïn et Hével commence donc au quatrième chapitre.
Remettez-vous en mode où vous voyez les gens qui ont enlevé la liste: vous retournez en haut à droite, où vous me voyez, et vous allez sur le deuxième petit carré. Vous voyez quatre carrés. D'accord ? Et là, vous me revoyez en bas, vous voyez Chava, etc. Super, voilà, c'est plus agréable pour vous. Désolé. Il n'y a pas de problème. Très bien.
Si vous suivez avec moi le premier verset du quatrième chapitre, c'est celui qui apparaît sur votre écran: Vehaadam yada et Chava ishto.
C'est le premier verset. Traduction: Adam a connu Chava, sa femme. Comme vous le savez, lorsque dans la Torah il est écrit qu'un homme connaît sa femme, il s'agit d'avoir des relations intimes. Donc on nous raconte qu'Adam a eu des relations avec sa femme Chava, très bien. Et qu'en conséquence de cela, elle est tombée enceinte. Et elle a accouché de Caïn.
Vous remarquez comment la Torah s'exprime. Ce n'est pas qu'elle a enfanté un enfant et qu'elle l'a appelé Caïn: elle a enfanté Kayin directement. Kaniti ich et Hachem: elle avait déjà pensé au nom avant, puisqu'il sort, il avait déjà son nom. Et ensuite elle donne l'explication du nom: « Pourquoi j'appelle Caïn ? », dit-elle, « Kaniti, ich, et Hachem ». Voilà quatre mots qui sont simples, mais ensemble, ce n'est pas très clair. Kaniti, ich, Hachem: on ne comprend pas très bien ce que ça veut dire. Kaniti,
ça veut dire, comme vous le savez, « j'ai acquis », de kinyan. Kaniti, j'ai acquis; ich, un homme; et Hachem, on ne sait pas trop ce que ça veut dire: « de Dieu », « par Dieu », « avec Dieu ». Enfin, c'est un peu compliqué. Donc on va essayer de comprendre de quoi il s'agit, la naissance de ce premier enfant. Mais avant, on va s'arrêter quelques instants sur les premiers mots, sur les cinq premiers mots.
« Et Adam a connu Chava, sa femme. » Donc Adam a eu des relations avec Chava, sa femme. Le midrach, dans Béréchit, trouve que c'est étonnant de commencer le quatrième chapitre par ce que la Torah nous raconte ici. Parce que, rappelez-vous, dans le deuxième chapitre, Dieu avait dit: voilà, tu peux manger de tous les fruits, mais attention, il y a une exception particulière. Si tu manges des fruits, c'est interdit, et ensuite, tu mourras. Beyom ékhélékha mimenou, mot tamout: le jour où tu en manges, ce jour-là, tu meurs.
Et le chapitre suivant, le chapitre 3, on nous raconte comment il a fauté, donc il a mangé. Autrement dit: on te dit, attention, si tu manges, tu meurs; ensuite on dit qu'il a mangé, et donc normalement le chapitre suivant devrait commencer par « et l'homme mourut ». Et au lieu de commencer le chapitre par « et l'homme mourut », on nous raconte tout d'un coup qu'il vit bien, il vit même très bien. Non seulement il ne meurt pas, mais en plus il prend le temps de se reproduire: il connaît sa femme, tout va bien, il a des enfants.
Et ça étonne énormément le midrach que la menace de Dieu ne soit pas mise à exécution. Normalement, l'homme aurait dû mourir le jour même. Beyom ékhélékha mimenou, le jour où tu en manges, ce jour-là, tu meurs. Regardez ce que dit le midrach, qui se trouve un peu en dessous, là où il y a écrit numéro un: Vehaadam yada et Chava ishto. Et Adam a connu Chava. Le midrach rapporte un verset qui est un verset de Tehilim, des Psaumes: Zekhor rachamekha Hachem vehasadekha ki mé-olam hèma. C'est
David qui s'exprime et qui demande — ce n'est pas important dans quelles circonstances — et il fait appel à la bonté et à la miséricorde divines: hessed, rahamim. Et il précise que la bonté et la miséricorde de Dieu, ce n'est pas un truc qu'il demande maintenant et qui n'a jamais existé. Il ne demande pas à Dieu de faire quelque chose qu'il n'a jamais fait auparavant, ce qui serait plus difficile à obtenir. Il dit: si je te le demande, c'est parce que de tout temps, de tout
temps, tu as été miséricordieux et bon. Zekhor rachamekha Hachem, souviens-toi, dit-il, de tes rahamim, souviens-toi de ta miséricorde, souviens-toi de ta bonté, qui existe depuis toujours, ki mé-olam hèma.
