Le Chemonah Peraqim de Maïmonide, introduction à la morale
Pourquoi le Rambam écrit un traité sur les fondements de la morale avant d'étudier la Mishna.
Rav Oury Cherki
Ensuite : L'unité de l'âme humaine selon Maïmonide, 20 min
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Shalom. Nous allons entreprendre une étude très importante dans des textes fondamentaux du judaïsme. Il s'agit du Chemoné Peraqim, l'introduction au traité d'Avot du Rambam, de Maïmonide. Pour bien situer quel est ce livre, nous allons devoir faire une petite introduction. Le Chemoné Peraqim, qu'on appelle également en français le Traité des huit chapitres, est un ouvrage d'une importance capitale, écrit par Maïmonide, le Rambam.
Pour situer un peu le personnage: le Rambam vit d'abord en Espagne, puis en Afrique du Nord, puis en Erets Israël, puis il revient finalement. La majeure partie de sa vie, il la vit en Égypte, au Caire. C'est, on peut dire, le plus grand des maîtres du judaïsme au Moyen Âge, et il a écrit de nombreux ouvrages.
Son premier ouvrage a été écrit à un âge déjà assez avancé: il avait 16 ans quand il a écrit son livre de logique, qu'on appelle le Milot ha-Higayon. Et puis, encore plus âgé, il avait 18 ans lorsqu'il a entrepris un ouvrage très important, son commentaire de la Michna. La Michna elle-même est une compilation de la loi orale, écrite par Rabbi Yehouda Hanassi, Rabbi Judah le Prince, au IIe siècle, qui est en fait une sorte de compilation de toute la loi orale, indépendamment de la loi écrite.
Ce livre, d'une importance capitale puisqu'il est lu par tous les juifs dans le monde entier, a besoin d'un commentaire. Maïmonide, le Rambam, Rabbeinu Moshé ben Maïmon, écrit un commentaire de la Michna en arabe, qui est la langue parlée par la majorité des juifs à son époque. Ce livre commence et est entrepris par le Rambam à 18 ans, et il le finit très tard: il a 23 ans quand il achève son ouvrage.
À partir de l'âge de 23 ans, Maïmonide décide d'écrire un nouveau livre, qu'on appelle le Michné Torah, c'est-à-dire une deuxième Torah, un additif à la Torah, dans lequel il fait une compilation de toute la loi orale: y compris la tradition de la Michna, du Talmud de Jérusalem, du Talmud de Babylone, de tous les midrashim, de tout ce qui a été écrit par les rabbins jusqu'à son temps. C'est un ouvrage monumental qui, en fait, veut remplacer l'étude de tous les autres livres à part la Bible. Ce Michné Torah lui prend 10 ans pour l'écrire.
Il écrit au départ un petit livre d'introduction, qui s'appelle le Sefer ha-Mitsvot, le livre des commandements. Ensuite vient le Michné Torah, qu'il écrit pendant dix ans. Le Michné Torah comporte très exactement mille chapitres. On l'appelle également Yad ha-Hazaka. Le Rambam, à l'âge de 33 ans, a donc fini son œuvre fondamentale de halakha, essentiellement.
À partir de l'âge de 36 ans, donc trois ans plus tard, il devient le médecin du sultan en Égypte. Il écrit une dizaine d'ouvrages de médecine, sans parler des différentes épîtres qu'il envoie dans le monde entier, dont chacune est un livre en soi. Vers l'âge de 45 ans, il commence son ouvrage fondamental, le Moré Névoukhim, le Guide des égarés. Et puis, jusqu'à la fin de sa vie, il passe son temps entre le sultan et une correspondance active avec l'ensemble du monde juif. À l'âge de 70 ans, il meurt. Et depuis, on n'arrête pas de se disputer autour de l'interprétation de l'œuvre de Maïmonide.
Voilà, c'est à peu près le cadre dans lequel tout cela se situe. Je reviens au deuxième ouvrage, c'est-à-dire le commentaire de la Michna. Ce commentaire est un long ouvrage, et au milieu de cet ouvrage, il y a de petits ouvrages satellites, qu'on appelle des introductions. Chaque fois que Maïmonide considérait qu'un sujet avait besoin d'une introduction, il écrivait une longue introduction pour expliquer son sujet.
Il y a trois introductions qui traitent de halakha: l'introduction au traité Horayot, l'introduction au Séder Kodachim, qui traite des sacrifices, et une longue introduction à la partie sur les lois de la pureté et de l'impureté, l'introduction au Séder Taharot. Tout cela fait partie de la partie halakhique. Il y a encore trois introductions qui sont très réputées, très célèbres. L'une est l'introduction à toute la Michna, en hébreu Hakdama. Une autre, très longue, est l'introduction au chapitre Helek, dans le traité Sanhédrin, dans lequel Maïmonide écrit les 13 articles d'émouna, réputés dans le monde entier comme étant le résumé de toute la émouna juive.
Et puis il écrit également une introduction au traité d'Avot, qu'on appelle aussi le traité des Pères, ou le traité des principes, ou les maximes des Pères. Il y a des tas de traductions. En français, c'est le livre Pirké Avot, le Traité des Pères. C'est le traité du Talmud, parmi les 63 traités du Talmud, celui qui parle de morale. La morale, la science du bien et du mal, c'est ce qu'on appelle dans la culture générale, ce n'est pas exactement la même chose, l'éthique.
Les sages des nations, Aristote, Confucius et beaucoup d'autres, ont écrit des ouvrages de morale. La préoccupation morale n'est pas seulement une préoccupation qui concerne la Torah et les Juifs. La préoccupation morale est une donnée universelle: la morale appartient à tout le monde. Du point de vue de la Torah, nous attendons des hommes de toute la planète qu'ils se comportent selon les principes de la morale.
On voit donc bien que la morale est quelque chose d'antérieur à la Torah. On pourrait dire même, d'une certaine manière, que ce n'est pas la Torah qui va nous enseigner la morale, c'est la morale qui va nous permettre d'accéder à la Torah. Nous reviendrons sur ce point. En tout cas, nos hachamim ont écrit dans la Michna un traité entier qui traite de morale. Ça s'appelle Pirké Avot, les chapitres des Pères.
Il est d'usage, dans le monde entier chez les juifs, d'étudier le traité d'Avot au printemps, et également chez certains en été. Le Chabbat, depuis la fête de Pessa'h jusqu'à la fête de Chavouot, et certains continuent jusqu'à Rosh Hachana, on étudie tous les Chabbats un des chapitres de Pirké Avot.
Le problème est que nos hachamim n'ont jamais expliqué la théorie de la morale. C'est quoi, la théorie de la morale ? Quels sont les principes sur lesquels est fondée la morale ? Ce que contient Pirké Avot, « ma serrette à vote », ça s'appelle des conclusions. Nos hachamim ont toujours été des hommes pratiques: ils ont dit ce qu'il faut faire, il faut faire comme ci, il faut faire comme cela. Mais les hachamim ne nous ont jamais écrit un traité dans lequel ils expliquent quelle est la base théorique sur laquelle se fonde le comportement moral. C'est-à-dire: pourquoi se comporter comme ça et pas autrement ? Ça, les hachamim ne l'ont pas écrit.
Ça ne veut pas dire que ce n'était pas étudié, mais ça n'a jamais été mis par écrit. Depuis des siècles et des siècles, les juifs étudiaient la Torah, le livre de Michlé, qu'on appelle le livre des Proverbes, qui est un livre de morale extrêmement important et qui fait partie de la Bible elle-même. On étudiait le traité de Pirké Avot dans la Michna, qui enseigne également les principes de moralité. …
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