Pourim, la délivrance qui n'est pas un exil
Pourquoi on ne dit pas Hallel à Pourim, et ce que la fête enseigne sur l'habitude de l'exil.
Rav Shlomo Aviner
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Chalom. Pourim Sameia'h. Comme vous le savez, Pourim est divisé en deux jours, ce qui est quelque chose de particulièrement exceptionnel. En principe, un peuple, une nation, une Torah, un jour de fête. Et là, il y a deux jours. La réponse est bien connue: parce qu'il y a eu deux miracles. Il y a eu un miracle dans tout l'Empire perse, et il y a eu un miracle particulier à Chouchane, à Suse. Ça, c'est compréhensible.
Mais la question la plus grave est que, à l'instar de ce qui s'est passé, ce n'est pas seulement une distinction entre Suse et toutes les autres villes, mais entre les villes fortifiées et les villages ouverts. Les villes fortifiées, le 15; les villages ouverts, le 14. Dans toute la Terre d'Israël, et également selon une opinion, vraisemblablement celle de Maïmonide, dans le monde entier.
On aurait pu croire que les Juifs habitant dans des villes fortifiées n'ont pas eu de miracle, car ils auraient pu se protéger et lutter contre l'ennemi. Erreur, erreur. On peut lutter contre un ennemi de bas étage, mais on ne peut pas lutter contre l'Empire perse qui a conquis cent vingt-sept provinces, même si on est dans une ville fortifiée. Donc il y a eu miracle dans les villages ouverts, il y a eu miracle dans les villes fortifiées.
Mais il y a quand même une autre question qui se pose. D'après un de nos sages, Rabbi Yehoshoua ben Korcha, il s'agit des villes fortifiées qui étaient fortifiées à l'époque d'Assuérus, puisque ces événements ont lieu à cette époque. On devrait distinguer entre les villes fortifiées à l'époque d'Assuérus, où il y a eu un miracle, et les villages ouverts à l'époque d'Assuérus. C'est l'opinion de Rabbi Yehoshoua ben Korcha, qui est tout à fait logique. Mais cette opinion n'a pas été retenue. Ainsi que vous pouvez le voir dans la Mishna Megilla, au départ: il s'agit de villes fortifiées à l'époque de Yehoshoua bin Noun, de Josué. Si cette ville était fortifiée à l'époque de Josué, c'est le 15; sinon, c'est le 14.
Mais ce n'est pas logique. Qu'est-ce qu'on a à faire de Josué ? Ces événements ont lieu des centaines et des centaines d'années après, depuis Josué jusqu'à Assuérus. Il y a eu des bouleversements.
Réponse du Talmud de Jérusalem: parce que, à cette époque, malheureusement, la Terre d'Israël était détruite, était une désolation, une abomination de la désolation, et il n'y avait aucune ville fortifiée. Tout était désert. Alors, pour redonner de l'honneur à la Terre d'Israël, on a choisi pour date ce passé glorieux de Josué bin Noun, où nous avions un pays, un État, un royaume, et nous avions des villes fortifiées.
Un point très important, car, comme vous le savez, quand on est en exil, on s'habitue à l'exil, on s'habitue à tout, d'ailleurs, à de bonnes habitudes et à de mauvaises habitudes. L'exil, c'est une très mauvaise habitude. Ce n'est pas notre faute si on était en exil: on a été chassés par les Romains et par d'autres, des gens méchants et cruels. Ce n'est pas notre faute si on était en exil. Mais c'était notre faute si on s'est habitués à l'exil. Il fallait l'interdire, de s'y habituer.
Nous devions nous rappeler à chaque instant que ces terres sont des terres étrangères, que ce n'est pas notre pays. Nous devons, nous devions et nous devons encore savoir que notre pays, c'est ici et pas là-bas.
L'expulsion des Juifs d'Espagne a été extrêmement cruelle, terrible. On a été jetés, on a été dépossédés de nos biens, jetés dans le désert, hommes, femmes et enfants, dans une marche sans fin, et beaucoup sont morts. Ce n'est pas parce qu'on était en Espagne que c'était notre faute, mais c'est parce qu'on s'est sentis bien en Espagne. Ça, c'était grave.
Les croisades ont écrasé, en passant, des villes, je parle de la première croisade, des villes en France et en Allemagne. Ce n'est pas parce qu'on habitait là-bas, il fallait bien habiter quelque part. Mais c'est parce qu'on se sentait bien là-bas. Et ça, c'était grave.
Il y avait un grand rabbin en France, à l'époque des Tossafistes, Rabbi Moshé de Coucy, qui signait ses responsa... de l'exil de Jérusalem en France. Lui, il n'avait pas oublié qu'il était en exil. Mais, au fur et à mesure des années, les Juifs se sont habitués à l'exil.
À l'époque des événements de Pourim, bien qu'on ait eu une réussite extraordinaire, on a frappé les Perses qui voulaient nous tuer. Notre sœur Esther était reine. Notre frère Mordekhaï était Premier ministre. Il ne peut pas y avoir de réussite civile, nationale, plus grande que celle-là. Alors, tout était fait pour que nous nous sentions bien là-bas, que nous nous sentions des citoyens de première qualité.
Non, nous nous rappelions que, jadis, nous habitions en Terre d'Israël, que jadis nous avions des villes fortifiées et que jadis nous avions une armée. Et c'est à cela que nous aspirons. Et même ces villes-là, qui jadis étaient fortifiées et maintenant n'étaient plus fortifiées et n'étaient plus rien du tout, nous les cultivions dans notre mémoire, dans notre for intérieur.
Nous étions en exil, mais amoureux d'Erets Israël. Comme vous connaissez ce chant de Rabbi Yehouda Halevi:, mon cœur est là-bas, à l'est, en Israël, et moi, je suis aux confins de l'Occident. Mais comment puis-je goûter du plaisir ? Je préfère aller nu-pieds là-bas que d'habiter dans le luxe.
Puis, en fin de compte, comme vous le savez, il est monté en Erets Israël, au port d'Akko. Il y a écrit, au port, sur le mur intérieur: « Ici est arrivé... » Rabbi Yehouda Halevi, malheureusement, s'est fait assassiner par un Arabe qui était jaloux de son amour de la Terre d'Israël.
Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas oublié. Nous ne nous sommes pas sentis citoyens perses. Nous nous sentions là-bas, nous ressentions que nous étions des exilés.
Pourquoi n'y a-t-il pas eu de vagues de montée en Erets Israël ? Réponse: parce que c'était impossible. Il y a eu une première vague à l'époque des Tossafistes, les disciples de. Rabbi Yonatan HaKohen de Lunel, Rabbi Yehiel de Paris, Rabbi Yehiel de Paris... et trois cents autres Tossafistes. C'était la aliya la plus grande qu'il n'y ait jamais eu depuis l'exil. Mais, ici, ils ont été assassinés par les croisés, par les Arabes. Ils n'avaient pas de quoi manger. Donc une grande partie, malgré eux, sont retournés en exil. C'était impossible de vivre ici.
Plus tard, la nuit de Chavouot, Rabbi Yossef Caro étudiait avec ses disciples et ses condisciples, et tout à coup la parole divine a parlé de sa gorge. Souvent, il avait des révélations, presque chaque jour, mais c'était privé, personne n'entendait. Et ce jour-là, tous l'ont entendu. Et la présence divine, la Chekhina, parlait de sa bouche et disait: « J'en ai assez d'être en exil, le temps est venu. » Un long discours: « Montez ! » Et le lendemain, ils ont raconté cela aux autres, qui n'étaient pas venus: « Vous avez raté quelque chose. »
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