Avraham, le palais en flammes et la bonne question
Le midrash du palais en feu : Avraham est choisi pour avoir posé la question du propriétaire du monde.
Rav Élie Kling
Ensuite : Yitshak, le patriarche qui transmet la révolution d'Abraham, 1 h 22
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Une carrière qui commence à soixante-quinze ans
Avraham commence sa carrière à soixante-quinze ans. À soixante-quinze ans, Dieu lui dit: « Quitte ton pays, nous avons des choses à faire ensemble, va-t'en. » Et commence la fameuse révolution d'Avraham, dont nous sommes encore, vous et moi, les descendants spirituels, finalement. Mais qu'a-t-il fait jusqu'à soixante-quinze ans ? En fait, la question est de savoir pourquoi Dieu l'a choisi, lui, plutôt qu'un autre. Même Noé, depuis le déluge, on sait qui est Noé.
Il y a deux ou trois mots à son sujet. C'est un tsadik, on nous dit que c'est un homme bien, etc. Avraham, rien, pas un mot. On ne sait pas d'où il sort. On connaît le nom de son père, le nom de ses frères, et c'est tout. Alors il y a beaucoup de midrashim qui viennent compléter ce trou dans l'histoire, dans le récit. Ce manque: qu'a-t-il fait pendant sa jeunesse, pendant son adolescence ? Il existe donc des midrashim, des récits rabbiniques que vous connaissez bien: il a brisé les idoles, etc. Nous n'allons pas revenir là-dessus, mais il y en a un autre.
Il y en a un autre que je ne sais pas si vous connaissez. Il est un peu moins connu. C'est l'histoire d'Avraham le pompier. Ah, vous ne le connaissez pas, si ? Bon, je le raconte. Le midrash ne commence pas par Avraham qui se balade. Il dit: c'est l'histoire d'un homme qui se balade d'un endroit à un autre, donc un touriste, vous voyez. Et à un moment, il s'arrête devant un palais qui est en train de brûler, un incendie. Il contemple ce palais qui brûle; cela prend du temps, les flammes, les flammes, il brûle.
Et il est très étonné de voir que personne ne vient l'éteindre. Au bout d'un moment, voyant que le palais continue à brûler et que personne ne s'en préoccupe, il se dit: mais le palais n'aurait-il pas de propriétaire ? Et au moment où il se pose cette question, quelqu'un lui frappe discrètement sur l'épaule et lui dit: « Ne t'inquiète pas, c'est moi le propriétaire, tout va bien, tout est sous contrôle. » Ainsi Dieu dit à Avraham: Lekh Lekha, va-t'en. Fin du midrash.
## Le palais, c'est le monde
Ce récit soulève des questions. Si Avraham est celui qui demande où est le propriétaire du palais, cela voudrait dire que le palais, c'est le monde. Pourquoi le monde brûle-t-il aux yeux d'Avraham ? Parce qu'il ne brûle pas physiquement, le monde. Il brûle au niveau spirituel. Tout le monde n'est pas seulement idolâtre; en plus de cela, il n'y a aucun rapport chez eux.
Les gens qui entourent Avraham, y compris sa propre famille: il n'y a pas de rapport entre le fait que ce soient des gens religieux, dans la mesure où ils ont des dieux, des idoles, ils les servent, ils font leur culte régulièrement, etc., et leur comportement dans la vie de tous les jours. Ce sont des gens complètement immoraux. Ils trompent tout le monde dans le commerce, ils n'ont aucun respect les uns pour les autres, tout va mal. Le monde brûle, le monde brûle, et Avraham voit le monde brûler et se dit: mais je ne comprends pas. Où est le propriétaire ?
Et à ce moment-là, Dieu lui dit: « C'est moi le propriétaire du monde, ne t'inquiète pas. » Quand on lit ce midrash, on essaie de comprendre ce qu'on veut nous dire ici. On veut nous expliquer pourquoi Avraham a été choisi par Dieu pour commencer la révolution avrahamique. Si je vous réveille à trois heures du matin et que je vous demande: Avraham, pourquoi a-t-il été choisi ? Quel est son but ? Quelle est sa grande innovation, sa grande révolution ? Vous allez me répondre: Avraham, c'est le premier qui a trouvé Dieu.
C'est le premier qui a inventé, ou réinventé, le monothéisme. Il existe d'autres midrashim qui disent qu'Avraham, le matin, pensait que le soleil était Dieu, et puis, quand il a vu qu'il se couchait le soir, il s'est dit: bon, ce ne doit pas être le soleil, peut-être alors la lune. Mais le matin suivant, il voyait de nouveau le soleil, alors il se posait des questions jusqu'au moment où, dit le midrash, il a compris qu'il y avait quelqu'un au-dessus de toutes les forces de la nature, et que c'est celui-là qui a créé la nature tout entière. Donc un juif normal, et même un non-juif normal, si vous lui demandez ce qu'Avraham a fait de spécial dans sa vie, vous répondra: c'est celui qui a inventé, ou réinventé, le monothéisme.
Or le midrash que nous venons de lire est révolutionnaire, parce qu'il ne dit pas du tout cela. Il ne dit pas qu'Avraham a été choisi parce qu'il est le premier à avoir trouvé Dieu, le premier croyant, le premier monothéisme de l'histoire. Il dit même exactement le contraire. Avraham regarde le monde qui brûle et se dit, question rhétorique: serait-ce que le monde n'a pas de propriétaire ? Question rhétorique !
La réponse d'Avraham, c'est évidemment: non, s'il y avait un propriétaire, il serait là. Et c'est à ce moment-là que Dieu lui dit: d'accord, toi et moi, nous allons changer le monde. Cela veut donc dire qu'Avraham a été choisi non pas parce qu'il a trouvé la réponse, mais parce qu'il a posé la question. Ce n'est pas parce qu'il a trouvé Dieu; c'est au contraire, peut-être même, si j'osais, je dirais que ce n'est pas le premier monothéiste, Avraham: c'est le premier véritable athée.
Car si, d'après ce midrash, on avait laissé Avraham dans ses réflexions, il serait arrivé à la conclusion que décidément, il n'y a pas de dieu sur terre. Et s'il y en a un, et qu'il tolère ce genre de choses, ce dieu-là n'est pas le mien, je préfère qu'il n'y en ait pas. Ou plutôt, c'est comme s'il n'y en avait pas. Avraham a été choisi non pas parce que c'est le premier croyant, mais parce que c'est le premier véritablement incroyant. Il a été choisi non pas parce qu'il est le premier à avoir trouvé des réponses, mais parce qu'il est le premier à avoir posé les bonnes questions.
Comme si Dieu lui disait: « Tu crois que moi, ça m'amuse de voir le monde brûler ? Mais je ne peux pas l'éteindre tout seul. Je l'ai déjà fait une fois, à l'époque du déluge. Cela a-t-il servi à quelque chose ? Rien du tout. » D'ailleurs, le déluge, c'est l'eau. Je suppose que c'est pour cela que le midrash prend l'histoire du feu et de l'incendie: il pensait au déluge. J'ai donc déjà éteint une fois l'incendie. Cela a-t-il servi à quelque chose ? Non. J'attendais qu'il y ait, dans le genre humain, quelqu'un qui, comme moi, pense que ce monde ne peut plus durer comme cela, que c'est un monde qui brûle et qu'il faut absolument faire quelque chose. Et lorsque j'aurai trouvé un associé
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