Et le midrach l'explique: qu'est-ce que ça veut dire, « elle a existé de tout temps » ? Ki mé-olam hèma: ce n'est pas de maintenant que ça commence, cette affaire-là. Tu as de tout temps été bon et miséricordieux. Puisque tu as déjà utilisé ton hessed et ton rahamim, ta miséricorde est engagée avec le premier homme. Puisque, chez Adam et Chava, il est écrit « le jour où tu en mangeras », et si tu n'avais pas donné une interprétation très sympathique, très gentille, très miséricordieuse du mot yom, qui veut dire jour, eh bien, évidemment, depuis longtemps, on n'aurait pas commencé le quatrième chapitre par « et l'homme connut sa femme », mais au contraire par « et l'homme mourut ».
Ce que veut dire ici le midrach, à la fin, c'est que, bon, il n'y a pas de souci: le midrach s'amuse à prendre à la lettre ce qui nous dit qu'un jour pour Dieu, c'est comme mille ans pour l'homme. A priori ce n'est pas à prendre obligatoirement à la lettre, mais là, il la prend à la lettre. Il dit: tu vois, Dieu a bien dit « le jour où tu en manges, tu mourras », sauf que, finalement, ce n'est pas le jour de l'homme, c'est-à-dire vingt-quatre heures, mais c'est un jour divin, donc mille ans. C'est comme si Dieu disait: bon, ça va, dans mille ans je te tue; mille ans, j'ai le temps de me retourner, de voir ce qui se passe, et j'ai le temps également de faire des enfants. C'est ce que dit donc le quatrième chapitre.
Cette interprétation divine du mot yom est évidemment une surprise pour l'homme, c'est une surprise pour le lecteur aussi, et ça …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
Dans la même série
Les récits de la Genèse relus avec les midrachim, de la Création aux fils de Yaakov.
- 1
Les deux récits de la création de l'hommePourquoi la Torah raconte deux fois la création de l'homme, et ce que change le récit du chapitre 2 : la côte, Isha et le lien conjugal. - 2
Pourquoi la Torah commence-t-elle par la CréationRachi s'interroge sur le premier verset de la Torah et sur la raison d'écrire la Création avant les mitsvot. - 3
Caïn : la naissance du premier enfant et le midrash des douze heuresPourquoi Adam et Chava n'ont pas été punis de mort le jour même, selon le midrash, et ce que dit la naissance de Caïn. - 4
Noa'h : les quatre étapes de la responsabilité humaineAdam, Caïn, Noa'h et la tour de Bavel : quatre apprentissages de la responsabilité avant Abraham. - 5
Abraham apprend à créer le lien avec DieuEntre Lech Lecha et la Akédat Yitzhak, Abraham passe dix épreuves ; la première lui enseigne que le lien avec Hachem peut partir de l'homme. - 6
Avraham le pompier et le château en flammesLe midrach de Rabbi Yitzhak : pourquoi Avraham a été choisi, parce qu'il a posé la bonne question. - 7
Avraham, le palais en flammes et la bonne questionLe midrash du palais en feu : Avraham est choisi pour avoir posé la question du propriétaire du monde. - 8
Yitshak, le patriarche qui transmet la révolution d'AbrahamPourquoi le silence d'Yitshak est un rôle essentiel : perpétuer une révolution plutôt que la faire.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav