Noah, grâce et mérite de l'être
Pourquoi la Torah dit à la fois que Noah trouva grâce et qu'il était juste, et ce que signifie la ségoula.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Bereshit 10:21 : des familles aux nations, la chute, 1 h 00
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Dans Berechit, toujours, je crois. Nous en sommes au chapitre Vav, verset Chet, Ve-Noa'h.
Chapitre Vav, verset Chet. Qu'est-ce que cela peut faire, si c'est la fin de quelque chose ou pas ? Le verset dit Ve-Noa'h, ce qui veut dire que Noa'h, lui aussi, devait être exterminé par le déluge. C'est-à-dire que je me débarrasse de certaines enveloppes.
Cela veut dire qu'il y a une situation possible où l'humanité tout entière est coupable. Comme elle est coupable, elle est condamnée à l'extermination. C'est-à-dire que créer le monde, créer l'humanité, est devenu superflu et même nocif. Donc, dans le verset Zayin, Dieu dit: je vais détruire tout le monde,
il rajoute encore quelqu'un, ainsi que Noa'h. Et après, on nous dit: non, il a trouvé grâce aux yeux d'Hachem. Il y a donc contradiction entre le fait qu'il mérite la destruction et le fait qu'il ait trouvé grâce. Le terme de grâce, en hébreu, est à rapprocher du mot qui veut dire « gratuit »
et du mot khanina, qui veut dire une grâce, dans deux sens du terme. Quand on dit de quelqu'un qu'il trouve grâce aux yeux de quelqu'un, cela veut dire qu'on considère qu'il est beau, même s'il n'est pas beau. Tandis que khanina veut dire une grâce accordée après une condamnation. Donc ce n'est pas très sympathique pour Noa'h. Or, si on s'en tient à ce que dit le verset, cela veut dire que Noa'h n'est pas un tsadik.
Cela semble entrer en contradiction flagrante avec le verset Tet. Vous êtes invités à regarder le verset Tet. Eleh toledot Noa'h: voici les engendrements de Noa'h. Noa'h est un tsadik, Noa'h était un homme juste. Donc c'est un tsadik.
Peu importe: le terme tsadik est employé par la Torah. Tamim hayah bedorotav: il était parfait dans ses générations. Et ha-Elohim ithalekh Noa'h: c'est avec Elohim que Noa'h cheminait. Il y a donc contradiction entre le verset Chet, qui nous dit que Noa'h n'est pas un tsadik, et le verset Tet, qui nous dit qu'il était un tsadik. Est-ce que vous avez compris que cela se contredit ? Voilà. Alors, oui ?
— Pourquoi dans le verset Chet ?
Grâce veut dire qu'il mérite la condamnation. Il est condamné. Mais malgré tout, il a été gracié. Tandis que dans le verset Tet, on nous dit qu'il était tsadik. Peut-être, je ne sais pas. En tout cas, les deux versets disent le contraire l'un de l'autre.
Alors, il y a trois manières d'aborder ce problème: celle de la critique biblique, celle des chrétiens, et la bonne, c'est la nôtre. Les critiques bibliques vous diront: ce sont deux récits différents, deux traditions différentes à propos de Noa'h, qui ont été mélangées par un rédacteur qui n'a pas fait attention. Ça, c'est leur vision. C'est-à-dire que, quand il y a un texte complexe, la critique biblique dit: il n'y a pas de texte complexe, puisqu'en fait ce sont deux textes.
Les chrétiens, quand ils lisent ce texte, disent: « Ça prouve qu'être tsadik ne sert à rien s'il n'y a pas la grâce. » C'est-à-dire, comment ? Les jésuites, les jansénistes, enfin à peu près tout le monde: ce que disent les chrétiens dans l'ensemble, c'est que l'homme est coupable dans son être. Pourquoi est-il coupable dans son être ? À cause du péché originel. Ce qui fait que tout homme, dès le départ, le plus grand des tsadikim
doit aller en enfer, à moins qu'il n'ait la grâce. D'accord ? Ça, c'est l'opinion des chrétiens. Et voilà: vous avez ici un verset qui va dans leur sens. On nous dit qu'il est tsadik, et pourtant il avait besoin de la grâce. Par le péché originel, probablement, ou en tout cas il faisait partie des péchés de sa génération; bien que tsadik dans sa génération, il avait quand même besoin de la grâce. Ça, c'est ce que disent
les chrétiens. Ils se trompent, parce qu'ils ne savent pas lire un verset de la Torah. Pourquoi ne lisent-ils pas bien un verset de la Torah ? Parce qu'ils ne le lisent pas en hébreu.
Alors, maintenant, essayons de voir un peu plus. Aux yeux de qui, d'après le texte, Noa'h a-t-il trouvé grâce ?
— Hachem.
Hachem. D'où savez-vous cela ?
— Noa'h.
Très bien. Et quand on dit qu'il est tsadik, c'est tsadik selon qui ?
