Torah et modernité : la liberté et la police dans l'État juif
Le Rav Botschko pose la question de la halakha dans un État moderne : police, industrie, espace aérien le Chabbat.
Rav Élie Kling
Ensuite : La relation ambiguë du peuple juif à sa terre selon Yehoshua, 1 h 05
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Chers amis, c'est avec plaisir que nous marquons ce soir la fin de la troisième édition du Salon des Francophones en Israël. C'est un privilège pour nous, qui sommes là ce soir, de pouvoir dire, au lendemain d'Yom Yerouchalayim, qu'on parle de Torah à Yerouchalayim.
Cette année a été marquée par l'actualité, et dans cette actualité par divers incidents entre laïcs et religieux. On a beaucoup parlé d'affrontements intellectuels, et parfois pires. Cela a donné une image de division au sein du peuple juif.
Quand nous avons commencé, il y a trois ans, à lancer l'idée d'un salon, l'idée de départ des organisateurs – Yoram, qui prend des photos, Sarah, qui n'est pas là, et moi-même – était autour d'une idée commune, celle de la tolérance. On pensait qu'en tant qu'originaires de France, nous pouvions apporter quelque chose à la société israélienne. Ce qu'on a vécu dans les communautés d'origine, le fait de vivre ensemble, de pouvoir échanger, dialoguer, de se respecter les uns les autres, c'est quelque chose que nous pouvons apporter, à notre avis, à la société israélienne.
On y croyait fermement, nous continuons d'y croire. Ces deux dernières années, nous avons reçu des intervenants de tous bords politiques et religieux. Il y a eu des débats passionnés sur différentes thématiques. Cette année, pas de débat, mais une offre faite au public francophone de Jérusalem et d'ailleurs, parce que des gens sont venus de Netanya, à défaut de venir de Jérusalem, ou d'Achdod, et d'ailleurs. Nous voulions organiser ce soir, et tout au long de la journée, une possibilité pour le public d'entendre des intervenants d'horizons divers s'exprimer sur le même thème, un thème d'actualité: Torah et modernité. Universitaires, rabbanim, auteurs, tous ont accepté de participer à cette journée.
Je les remercie de la confiance qu'ils nous ont accordée, et de l'humilité avec laquelle ils se sont pliés aux règles que nous leur avons imposées: ne parler que trente minutes. Chacun d'eux pouvait animer un séminaire sur le sujet. Mais avant de donner la parole aux intervenants de la soirée, je voudrais vraiment remercier toutes les personnes qui ont organisé ce salon, et qui, malgré le peu de monde venu aujourd'hui, ont continué à prouver que ce salon est pertinent et permet de réunir, autour de thèmes constructifs, des gens d'horizons divers.
Ce soir, nous recevons le Rav Shaul David Boczko, dont j'ai eu l'immense privilège d'être l'élève il y a quelques dizaines d'années déjà. Le Rav Boczko, rav de Kochav Yaakov, Rosh Yeshiva de Dechal Eliyahu, auteur de nombreux livres en hébreu et en français, dont certains sont en vente à l'étage, ici, à cet étage. Je vous remercie, Rav Shaul David, d'avoir accepté de venir ce soir, une fois de plus, nous éclairer de vos lumières.
Autour de lui, à ma droite, Eli Klink, directeur de Chemdat Darom. Qui connaît bien le Rav Boczko, ce qu'il a étudié et enseigné, à l'échelle de Montréal. On ne le présente plus, c'est un conférencier des plus demandés dans le public francophone. Et je le remercie d'être venu du Néguev, du désert. Du fin fond du désert, pour ce salon.
De plus à droite encore, si je puis dire, Yoël Benarouch: artiste peintre, mais aussi artiste du langage. Nous sommes heureux de recevoir, pour la deuxième fois, un salon. Merci à vous trois.
Et pour commencer, je voudrais demander au Rav Shaul David de répondre à la question qui était au centre de cette journée: la Torah est-elle compatible avec la modernité ?
Vous gardiez le goût des conférenciers fameux qui sont à mes côtés. Alors j'aimerais, sans être trop long – on va peut-être pas être court, bref – parler de quatre points liés à la modernité. Le premier, comme ça on a trois minutes pour chacun.
Le premier point, c'est la liberté. C'est-à-dire que dans le monde moderne, c'est un monde où les hommes, en tout cas, croient avoir beaucoup, beaucoup de liberté, beaucoup plus que ce qu'on n'a jamais eu auparavant.
Le deuxième point, un changement fondamental dans l'histoire humaine, et savoir comment les judaïsmes réagissent là: le statut de la femme, de la famille. On pourrait en parler longtemps. Quelques mots, si j'ai le temps, sur les avancées techniques et la halakha.
Et un quatrième point: l'histoire d'Israël, des cent dernières années. Est-ce qu'elle a été influencée par le judaïsme, ou est-ce que ses évolutions sont finalement indépendantes du judaïsme, comme si le judaïsme avait été absent ? Où a-t-il accompagné l'histoire, ou a-t-il été à la traîne de l'histoire et pas à l'avant-garde ?
Alors, on va parler du premier point, la liberté. Nous vivons dans une société où les hommes sont libres, c'est-à-dire que, plus ou moins, chacun peut faire sur le plan individuel ce qu'il a envie. La société ne règle que les problèmes entre l'homme et son prochain: essayer d'empêcher des meurtres, n'y arrive pas toujours; essayer d'empêcher des viols, des crimes, essayer de donner des droits économiques aux plus pauvres, etc., etc. Mais sur le plan de la pensée individuelle, chacun peut penser ce qu'il veut, faire ce qu'il veut de lui, de son corps, de ses pensées. Et ceci n'est pas seulement dans le monde juif: dans le monde entier. Nous vivons dans un monde de liberté.
Je parlais avec quelqu'un, il y a quelques jours, qui me parlait de divorce. Il y a cinquante ans, me disait-il, un divorce était quelque chose de tout à fait exceptionnel, qui n'existait pas. Et aujourd'hui, c'est quelque chose de tout à fait courant, parce qu'on vit dans un monde libre où il n'y a pas d'autorité, où la société finalement n'intervient pas dans la vie des individus.
Cette liberté pose un très gros problème au judaïsme, parce que le judaïsme a beaucoup de lois qui ne se rapportent pas seulement à la vie de la société, certes. Il y a bein adam lé-havero, qui est très important, peut-être même plus important que bein adam laMakom, mais il y a toute une série de mitsvot, de comportements: l'homme envers lui-même, l'homme envers Dieu, qui n'ont rien à voir avec la société. Est-ce que dans une société telle qu'elle est, il est encore possible d'être religieux ? Est-ce que le judaïsme ne peut pas être emporté par le vent des libertés, qui souffle partout ?
Et la grande surprise, et c'est là la grande force du judaïsme, c'est que bien que nous soyons dans un monde de liberté, les juifs – pas tous, mais il y en a déjà un très grand nombre, et ce nombre va en augmentant – choisissent par eux-mêmes la vie de la Torah. C'est un défi qui a été relevé par notre génération, de façon tout à fait extraordinaire. Quelque part, je crois que notre génération est beaucoup plus religieuse que les générations de la sortie d'Égypte, ou du temps des juges et des rois, qui étaient religieux lorsque le roi, la nation, la société organisait la religion.
Il y a donc ici un défi très fort, très puissant, qui a été relevé par le peuple juif, par le judaïsme. La raison, à mon avis, …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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