Pekoudé : compter, visiter et rendre compte
Le sens de Pekoudé, dernière paracha de Chemot, et le rôle des femmes dans la sortie d'Égypte.
Rav Rony Akrich
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Boker tov Yerouchalaïm, en direct de Machon Meir avec mon ami Rony Akrish. Shalom Abraham. — Boker tov Rony. Nous allons bien sûr parler de la paracha Pekoudé. Comme je te l'évoquais, j'ai toujours un pincement de cœur à me séparer, non pas d'une paracha, mais d'un livre. C'est la dernière paracha de Chemot. J'ai quand même une petite note qui me réjouit aujourd'hui, parce que même si ça n'a peut-être aucun rapport avec la paracha, c'est la journée internationale de la femme. Toi qui es un homme sensible, qu'est-ce que ça évoque pour toi, la journée internationale de la femme ? Faut-il faire une journée de la femme ?
— Premièrement, je dirais que cette journée n'est pas inutile, parce que d'abord il faut permettre à la gent féminine de remettre le pied à l'étrier. Je crois qu'elle a longtemps été subordonnée et qu'elle n'a pas reçu la place qu'on trouve pour la femme dans l'épopée tanaïtique, c'est-à-dire dans l'épopée biblique. Je le dis, je l'enseigne, je l'écris continuellement: elles sont le fil d'Ariane de toute l'épopée biblique. Je ne pense pas que les patriarches ou les héros masculins que nous rencontrons auraient été ce qu'ils sont, ou comme ils sont décrits, si ces femmes n'avaient pas été, comment dire, pas derrière, comme Churchill l'énoncera, mais bien à côté d'eux.
Et même au-devant d'eux, quand on pense à Rivka vis-à-vis de Its'hak, qui prend les devants. Journée internationale de la femme, oui, et qui plus est dans Pekoudé aussi, parce que dans l'ensemble de cette fin du livre que l'on appelle malencontreusement l'Exode, la femme trouve une place sensible et étonnante.
L'épisode, je crois que nous en avons parlé, en tout cas au moment de l'élaboration de la cuve d'airain, qui doit servir non seulement à l'ablution des Cohanim, mais qui servira aussi à remettre à jour l'honnêteté de la femme dans ses rapports à son mari, dans le traité de la Sota. Et donc je trouve que ces femmes, même ici, en cette fin du livre, se sont portées volontaires pour offrir l'ensemble des objets précieux qui étaient les leurs.
On se rappelle bien sûr l'histoire du miroir que Moché refuse, et l'Éternel lui dit: non, je le veux. Car ce miroir, au travers duquel elles se faisaient belles pour permettre cette relation intime avec leur mari et générer une poursuite de l'existence d'Israël, eh bien l'Éternel le reconnaît comme tel. Elles ont une place probante, prépondérante. À côté, voire devant, mais sûrement pas derrière.
— Non, je ne crois pas que derrière chaque grand homme il y ait une grande femme. C'est une expression trop connue, c'est celle de Churchill. Je crois qu'il y a bien évidemment des grands hommes, des grandes femmes, dont nous allons parler très prochainement. J'imagine que la semaine prochaine ou la semaine suivante, tu me parleras d'Esther. Qui ne peut pas avoir devant ses yeux la personnalité d'Esther ? — C'est vrai. Pour lui, mettre à nos portes… Presque failli l'oublier.
Donc, pour revenir à Pekoudé, ce sont beaucoup de comptes, toujours des comptes, on va finir avec ces comptes. Finalement, Pekoudé, c'est une sorte de bilan, puisque dans toute cette paracha de Chemot, qui parle de la sortie d'Égypte, de la Torah, et là on clôture, on finit enfin ce Mishkan, ça y est, on l'a terminé, on peut l'utiliser. Sache que le Zohar dit que Pekoudé est lié à cette information générique que va donner Moché aux enfants d'Israël, c'est-à-dire le code, en fin de compte, de la sortie d'Égypte: vous pouvez sortir parce que l'Éternel est venu vous visiter.
J'irai même un peu plus loin: vous n'êtes capables de partir à la rencontre de votre propre liberté que si vous avez été capables de visiter la liberté qui se trouve en votre sein. Et donc il y a dans Pekoudé la visite qui est rappelée ici. Et dans cette visite de Pekoudé, la rencontre entre les enfants d'Israël et l'Éternel, je le rappelais dans un clip que nous avons fait dernièrement: cette rencontre avec l'Éternel est d'abord et avant tout la rencontre possible entre les hommes. Entre les hommes, bien sûr, au niveau du macrocosme de la relation humaine, mais ici, concernant Israël, la relation des hommes entre eux, pour qu'il y ait une possibilité de rencontrer Dieu.
C'est quand même Pekoudé, ces comptes-là. Moché vient en fait rendre des comptes au peuple d'Israël, leur dire: voilà ce que vous m'avez donné, voilà ce que je vais en faire. Ça rappelle quand même une certaine actualité. Cette façon de faire de Moché, qui est un dirigeant, c'est une façon d'être transparent vis-à-vis de ce public. Aujourd'hui, on le sait, malheureusement dans l'actualité, il y a souvent des histoires de pots-de-vin, de manque de transparence, qui engendrent des catastrophes. Et non seulement au niveau politique et international, mais on peut aussi le ramener à un plus petit microcosme, comme les associations, les Batei Knesset, les yeshivot, dans tout ça. Quel est le sens, par rapport à aujourd'hui, de cette transparence au regard de la halakha ?
— Si tu veux, le sens de la halakha — halakha, déjà, pour le rappeler, c'est la léchette. Ça veut dire: c'est ta conduite. Halakha, ça veut dire comment aller, comment marcher, comment se conduire. Ce n'est pas seulement ce que je dois faire et ce que je ne dois pas faire ? — Bien sûr qu'il y a dans la halakha le faire et le ne pas faire, mais c'est afin de savoir comment se conduire. Et s'il n'y a pas cela, alors bien sûr que ça vient contrarier — comme disait notre maître vénéré: nous ne sommes pas des hommes pieux, et nous le refusons. Nous sommes des hommes de Torah, qui sommes en quête d'une conduite qui soit honnête, probante, droite. Et tu as raison de le rappeler.
Aujourd'hui, plus que jamais, nous sommes confrontés, dans les régimes dont nous sommes les témoins — régime social, régime politique, régime militaire, régime économique, tous les régimes où des hommes sont investis —, à ce problème. Malheureusement, personne ne vient régler ses comptes. Et personne ne vient rendre compte. Il y a un rendu de comptes et un règlement de comptes qui n'a rien à voir avec la probité, avec l'honnêteté. Il y a des hommes honnêtes, mais, comment dirais-je, le pitouille, je ne sais pas… L'attirance. — Oui, du fait de voir tellement d'argent passer.
Je crois qu'il y a dans l'honnêteté de Moché un appel intransigeant à l'honnêteté de l'homme, lorsque l'homme est véritablement responsable. Il n'y a pas besoin d'être responsable d'une association ou d'un régime. Être responsable de soi-même, n'est-ce pas ? C'est un appel à ne pas tout blanchir. — Oui. Quand on entend cette expression de vouloir blanchir l'argent, qui est tout à fait malhonnête, bien entendu, en vérité, le blanc, c'est peut-être ce lavane. Mais tu sais que lavane, tel que nous le lisons dans la Torah, est une expression renversée: c'est navel, c'est l'ordure. — Ah oui. Tu comprends ?
Cours de Machon Meir
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