La techouva, mouvement cosmique avant l'homme
Le Rav Kook montre que le retour commence dans la chute de l'être fini vers sa source infinie, avant toute faute humaine.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le bien des méchants et la techouva selon Orot, 43 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour David. Bonne fête du 6 Yars. Le 6 Yars est un jour très important: c'est le jour de la fin du mandat britannique. Je vous rappelle que la déclaration d'indépendance a été faite le 5 Yars, un vendredi après-midi, en prévision de la fin du mandat britannique, qui devait intervenir à minuit, pendant Chabbat. Le 6 Yars est donc le jour de la fin du mandat britannique. Bonne fête de fin du mandat britannique.
D'ailleurs, je crois que c'est aussi le jour où a été prise la décision de la conférence de San Remo, qui a fondé le mandat britannique, et qui a donc été la première reconnaissance officielle, dans le monde politique, du droit d'Israël sur sa terre. Ce n'est donc pas n'importe quel jour. Bienvenue à tout le monde. Puisque j'ai fait une belle introduction, nous allons passer maintenant à notre texte. Comme vous le savez, nous étudions en permanence Orot HaTechouva.
Après une interruption assez remarquable, pourrait-on dire, nous en sommes arrivés au chapitre Youdalef, au paragraphe Alet. On peut voir ici le soutien technique apporté par David Altar, de très bonne qualité. Nous en sommes donc au chapitre Youdalef, au paragraphe Alet.
Alors là, le Rav Kook va nous parler de la techouva en termes quasi kabbalistiques, en vérité. Il n'emploie pas le vocabulaire kabbalistique, mais les idées qu'il présente sont tirées directement des enseignements du Ari. Et de quoi s'agit-il ? La techouva, comme vous le savez, est un mouvement qui a pour origine, disons, ce qui se passe quand on parle de la raison pour laquelle quelqu'un fait techouva: il fait techouva à cause de ses péchés.
Mais en vérité, on a compris, et je pense que le Rav a mis ça assez en évidence, que la techouva est un mouvement cosmique qui implique tout être, l'ensemble du cosmos, et même l'homme, et même le pécheur. C'est-à-dire que la techouva n'est pas un mouvement qui commence par la conscience du péché, même si au niveau conscient les choses peuvent se présenter ainsi. La techouva est une sorte de mouvance générale de tous les êtres qui reviennent à leur origine.
Ce mouvement commence bien avant l'apparition du monde matériel et bien avant l'apparition de l'homme. C'est précisément ce dont le Rav Kook va nous parler ici, au paragraphe Alet. Je lis le texte: « Le cheminement de tout être est construit sur le fondement de la techouva. »
Faire techouva suppose quand même une chute. La chute n'est pas forcément un péché, mais elle suppose un éloignement, parce que lachouv, revenir, signifie qu'on s'est éloigné. Alors, qui s'est éloigné de quoi ? Le Rav nous dit que le monde s'est éloigné de son Créateur, du fait même d'avoir été créé. C'est-à-dire que le mouvement de création, qui a son origine dans l'infini, va former un être fini, le monde, et cet être fini veut revenir à sa source infinie. C'est une idée qu'on trouve chez certains présocratiques, entre autres, mais peu importe.
Les Havayot. Que signifie Havayot ? Cela veut dire les sources de vie. Il entend par là les séphirot de la kabbale, qui portent toutes le nom de Dieu, le Yod Hé Vav Hé, qui est porté en elles, et qui s'appelle Havaya. Yod Hé Vav Hé, ce sont les lettres de Havaya. Les Havayot se manifestent comme une chute de la divinité vers la cosmicité. Je ne sais pas très bien comment dire ça. Disons qu'on passe de l'infini au monde.
Une petite seconde, s'il vous plaît. Les allergies printanières ont quand même leurs droits aussi.
Donc, les sources de vie se manifestent comme une chute, une descente, une chute de la divinité vers le monde, qui est comme une sorte de baisse, et de mort terrible. Il faut comprendre le mot mavet, la mort, en hébreu, et en hébreu biblique en particulier. C'est très différent de ce que signifie ce mot dans d'autres contextes culturels. En général, dans le contexte culturel de la philosophie, par exemple, quand on dit la mort, on entend la disparition. Or, dans la tradition juive, le terme de disparition n'existe pas. Quand on parle de mort, mavet, on entend une chute, une baisse de niveau.