— Hachem…
Regardez le verset. Elohim. C'est-à-dire que, selon les critères d'Elohim, il est tsadik. Selon les critères d'Hachem, il a besoin de la grâce. Alors ça devient beaucoup plus profond, et beaucoup plus complexe, et même compliqué. D'accord ? On nous dit: il est tsadik selon Elohim, mais il n'est pas tsadik selon Hachem.
Maintenant, j'aimerais comprendre. Quand il y a une catastrophe naturelle, qui est-ce qui est sauvé ? On a l'habitude de penser que le tsadik est sauvé. Mais en vérité, c'est celui qui sait nager, ou qui a une bouée, qui est sauvé. Ce n'est pas le tsadik. Nous avons une exigence naturelle que le tsadik soit sauvé. Mais, dans la réalité, on voit que le tsadik
n'est pas forcément sauvé. Ça, c'est selon les lois de la nature. Les lois de quel dieu ? Elohim. Puisqu'au début de la Torah on nous dit: Bereshit bara Elohim. Donc Elohim est celui qui a créé la nature. Or la nature a ses lois. D'ailleurs, regardez dans le chapitre Vav, verset Yud Gimel.
Chapitre Vav, verset Yud Gimel. Vous y êtes, ou pas ? Non, vous n'y êtes pas. Très bien. Elohim dit à Noa'h: « La fin de toute chair est venue devant moi. » Que dit Rachi ? Regardez Rachi sur le verset Yud Gimel.
Donc, si quelqu'un est tsadik selon les exigences d'Elohim, il n'y a aucune raison que, quand vient le déluge, il soit sauvé. D'accord ?
— Vous dites « la faune toute chair »
Toute chair, y compris les bons et les mauvais. J'ai lu Rachi. Avez-vous lu Rachi ? Oui. Donc Rachi nous dit: Horeg tovim vera'im, la catastrophe va tuer les bons et les mauvais. Donc même si Noa'h est bon, étant donné qu'il est sous l'empire des exigences d'Elohim, il doit être zigouillé comme tout le monde. D'accord ? Pourquoi ? Ah, ça, c'est la bonne question. Mais en tout cas, s'il était tsadik selon Hachem, alors il aurait été sauvé par miracle. Parce qu'Hachem, c'est celui qui va au-delà de la nature, qui fait des miracles. Donc, si quelqu'un est fidèle aux exigences d'Hachem,
c'est normal qu'il soit sauvé. D'accord ? Or Noa'h n'était pas fidèle aux exigences d'Hachem. Regardez une petite seconde le verset Kaf Bet: « Et Noa'h a fait tout ce que Elohim lui avait dit de faire, ainsi a-t-il fait. » Donc il est fidèle à Elohim. Mais c'est insuffisant. Il a été sauvé. Problème. Pourquoi a-t-il été sauvé quand même ? D'accord ?
Maintenant, c'est quoi, être tsadik selon Hachem et tsadik selon Elohim ? Regardez une petite seconde, dans le chapitre Vav, au verset Tet. Chapitre Vav, verset Tet. Vous voyez quoi ? C'est bizarre, je trouve. …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
Étude de Béréchit, de la Création à la famille de Rivka.
- 3
Le jardin d'Éden : protection et conseil avant la perfectionGan Eden, Adayn « pas encore », l'ordre du manger entre arbre de la vie et arbre de la connaissance. - 4
Adam et Ichto nus, sans honte : Béréchit 2, 25Pourquoi l'homme et la femme ne ressentent pas de honte avant la faute, selon le Rav Cherki. - 5
Adam connaissait Hava avant la faute, selon RachiLe verbe « vehaadam yada » introduit un passé antérieur : la procréation précède la chute, et non l'inverse. - 6
Caïn, la ville et la perte de l'identité humainePourquoi nommer la ville Hanoch efface l'homme, et comment Chet répare la chute de Caïn. - 7
Noah, grâce et mérite de l'êtrePourquoi la Torah dit à la fois que Noah trouva grâce et qu'il était juste, et ce que signifie la ségoula. - 8
Bereshit 10:21 : des familles aux nations, la chuteLe verset où les descendants de Shem passent de « familles » à « nations », et ce que cela révèle de la violence. - 9
Abraham quitte la maison de Terah pour KenaanLe Rav Cherki montre comment l'appel à quitter l'exil fait passer Abraham de la religion à la politique. - 10
Abraham à Chekhem et son séjour en ÉgyptePourquoi Abraham traverse le pays, l'origine de la ville de Chekhem et la stratégie de Sarah en Égypte. - 11
Abraham, la guerre des quatre rois et le compromisPourquoi Abraham préfère le compromis au jugement, et ce que Lot a payé pour s'être séparé de lui. - 12
Abraham craint-il d'avoir perdu son méritePourquoi Dieu rassure Abraham après la guerre des rois, et ce que signifie le projet national face au projet universel.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav