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Chir HaChirim, histoire d'amour entre Dieu et Israël

Pourquoi le Cantique des Cantiques entre dans le Tanakh, et ce que dit Rabbi Akiva sur sa sainteté.

1 h 17

Rav Élie Kling

Ensuite : Shir HaShirim : deux fautes d'Israël cachées dans l'amour, 40 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Ça fait longtemps qu'il n'était pas venu chez nous. Il va… Ça, c'est plus longtemps. Moins longtemps. Non, non, moins que ça. Plus que ça ? Non, moins que ça. Est-ce que vous vous rappelez le sujet que vous avez donné ? Quelqu'un qui se rappelle ?

Voilà. D'abord, c'est pour la première fois, j'ai eu marre de Rikabat Kravah. Et ensuite, comme moi non plus, je ne me rappelle pas de quoi on a parlé la dernière fois, j'espère simplement qu'on n'a pas parlé de ce que vous parlez. Non, mais si la sénilité est partagée entre vous et moi, ça va. Mais si elle ne touche que moi et pas vous, c'est très embêtant.

Alors je vais vous parler de Chir HaChirim. Vous vous rappelez de Chir HaChirim ? Chir HaChirim, c'est ce qu'on traduit en français par le Cantique des Cantiques. Ça fait partie du Tanakh. C'est une histoire d'amour entre un jeune homme et une jeune fille. Le jeune homme est fortement amoureux, mais la jeune fille aussi.

Ah bon ? Pourtant, c'est la chose au monde la plus difficile à partager. Enfin bref, c'est une histoire d'amour. Et le jeune homme est appelé par la jeune fille avec beaucoup de noms différents. Le nom qui domine, c'est Dodi. Dodi, ça veut dire « tonton ». Mais Dodi veut également dire « le bien-aimé ». Par exemple, dans la phrase célèbre Ani ledodi vedodi li, ça ne veut pas dire « je suis à tonton et tonton est à moi »: ça veut dire « le cher, ou le bien-aimé, est à moi ». D'accord ?

Elle, la jeune fille, qui est aussi follement amoureuse, a aussi beaucoup de noms, de surnoms. Il l'appelle de temps en temps « ma colombe », de temps en temps « ma parfaite ». Ce qui revient souvent, c'est Reïa, qui veut dire « ma bien-aimée ». Ma compagne. Maman, c'est « ma compagne ». Ce n'est pas « ma femme ». « Ma femme », ce n'est pas obligatoirement… La femme, c'est plutôt formel. C'est un peu comme le président français en ce moment avec… Ce genre de relation n'est pas formel. Enfin bref, en tout cas…

C'est une histoire d'amour, et ils s'aiment énormément, à longueur de chapitre. Tout va bien, apparemment. Vous allez me dire: qu'est-ce qu'une histoire d'amour, aussi belle soit-elle, fait dans le Tanakh ? C'est une bonne question. Et la réponse est, comme vous le savez certainement, que s'il s'agit de ce qu'on appelle en français une allégorie, c'est-à-dire que c'est symbolique, ce n'est pas juste une histoire d'amour entre un homme et une femme: ça symbolise l'histoire d'amour entre Dieu et son peuple.

Et oui. Avec, dans le rôle de Dieu, l'homme ou la femme ? L'homme. L'homme bien sûr, il ne faut pas exagérer non plus. Donc, dans le rôle de Dieu, bien sûr l'homme, et dans le rôle d'Israël, la jeune femme. Ok ? Très bien.

La vérité, c'est que les rabbins de l'époque n'étaient pas tous d'accord pour faire entrer Chir HaChirim dans le Tanakh, dans ce qu'on appelle le canon biblique. Entre autres, et surtout, ils avaient peur que certains ne saisissent pas que c'est une allégorie, et qu'ils le prennent au premier degré. On n'a rien contre les histoires d'amour, mais l'histoire d'amour, franchement, dans le Tanakh, ce n'était pas vraiment l'endroit. Ils avaient donc un petit peu peur de ça, et ils ont discuté là-dessus.

