Yaakov et Rahel : de l'amour fou à l'amour qui construit
La rencontre au puits, le baiser et les larmes, puis Léa qui enseigne à Yaakov un amour bâtisseur.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Léa, Rachel et l'apprentissage de l'amour construit, 6 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous, heureux de vous retrouver sur la chaîne de TV Mayor. Nous avions parlé la dernière fois de la rencontre de Yaakov avec ses troupeaux et ses bergers, qui, d'après le Midrash, relevaient en fin de compte d'une manifestation humaine auprès des sources de cette quête d'identité. La venue de Rachel, l'apparition de Rachel, va bouleverser véritablement Yaakov. Elle va surtout bouleverser l'histoire, car en fin de compte...
Il y a une leçon essentielle à retirer de cela, que nous allons poursuivre maintenant dans la rencontre de Yaakov avec Rachel, et aussi pour le début de notre propos. Je continue. Yaakov demande à l'ensemble des bergers, c'est-à-dire à cette manifestation humaine: n'est-il pas temps pour vous, maintenant, de vous rassembler, puisque vous avez remis la pierre à sa place, puisque vous ne voulez pas, apparemment en tout cas, essayer d'entendre ce lieu de rencontres essentielles à Adir ?
Alors peut-être est-ce le moment de vous rassembler, de rassembler tous vos gens, tous vos troupeaux, et de vous en aller. C'est comme si, d'une certaine manière, Yaakov voulait rester seul avec Rachel. Et eux lui répondent: « Mais nous ne pouvons pas quitter comme ça. Il faut encore, comme toujours, que nous nous rassemblions pour prendre un temps, si peu soit-il, de cette eau de jouvence qui nous permettrait de continuer à être et à exister, malgré que la quête restera la quête, bien entendu. »
Alors: « Ve galilou et aïven, me alpi aber, vishkino et atson, odenu me daber imo, ve Rachel ba'a ». Alors qu'ils sont en train de parler avec Yaakov, Rachel apparaît, bien entendu, « im atson », avec son troupeau. C'est une bergère, je vous l'ai déjà dit. Cette bergère, c'est dans la capacité d'être véritablement l'être prochain d'autrui. Un troupeau qui appartient à son père.
Et lorsque Yaakov voit Rachel, qui est la fille du frère de sa mère, la fille du frère de sa mère, il y a une reconnaissance ici, non seulement familiale, mais aussi d'une certaine forme de fraternité. Il y a donc une répétition, une volonté de réitérer la terminologie de cette relation de responsabilité vis-à-vis de l'autre, et cette considération de l'essentialité de la fraternité.
Et là, c'est absolument extraordinaire, parce qu'au moment où il rencontre Rachel, au moment où il sent et ressent ce que Rachel représente, non pas dans l'être physique présent devant lui, mais dans le potentiel de la créature qu'elle est et de ce qu'elle supporte comme tension et densité d'être, de devenir en elle, dans la rencontre entre ces deux géants de l'histoire, Jacob et Rachel, il y a dans ce couple une recherche et une affirmation. Dans cette recherche va se révéler une fraternité tout à fait particulière entre cet homme et cette femme, qui vont se rencontrer en tant que féminin et masculin et devenir véritablement le couple, mais celui capable de devenir, à travers le jeu et le Tu, le nous fraternel de cette relation.
Nous fraternel, ça veut dire souffrir la souffrance d'autrui, ça veut dire me réjouir de la joie d'autrui, bien entendu. Et à ce moment-là, que se passe-t-il ? Lisez le texte. Nous sommes au chapitre 29, et lisez le verset 9 ici, où nous voyons que... Non pas que Yaakov ait besoin d'un rassemblement populaire autour de lui pour venir soulever cette pierre, mais ici c'est au singulier: « Vayigash Yaakov Vayageleta Even », c'est-à-dire: Vayigash, il va à la rencontre de ce puits, de ce lieu essentiel, de la rencontre d'origine.
La rencontre ontologique du créateur et de la créature. Et à ce lieu de cette rencontre-là, lorsqu'il rencontre Rachel, il en retire des forces qui lui permettent à lui seul de déplacer la pierre que eux ont eu besoin de l'ensemble pour déplacer. C'est dans son singulier. C'est pour vous dire combien, dans ce singulier de Yaakov, qui doit devenir Israël, il y a de cette responsabilité collective vis-à-vis de l'ensemble de l'humanité.
Et il est marqué Vayagel au singulier, Eta even, mais al pi haber, au-dessus de l'orifice, c'est-à-dire de la bouche. Et il n'y a pas marqué Vayegalelou, au pluriel, c'est-à-dire qu'il a dû, comme les nations, comme cette manifestation humaine aura besoin de le faire, replier la pierre, déplacer la pierre tous ensemble. Mais ici, comme nous l'avons dit, il est seul, mais il y a marqué Vayagel. C'est-à-dire qu'il n'a pas besoin, comment dire, de nous faire entendre qu'il déplace la pierre. Mais en déplaçant la pierre, la racine ici de Vayagel, c'est la racine de la délivrance, racine qui sert à Gueoula, la délivrance, et qui sert à Gola, l'exil.
C'est votre choix, c'est notre choix. Lorsque nous sommes capables d'avoir une véritable rencontre dans ce lieu essentiel, alors nous sommes capables de faire valoir la délivrance à laquelle nous aspirons. Parce que s'il n'y avait pas de rencontre telle, eh bien, ce n'est pas la délivrance que nous rencontrerions, c'est l'exil.
Les nations, enfin, en tout cas, ce rassemblement humain a fait, en remettant la pierre sur le puits, en empêchant la bouche de s'exprimer. Et bien là, Yaakov donne pleine amplitude à l'expression, c'est-à-dire au verbe qui veut s'exprimer dans l'ouverture de ce puits. Et il en est tellement ému. La vanne, un ri'a imo, et à ce moment-là, il abreuve, il donne à boire au troupeau du frère de sa mère. Je ne vais pas revenir. Entendez derrière tout ce qui est sous-entendu sous l'ensemble de ces verbes, de ces mots et de ces compléments d'objet.
Mais ce qui suit est d'autant plus étonnant et bouleversant. C'est que le même verbe qui va servir à dire « j'abreuve le troupeau du frère de ma mère » vient ici dire « Vayishak Yaakov le-Rachel ». C'est le baiser déposé par Yaakov, un baiser qui a la même racine qu'abreuver. Parce que lorsque l'on embrasse, lorsque l'on chérit, lorsque l'on veut créer cette relation où le Tu et le Je deviennent Nous, lorsque j'embrasse, ce n'est pas une inspiration, c'est une expiration: c'est comme si on insufflait un souffle de vie.
Et d'ailleurs, quand nous abreuvons, lorsque nous donnons à boire à ceux qui sont assoiffés, ne redonnons-nous pas vie ? Bien sûr que nous redonnons vie. Abreuver comme embrasser, c'est la même racine. C'est celle qui se veut être fournisseur de vie, en tout cas de revie. Absolument extraordinaire. Et il y a là, dans la rencontre entre Rachel et Yaakov, quelque chose de sublime, sublimement émouvant, à tel point que Yaakov ne pourra retenir ses larmes.
Ces larmes, qui sont les perles de l'âme, comme vous le savez. Et lorsque les perles de l'âme perlent et qu'elles s'épanchent sur le visage, comme disait un de nos grands auteurs, elles naissent dans les yeux pour couler sur les joues et mourir sur les lèvres. Eh bien, voici que ces larmes, lorsqu'elles viennent mourir sur les lèvres, ne viennent pas seulement y mourir: elles viennent mettre en mouvement les lèvres et exprimer quelque chose.
Ce dont nous avons parlé dans l'émission dernière et dont nous parlons maintenant. La rencontre entre Yaakov et Rachel va nous permettre …
Cours de Machon Meir
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