Rivka, la beauté intérieure et la mère d'Israël
Pourquoi la Torah dit que Rivka était belle, et ce que l'enfant dans son ventre lui révèle.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Jacob, de Yaakov à Israël, 5 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bienvenue de nouveau dans cette série extraordinaire sur les grands personnages de notre identité: Abraham, Yitzhak, Sarah, et maintenant évidemment Rivka. Que dire de Rivka ? D'abord, il faut bien comprendre une chose: Rivka est l'opposé de Yitzhak. L'opposé complet. Si nous avons dit que Yitzhak était midat ha-din, celui qui est capable de dévoiler l'attribut de rigueur, de justice,
eh bien, il nous faut quelqu'un, une identité, qui soit capable de remettre la balance à l'équilibre. Il faut donc que Rivka soit totalement midat ha-hessed, totalement bonté. C'est exactement ce qu'Éliézer, le serviteur d'Abraham, va chercher chez la prétendante: « Si elle me dit: "Bois, et je ferai boire tes chameaux aussi", et qu'elle boit un chameau, alors ce sera la femme que tu as destinée à mon maître. »
C'est-à-dire une personne capable de faire preuve d'autant de bonté: c'est ce dont j'ai besoin pour Yitzhak. Mais on apprend aussi quelque chose d'autre sur Rivka, et cela montre sa grandeur. Rivka est la première dont le texte nous dit qu'elle était très belle.
C'est vrai, Abraham a dit à sa femme qu'elle était très belle, mais on pourrait dire que c'est parti pris: c'est son mari, donc évidemment il la trouve belle, comme nous le dira la Guemara à propos de la dispute entre Beth Hillel et Beth Shammaï. Mais ici, c'est le texte, le narrateur, HaKadosh Baroukh Hou, qui nous dit que Rivka était très belle, sans passer par Abraham ni par Yitzhak.
Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Est-il important de savoir que nos mères, nos matriarches sont belles ? Pourquoi est-ce important ? La Torah s'intéresserait-elle au physique des fondateurs de l'identité juive ? Eh bien, oui. Pourquoi ? Parce que la tradition d'Israël a pris l'habitude que les maris chantent à leurs femmes le vendredi soir.
La chanson de Chlomo HaMélekh, Rechet Hayil Mi Yimtsa, qu'il a d'ailleurs écrite pour sa mère, qui était bien juive. À la fin de cette ode à l'épouse vertueuse, on lit: Cheker HaHen veHevel HaYofi. Vous vous rendez compte ? Elle a pris tout le temps possible et imaginable pour me préparer Chabbat, pour se préparer, pour être la plus belle possible. Et tout ce que tu lui dis ? Cheker HaHen veHevel HaYofi: la grâce n'est que du mensonge, et puis la beauté, tu sais, hein. Ichah Yir'at Hachem, hi tithalal: une femme qui craint Dieu, c'est ça qui est bien.
Pour la troisième partie, il n'y a évidemment pas de problème: une femme qui craint Dieu, c'est ça qui est important, bien sûr. Mais que veulent dire les deux premières ? Cheker: le hen, la grâce. En hébreu, hen vient du mot hinam, c'est gratuit. De la même façon que la grâce est gratuite, cela ne repose pas sur du vrai. Elle a quelque chose, elle a un petit quelque chose, dirait-on en français: c'est le cheker. Par contre, la beauté n'est pas cheker. On ne dit pas cheker yofi, on dit hevel yofi. Hevel, c'est la fumée. Prenons un exemple.
Lorsque vous mettez une casserole sur le feu, mais que cette casserole est vide, je ne vous dis pas de la laisser dix minutes, un petit peu: vous verrez que rien ne sort de la casserole. Alors que si vous mettez quelque chose dedans, de l'eau ou quoi que ce soit qui est en train de cuire, qu'est-ce que vous verrez sortir de la casserole ? De la fumée. En d'autres termes, la fumée n'est que l'expression extérieure de ce qu'il y a à l'intérieur. S'il n'y a rien à l'intérieur, il n'y a pas d'expression extérieure.
Donc si l'on nous dit que Rivka est belle, c'est pour nous apprendre quoi ? Qu'elle était tsadika. C'est comme ça dans tout le Tanakh: dès qu'on nous dit que quelqu'un est beau, c'est pour que tu saches qu'il est tsadik. Mais de Rivka, on va apprendre bien d'autres choses. Comme Sarah, elle est plus grande que Yitzhak en prophétie.
Elle est enceinte, Rivka, et elle ne comprend pas pourquoi cela se balade dans son ventre. Et oui, incroyable, il n'y avait pas encore d'échographie à l'époque. Elle ne sait donc pas qu'elle attend des jumeaux. Elle ne sait pas ce qui se passe. Elle sait juste, nous dit Razal, que lorsqu'elle passe devant Pitret Torah shel Shem veEver, devant la tradition du dévoilement de Dieu, devant Shem, dans la yeshiva de Shem veEver, cela bouge, cela veut sortir. Et lorsqu'elle passe devant les lieux de l'idolâtrie, cela veut sortir aussi.
Mais qu'est-ce que l'idolâtrie ? Pour bien comprendre: c'est tout simplement prendre les forces de ce monde-ci et les mettre comme idéal. En d'autres termes, elle voit que dans son ventre il y a deux idéaux: l'idéal de ce monde-ci et l'idéal de l'intemporel.
« Ma chénikra », en hébreu olamaba. Elle ne comprend pas: qui est le dieu de mon fils, dans mon ventre ? Elle dit: Im ken lamah zeh anokhi. Ce n'est pas une phrase qui veut dire quelque chose en hébreu ? Même un ole chadash ne parle pas comme ça. Pourquoi, moi ? Cela ne veut rien dire. Non, Rivka avait très bien compris. Lamah: pourquoi cela se balade-t-il dans mon corps ? Zé ou anokhi ? Qui est le dieu de mon fils ? Zé, c'est-à-dire la représentation de ba-olam hazé. D'ailleurs, les Grecs l'ont bien compris: ils ont appelé leur dieu principal Zeus, Zé, Olam Azeh. Ou alors Anokhi Hachem Elokékha, le Dieu qui se dévoile lorsqu'il donne la Torah.
Et lorsque finalement les deux enfants sortent, elle a compris la prophétie qu'elle a reçue: il y aura deux peuples, deux identités. Mais sache que l'identité qui donnera au final l'identité d'Israël, c'est le plus jeune, à savoir Yaakov. En d'autres termes, c'est grâce à Rivka que Yaakov sera celui qui succédera à Yitzhak.
Rivka est donc celle qui est l'idéal de la maman par excellence. Elle est non seulement belle, comme toutes les mamans d'Israël, et elle montre par là la force de son intensité intérieure. C'est elle qui va permettre le dévoilement de Dieu au travers du peuple d'Israël. Et cela n'a pas été sans mal. N'oubliez pas que Rivka vient d'une famille assez compliquée: son frère n'est autre que Lavan, seulement. Lavan, avec qui on va avoir tellement de problèmes.
Lorsqu'il s'agit de marier Rivka à Yitzhak, il dira, très bien, je vais te faire une bracha. Il va faire une bracha. Et c'est de cette bracha qu'on va apprendre toutes les brachot du mariage de tous les couples d'Israël, dans toutes les générations. Toda rabba.
Cours de Machon Meir
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