Finalement, grâce à qui Chir HaChirim fait-il partie du Tanakh ? Grâce à Rabbi Akiva. Rabbi Akiva est entré au Beit Hamikdash, il a entendu qu'on discutait de cela, et ça l'a beaucoup énervé. Alors il a frappé du poing sur la table, et il a dit cette phrase qui est assez célèbre. Qu'est-ce qui est célèbre, et qu'est-ce qui va ? La phrase: Ibn kodrashirim kodech … Shir HaShirim kodech kodachim. Si dans chaque chant il y a quelque chose qui relève de la sainteté, parce que le chant, c'est l'expression, la poésie c'est l'expression de l'âme, eh bien Shir HaShirim, le chant des chants, c'est le saint des saints.

Une fois que j'ai dit ça, plus personne n'osait discuter. Et c'est grâce à cela que Chir HaChirim fait partie, jusqu'à aujourd'hui, du Tanakh. Heureusement, parce qu'est-ce qu'on apprend comme choses dans Chir HaChirim, surtout dans la relation particulière, pour bien dire, entre Dieu et son peuple ! Ce livre a aussi cette particularité: comme il s'agit de deux amoureux, ce sont des compliments à longueur de verset. Ce qui nous change un petit peu des autres livres du Tanakh, quand même.

Parce que dans les autres livres, c'est très rare qu'Israël ait droit à des compliments. En général, c'est plutôt le contraire: on n'est pas dignes, on ne fait pas ce qu'on devrait. Faites attention, il va se passer ci, il va se passer ça. Et là, non ! Là, franchement, puisque lui représente Dieu, ce qu'il dit de la jeune fille est extraordinaire. Et quand la jeune fille le sait, c'est formidable. C'est même un peu gênant, quelquefois, si on se dit: est-ce bien nous ? C'est-à-dire, est-ce qu'on est vraiment aussi bien que ça ?

Je vais vous donner un exemple. Je vous ai dit tout à l'heure que la jeune fille était parfois appelée Yonati, ma colombe. Nos sages auraient pu se contenter de dire: sachez que la clé d'interprétation de Chir HaChirim, c'est que chaque fois que vous voyez le bien-aimé, c'est Dieu, et chaque fois que vous voyez la bien-aimée, c'est Israël. Et puis, débrouillez-vous avec ça. Mais non, nos sages ont décidé d'entrer dans le détail, c'est-à-dire d'expliquer chaque verset à la lumière de cette clé d'interprétation.

Cela a donné lieu à un très joli livre que je vous conseille d'acheter, qui s'appelle Midrach Rabba al Chir HaChirim, ou Chir HaChirim Rabba. Vous entrez à Bnei Brak dans une épicerie de Sifrei Kodech, vous demandez Chir HaChirim Rabba, franchement ça ne coûte pas très cher, et c'est une très bonne acquisition. Parce que le soir, quand vous êtes un petit peu angoissé, parce que vous venez d'écouter les actualités, les informations à la télé, à la radio, vous avez suivi le journal, et vous vous dites: est-ce qu'on mérite tout ça ? Après tout, on n'est pas vraiment à la hauteur, n'est-ce pas ? À ce moment-là, vous ouvrez Chir HaChirim avec le midrash, à n'importe quelle page, et vous voyez à quel point on est des gens bien.

Par exemple, à propos de Yonati, ma colombe, le midrash pose la question: pourquoi la compare-t-on à la colombe ? La colombe, c'est le symbole de quoi ? — De la fidélité. — Non, ce n'est pas sa volonté… Non, non. C'est une colombe, c'est une colombe. Ce n'est pas une colombe… — Le midrash dit: la colombe n'est pas une colombe, la colombe est le symbole de la fidélité. Et le midrash dit: pourquoi l'a-t-on comparée à une colombe ? Parce que la colombe, paraît-il (moi je ne suis pas spécialiste), c'est ce que raconte le midrash: si …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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