Prenons un exemple tout simple: un homme qui vient de mourir n'a pas disparu, il s'est simplement divisé en deux parties. Son âme est montée et son corps est descendu. Est-ce que c'est l'âme qui est morte ? La réponse est non: une âme ne meurt pas, elle monte. Alors, qui est mort ? Le corps. Le corps a-t-il disparu ? Non, il a simplement baissé de niveau d'être.
C'est pour cela qu'on peut également dire que celui qui a perdu sa richesse, qui est devenu pauvre, est appelé mort dans la tradition. De même, celui qui a perdu la vue, celui qui a perdu sa santé, par exemple le lépreux, tout cela s'appelle ḥachouv kemet, considéré comme mort. On peut donc dire que toute chute est une sorte de mort, et que la chute depuis la divinité vers le cosmos est la pire des morts.
C'est une image très forte, mais elle veut dire ce qu'elle veut dire. Par rapport à cette chute-là, toutes les autres chutes qu'on peut trouver dans le monde, d'un niveau à l'autre, par exemple d'une abondance de capacité ou de richesse à un amoindrissement de la capacité et de la richesse, ne sont pas comparables à celle-ci. C'est-à-dire que la pire des chutes est la chute depuis le divin vers le monde, qui est beaucoup plus grande que toutes les autres chutes du monde. Toutes les autres chutes du monde sont des chutes à l'intérieur du monde. L'oïjvoula, et donc cette chute-là, ne sont pas comparables.
Il y a donc, derrière toutes les chutes et toutes les décadences, pourrait-on dire les décadences spirituelles qui arrivent finalement à notre monde, un calcul, un pesage. Il y aurait comme une sorte de balance, une balance cosmique, qui déciderait de ce qui va tomber vers quoi.
Je vais donner une image pour approcher cela. En embryologie, quand on parle par exemple des premières cellules qui forment un embryon: au début, c'est une seule cellule fécondée, un ovule fécondé, qui va se diviser en petites cellules toutes identiques les unes aux autres. Puis, par des processus très difficiles à étudier, mais qui commencent aujourd'hui à être mieux connus, telle cellule va devenir la tête, et telle cellule va devenir la poitrine. Ensuite, des cellules vont devenir des vaisseaux sanguins, d'autres de la moelle épinière, etc. Alors qu'à l'origine, c'est toujours une seule cellule. Un des grands mystères de la biologie est de savoir comment se détermine cette différenciation en organes.
Il y aurait donc une sorte de critère caché. Aujourd'hui, on peut l'appeler, si vous voulez, le code génétique, l'ADN, et il y aurait une sorte d'ADN cosmique qui serait la source de la différenciation des êtres. C'est ce que dit ici le Rav dans son langage un peu poétique: tout cela se fait par « l'évaluation suprême de la justice qui apprécie le droit de chaque source de vie avant que toute créature ne soit …
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
Dans la même série
Étude suivie des Orot HaTechouva du Rav Kook.
- 17
Orot HaTechouva, partie 17Comment, dans le repentir, séparer le bien mêlé au mal sans regretter ce qui est bon. - 18
Techouva et Torah : deux efforts qui se complètentLe Rav Kook montre que la Techouva affaiblit la vitalité et que la joie de Souccot la restaure. - 19
Le péché comme écran face à la connaissance selon le Rav KookComment la faute, morale ou non, obstrue la lumière de la connaissance et de la techouva. - 20
Techouva, réflexion et création littéraire selon OrotPourquoi la techouva précède toute pensée limpide, toute littérature et toute création, selon le Rav Kook. - 21
La techouva, mouvement cosmique avant l'hommeLe Rav Kook montre que le retour commence dans la chute de l'être fini vers sa source infinie, avant toute faute humaine. - 22
Le bien des méchants et la techouva selon OrotPourquoi le bien d'un méchant renforce le mal, et ce que la techouva apporte à la vie. - 23
La morale naturelle et la pesanteur du péchéPourquoi la morale naturelle s'épuise sans la Torah, et comment la faute du public alourdit l'élan des justes. - 24
Le passage Vav 1 et la morale universelleLe Rav Kook montre que la grandeur de la création n'exempte pas des petits détails de la vie juive. - 25
Techouva et tentation : la Mishna du pécheur qui se dit « je ferai techouvaPourquoi la Mishna refuse d'aider celui qui pèche en comptant sur la techouva, et ce que le Rav Kook en tire. - 26
Orot HaTechouva, partie 26Rav Kook montre comment une grande idée nationale descend dans des mains petites, et pourquoi la techouva purifie son attachement.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav