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La relation ambiguë du peuple juif à sa terre selon Yehoshua

Pourquoi l'amour pour Sion traverse les siècles tout en restant difficile à incarner, et ce que révèle le refus de monter après Cyrus.

1 h 05

Rav Élie Kling

Ensuite : Finkielkraut, Rabin et la société israélienne, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Un mot particulier concernant l'événement qui aura lieu dimanche prochain: un colloque-réflexion qui a pour but de réfléchir à la place de Sion dans la construction de notre identité juive. Il se tient à Paris, en présentiel. Tous ceux qui nous écoutent, tous ceux qui vont écouter la vidéo, n'hésitez pas à venir. Il y aura entre autres le Rav Uri Cherki et le professeur Trigano, qui font le déplacement depuis Israël.

Il y aura également d'autres intervenants venus d'Israël: Daniel Haïk, analyste politique, et le Rav Dre, qui sera présent aussi depuis Israël. Moi, je ferai le déplacement également. D'autres personnalités, des gens de France, comme Sarah Wisman et le Rav Michael Azoulay. C'est le dimanche 26, une journée de colloques, plus exactement un après-midi de colloques, pour réfléchir à la place de Sion dans notre identité juive.

Je vous conseille fortement de diffuser l'information à vos amis, à votre famille qui se trouve à Paris.

L'ambiguïté du lien qui unit le peuple juif à sa terre, la terre d'Israël, selon A.B. Yehoshua. Eh bien, en fait, cela a commencé parce que Léa, ici présente, il y a quelques semaines, m'a dit que cela la troublait, cela la préoccupait: le lien un peu curieux que le peuple juif entretient avec la terre d'Israël. Je suppose, je ne suis pas sûr, mais je suppose que cette réflexion lui est revenue, parce que ce n'est pas une réflexion récente, c'est quelque chose qui nous travaille tous depuis pas mal de temps.

Mais je suppose que cela est revenu à l'actualité à cause de l'insoutenable légèreté avec laquelle, à l'occasion d'un différend politique, celui-ci ou un autre, certains annoncent… Est-ce qu'ils menacent ? Est-ce qu'ils se menacent eux-mêmes ? Est-ce qu'ils nous menacent, nous ? Certains annoncent que si leur désir n'est pas exaucé, si la politique qu'ils préconisent n'est pas celle que tel ou tel gouvernement va appliquer, alors ils quittent le pays. Je suppose que c'est cela qui a provoqué le déclic, parce que ce ne sont pas une ou deux personnes, ce sont quelques personnalités bien connues.

Entre le fait d'annoncer que si cela ne se passe pas comme je le souhaite, je quitte le pays, et le fait de le quitter, il y a évidemment une marge, on en est bien conscient. Il n'empêche que cette facilité avec laquelle on brandit cette arme, « si ça ne marche pas, je quitte le pays », est quand même révélatrice d'un certain malaise, je ne vais pas dire un malaise, mais en tout cas un phénomène qu'il faut bien appeler par son nom, et qu'on pourrait en effet traduire par l'ambiguïté de la relation qui lie le peuple juif à la terre d'Israël.

Une ambiguïté qu'on peut constater, en effet, tout au long des siècles, en fait, depuis le début. Et cela pose problème. En tout cas, cela demande explication. Alors d'abord, quels sont les faits sur lesquels se base cette constatation ? Eh bien, il s'agit du paradoxe que nous connaissons tous, finalement.

D'une part, l'amour du peuple juif pour la terre d'Israël est un fait établi, qu'on ne peut pas nécessairement remettre en cause. Ce n'est pas surfait, évidemment, que lorsque telle ou telle maman juive à Brooklyn, à Londres ou à Paris verse une petite larme parce que le nom, simplement le nom de Jérusalem est évoqué, ce n'est évidemment pas quelque chose de forcé. C'est quelque chose de tout à fait naturel et authentique.

L'amour que porte le peuple juif à sa terre a traversé les siècles. Et le fait même que, contre toute attente, ce retour des exilés s'est effectué et s'effectue encore sous nos yeux aujourd'hui, prouve bien que l'amour n'est pas éteint, et que Leshana haba'a biYerouchalaïm n'a jamais été dit comme un slogan, mais comme quelque chose de profondément ressenti. Voilà pour une première partie.

Il y a donc un véritable amour, peut-être sans doute l'un des amours les plus forts qu'on puisse trouver entre un peuple et une terre. D'habitude, lorsque les circonstances font que le peuple est séparé de sa terre pendant si longtemps, en général, l'amour finit par s'estomper, et de génération en génération, cela finit par s'écarter. Au début, on y pense avec beaucoup d'affection, avec certainement de la douleur, et puis après, c'est de la nostalgie, puis après, ce n'est plus rien du tout.

Demandez à la quatrième ou à la cinquième génération, ou même à la troisième génération d'immigrés grecs ou italiens arrivés aux États-Unis, quelle est leur relation, leur sentiment vis-à-vis de la patrie, que ce soit l'Italie ou la Grèce. Je suppose qu'ils vous diront avec affection qu'ils aiment encore le folklore, la musique, quelques plats, etc. Mais ça va plus loin que ça chez les juifs, c'est-à-dire beaucoup plus loin que ça. C'était pris très, très au sérieux.

Et encore une fois, si cela n'avait pas été le cas, il n'y aurait pas eu cet engouement qui a fait que le mouvement sioniste a réalisé ses aspirations, ses rêves, contre toute attente. Il y a donc un véritable amour, authentique, vrai, sincère, que le peuple juif éprouve pour sa terre. Voilà pour cette première partie.

Mais le paradoxe, c'est que l'on constate, si l'on regarde les choses de manière objective, si l'on ne se laisse pas soi-même influencer par ce que j'allais dire la propagande, c'est un mot un peu trop fort, par ce qu'on raconte en général dans les milieux sionistes, que de tout temps les juifs ont voulu venir habiter en Israël, mais que les circonstances les en ont empêchés, et que c'est la raison pour laquelle le retour a pris tellement, tellement de temps, et que dès que la possibilité technique et politique a été acquise, tout à coup les juifs sont rentrés, sont revenus en masse.

Tout cela ne résiste pas réellement à une analyse objective de ce qui s'est réellement passé. On a au contraire l'impression, je vais essayer de le montrer par quelques exemples, que les juifs ont fait tout, absolument tout ce qui était en leur pouvoir pour ne pas venir habiter en Israël tout au long des siècles, et ce depuis le début de l'histoire des juifs, et même des Hébreux.

C'est justement ce paradoxe qui est fascinant, c'est ce qui est intéressant. Vous comprenez, si cela avait été un peuple amoureux de sa terre et qui fait tous les efforts possibles pour venir y vivre, cela n'aurait pas posé de problème. Si cela avait été un peuple qui n'a aucun sentiment réel vis-à-vis de sa terre et qui donc ne fait aucun effort pour venir y habiter, cela n'aurait pas posé de problème non plus. Cela aurait été facile à comprendre.

Mais le paradoxe consiste à reconnaître l'authenticité de l'amour que le peuple juif porte pour sa terre et pour sa capitale, et d'autre part, que dans la pratique il est tout fait pour éviter de venir y habiter, et ce de tout temps. C'est cela qui pose problème, c'est cela qui demande analyse, c'est cela qui fait qu'il s'agit ici d'un phénomène propre à ce peuple et à cette terre, et qu'on ne rencontre pas au sujet d'autres …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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