Yitro qui repart : la patrie et le peuple juif
Pourquoi Yitro refuse de suivre Moshé vers Erets Israël, et ce que son refus dit du rapport entre Torah, nation et pays.
Rav Élie Kling
Ensuite : Les dix paroles : la lecture horizontale, 1 h 06
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. Il y a peu de personnages bibliques qui ont eu ce privilège, cette chance, qu'une paracha entière de la Torah soit appelée de leur nom. Il n'y en a pas énormément. Et l'un d'entre eux, c'est Yitro. Et même pas juif, ce Yitro. C'était un Kohen, un prêtre de Midian.
Alors, pourquoi Yitro apparaît-il dans notre histoire ? Eh bien, tout simplement, comme vous le savez, il a sept filles, et l'une d'entre elles va devenir la femme de Moshe. Moshe épouse donc la fille de Yitro, et Yitro devient évidemment son beau-père. Une fois que les Hébreux sortent d'Égypte, une fois qu'ils ont passé la mer Rouge, ils s'installent devant le Sinaï, et là, Yitro arrive.
Avec la femme de Moshe, et avec les deux enfants qui étaient restés là-bas, en Midian, quand Moshe est parti pour sortir le peuple d'Égypte. Il avait donc laissé sa famille là-bas. Ce qui est intéressant, c'est que la paracha s'appelle Yitro non seulement parce que c'est le premier sujet du premier verset, Yishma Yitro, Yitro a entendu tout ce qui s'est passé, et qu'il a décidé de rejoindre son gendre et d'amener la famille. La paracha de Yitro, c'est la paracha du don de la Torah. Là-bas, au pied du Sinaï, les Hébreux vont recevoir la Torah. Et Yitro, qui n'est pas hébreu, ni de famille, ni d'origine, c'est lui dont le nom annonce le don de la Torah. Ce qui est énorme. Ce qui est énorme.
Et ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est quelqu'un qui a beaucoup de qualités. Il n'est pas hébreu, mais il abandonne sa respectabilité. Vous savez qu'il était prêtre de Midian, donc je suppose qu'il y était très respecté, c'était un homme connu, ce n'était pas n'importe qui. Il abandonne tout cela pour rejoindre un peuple qui vient de sortir, nouvellement affranchi, de l'esclavage, dans un désert. Il faut avoir beaucoup de courage.
Quand il arrive voir Moshe, au départ, c'était pour lui laisser la femme et les enfants. Et finalement, il va rester aussi. Pourquoi ? Parce que cette histoire le transporte, et il décide de lier son sort au destin du peuple d'Israël. En fait, c'est le premier converti, si vous voulez. Yitro, c'est le premier converti. C'est certainement pour cela qu'il a droit à ce privilège, et que la paracha du don de la Torah porte son nom.
Et puis, on s'aperçoit plus tard que Yitro va aider à organiser le peuple hébreu dans le désert. Pour vous dire la vérité, c'est un peu le balagan là-bas. Moshe fait tout, et il n'arrive pas à déléguer toutes sortes de tâches. La bureaucratie est énorme, les gens attendent pendant des jours pour pouvoir lui parler, etc.
Et si Yitro, ce non-Hébreu, vient dire à Moshe: il faut organiser tout ça. Vous avez remarqué que l'ordre et la discipline ne sont pas vraiment le point fort du peuple hébreu, et du peuple juif après lui. On a beaucoup de qualités, c'est vrai, mais non, franchement, c'est un peu n'importe quoi. Et alors vient Yitro, ce non-Hébreu, et il dit: voilà, il faut mettre de l'ordre. Et il arrive à mettre de l'ordre, et ça va beaucoup mieux depuis qu'il est là. Ça va beaucoup mieux.
Et on est très surpris, parce que dans le livre de Bamidbar — ce n'est pas demain qu'on va le lire, c'est bien plus tard — tout d'un coup, après avoir reçu la fameuse Torah, après avoir organisé le campement du peuple hébreu…
… à un moment, Dieu dit à Moshe: allez, c'est le moment, vous allez quitter l'endroit, quitter le Sinaï, et prendre la route d'Erets Israël. Et Moshe se tourne vers son beau-père et lui dit, de façon toute naturelle: on s'en va, viens avec nous, reste avec nous, évidemment, puisque c'est une bonne chose, pour toi et pour nous. Et là, surprise, surprise: Yitro répond. Moshe lui dit: Nous simanach nou elamakom, viens, nous partirons vers le lieu que Dieu nous a promis, etc. Va yomer elav, il lui dit: lo eler. Non, je ne viens pas. Non, non, ce n'est pas pour moi, je ne viens pas. Ki imel arti vel moladeti eler. Je vais retourner dans mon pays et dans ma patrie. Donc, en Midian.
Mais le Juif qui a étudié la Torah a l'oreille fine, et il entend El Arziv, El Molati. Cela lui rappelle un verset, bien sûr: le verset d'Avram, qui doit quitter Arzo, Molad et Toh, Lech Lecha, Mer Tzecha, Mi Molatecha, son pays et sa patrie, pour faire le chemin inverse. Lui, il quitte son pays pour aller en Erets Israël. Et voilà qu'au moment où les Hébreux doivent quitter le désert du Sinaï pour aller en Erets Israël, Yitro dit: ah non, si c'est pour une patrie, si c'est pour un pays, j'ai la mienne, je retourne chez moi.
Ce qui est très intéressant, c'est que Moshe insiste. Je suppose qu'il est aussi surpris que nous, les lecteurs. Il insiste: mais enfin, tu vas partir maintenant ? Tu as fait tout ce chemin, tu es arrivé avec nous, tu as partagé notre destin, et maintenant tu retournes chez toi. Ce qui est bizarre, c'est que le texte ne dit pas ce que Yitro répond. Le dialogue s'arrête en queue de poisson: Moshe insiste, mais on ne voit pas si Yitro s'est laissé convaincre ou non. En tout cas, on
ne le reverra plus, ce Yitro. Certains pensent qu'il est rentré chez lui, en effet. D'autres pensent qu'il est parti, mais qu'il est revenu. C'est vrai qu'on ne le voit plus, mais on voit ses enfants quelque part, plus tard, bien plus tard. En tout cas, même si ses enfants sont là, lui n'est plus là. Et le fait que le texte reste ambigu là-dessus vient sans doute nous apprendre quelque chose.
Cela vient sans doute nous apprendre que le non-Juif qui a tellement d'estime pour Israël, et qui est prêt à partager notre destin, a un problème. Dès qu'on commence à parler d'une patrie, d'un endroit géographique, donc d'un État souverain, il se dit: si c'est pour ça, j'ai le mien. C'est-à-dire que voilà quelqu'un qui a été très impressionné, évidemment, parce que la Torah avait comme message à apporter à l'humanité, et c'est pour ça qu'il s'est converti, et c'est pour ça qu'il est resté. Mais tant que le judaïsme est une religion avec des principes d'émouna et un certain nombre de choses à appliquer, il est partant.
Mais dès que Moshe lui dit: maintenant, on va partir en Erets Israël pour s'y installer, et pour créer notre État indépendant, avec notre roi, etc., alors là, Yitro dirait: ah, si c'est une nation, j'ai la mienne. Et en effet, quelquefois, pas toujours, c'est le point que les non-Juifs ont le plus de mal à accepter. Je ne parle pas des non-Juifs antisémites, ceux-là n'acceptent aucun point. Je parle de ceux qui, justement, ont de la sympathie pour Israël, sont prêts à nous aider, sont prêts même à partager, à faire un bout de …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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