Hévron et la paracha Chayé Sarah : tombeau et acquisition
Pourquoi la première acquisition d'Abraham en Terre d'Israël est un tombeau, et ce que cela dit de notre lien au pays.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Yaakov au puits : la fraternité retrouvée à Harane, 20 min
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Chers téléspectateurs, bonjour, heureux de vous retrouver sur la chaîne de Machon Meir, et de nouveau avec le Rav Yoël Benaroche. Shalom Yoël.
Rav Yoël Benaroche: Shalom, shalom à tous.
— Nous allons essayer de nous entretenir pendant un peu plus d'un quart d'heure, mais guère plus, d'un sujet qui touche à l'actualité et bien sûr à la pensée hébraïque qui est la nôtre. Alors Yoël, cette semaine, nous allons lire Chabbat, la paracha de Chayei Sarah, qui nous entretient, bien entendu, de Hévron, d'abord, et de cette acquisition à Hévron par Abraham du caveau des Patriarches.
Nous sommes au cœur de l'actualité. Ces derniers jours, dans tout le pays, bien sûr, à Rishon LeTsion, à Netanya, ailleurs, il y a ces événements terroristes, mais on entend énormément le nom de Hévron. En fin de compte, autour de Jérusalem et de Hévron tourne un peu, beaucoup, je dirais même à la folie, l'événement de la revendication, non seulement de ces terroristes, non seulement du monde auquel ils appartiennent, c'est-à-dire l'islam et plus particulièrement l'islam fondamentaliste, mais derrière eux, comme des panurges de moutons qu'ils sont, l'Occident qui suit et ulule presque à la gloire de ce malheureux prolétariat qui serait en quelque sorte leur nouvel idéal, aux dépens de ce peuple d'Israël qui encore et toujours se retrouve dans la situation de victime devant se justifier.
— C'est vrai. Je n'ai pas beaucoup de choses à rajouter, si ce n'est qu'à ton introduction nous pouvons associer justement le nom de notre section de la Torah, c'est-à-dire Chayei Sarah. Et ce qui est bizarre, c'est qu'il n'y a pas de correspondance apparente entre le nom de la paracha, qui parle de la vie, alors que le récit de la paracha nous parle de la mort de Sarah. Alors moi je pose une question très simple: pourquoi donner à cette paracha le nom de vie alors qu'il s'agit de la mort ?
J'ai l'impression que la Torah vient nous donner ici un message très profond, que la véritable vie de Sarah a commencé le jour de sa mort. Pourquoi ? Tout simplement, bien entendu, en nous élevant au-dessus du premier degré de compréhension du texte, nous voyons que la première acquisition de quelque territoire que ce soit sur cette terre d'Israël, sur cette terre promise à Abraham, c'est un tombeau. Au lieu d'acquérir quelque chose de vivant, de joyeux, d'optimiste, un chant, une bourrée, une yeshiva, un temple, on achète un tombeau. Pourquoi ?
Il y a quelque chose d'énorme. Abraham se remet vite en question, parce que non seulement, au départ, le dialogue qui s'établit avec Ephron le Hittite concerne ce caveau, mais très vite, la discussion, lorsqu'elle va devenir l'acte de propriété, ne concerne pas seulement le caveau, mais concerne le champ de Makhpéla. C'est parce que c'est Ephron qui a l'intuition que cet homme, Abraham, a un message qui correspond à l'arrangement, au tikkoun, à la réparation du monde.
Ce que je suis en train de te dire, mon cher Rony, c'est que ce dialogue apparemment entre Abraham et les gens de Heth est en réalité un dialogue beaucoup plus grand: le dialogue que tu as mentionné tout à l'heure, entre Israël et les nations. Quant à ce territoire, qui sommes-nous ? Quelle est notre identité ? Quel est notre rapport avec ce lieu ? Est-ce que ce lieu nous est donné parce que nous faisons un quelconque effort pour l'avoir, ou bien est-ce que cet endroit est lié à nous intrinsèquement, par nature ?
Si je dois faire un effort pour avoir ce lieu, je dois acheter un champ à labourer. Mais si ce lieu m'appartient d'une manière presque, j'allais dire, inactive de ma part, alors c'est un tombeau que je dois acheter. L'acquisition d'un tombeau est donc un message, un code extraordinaire, qui veut dire que notre lien avec cette terre d'Israël est un lien presque passif. Même si je ne fais rien pour acquérir ce degré, il est à moi, comme le mort dans un tombeau.
Si tu me permets, j'aimerais t'emmener peut-être sur une autre dimension, qui serait celle de la dualité. Lorsque Abraham entretient Ephron à propos de ce caveau, mais qu'en fin de compte, en fin de dialogue, il sera question d'un acte de propriété de ce champ, là je ne dirais pas seulement labourer, mais je dirais cultiver, dans le sens où cette extrapolation de la demande d'acquisition, qui va du tombeau au champ, serait pour asseoir une autre dimension de la culture.
— Dualité entre quoi et quoi ?
Justement, entre ceux qui, par rapport à cette acquisition... C'est un lapsus révélateur. Cette acquisition, nécessaire pour Israël à travers Abraham, se trouve face à une dualité: celle de l'accepter pleinement et entièrement pour ce qu'elle est, mais ça veut dire quoi ? Eh bien, à ce moment-là, en faire un champ, un devenir, une culture. Ou bien, si c'est parce que, comment dire, non pas par liberté, mais par nécessité, elle devient, elle se révèle à travers ceux qui ont un tombeau.
C'est la différence, en fin de compte, dont je me lamente continuellement: entre ceux qui viennent visiter le caveau des Patriarches parce qu'ils sont des pèlerins, et ceux qui y viennent, comme ce Chabbat, parce qu'ils sont des citoyens reconnaissants.
— Tout à fait. C'est extraordinaire ce que tu viens de dire. En réalité, cela se résume, dans les paroles de nos Sages, dans la ségoula et la bechira. J'allais dire que la ségoula, c'est-à-dire la capacité, c'est le tombeau. C'est-à-dire, comme j'ai dit tout à l'heure, même si tu es passif, cette terre t'appartient. Mais les nations du monde te poussent à devenir aussi celui qui choisit de transformer ce tombeau en action réelle, c'est-à-dire en acquisition. Et là, c'est la bechira. C'est un choix que tu as: labourer, cultiver, développer, faire vivre en réalité ce mort initial.
Et permets-moi de te rappeler ce Midrach que tu connais certainement, et qui nous interpelle, non seulement nous, mais d'autant plus ceux qui nous écoutent, qui nous regardent, et bien au-delà de cela, les nations, qui, certainement parmi certaines religions, connaissent celui-ci: trois villes, Yoël, ont été achetées à prix d'argent. Trois villes ont été acquises à prix d'argent: Hévron, Chékhem, Yerouchalaïm; la première par Abraham, la seconde par Yaakov, la troisième par David.
Mais ce qui m'interpelle d'autant plus, bien sûr, c'est qu'elles ont été acquises à prix d'argent. Et le mot « argent », c'est damim, qui s'entend dans sa première racine comme le sang, et dans son occurrence comme étant l'argent sonnant et trébuchant. Comme si on venait te mettre dans un face-à-face, encore une fois, dualiste: est-ce que ces trois villes sont considérées par toi comme étant le droit par héritage ? Ou bien, si tu ne reconnais pas ce droit par héritage, alors tu as précisé, malgré toi, tu as mis le mot « passif ». Mais moi je dis que dans ce « malgré toi »,
eh bien, si ce n'est pas l'argent, c'est-à-dire l'héritage qui est reconnu comme tel, alors c'est par le sang. Et nous avons versé notre sang depuis 1967 pour …
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