Le droit du patient dans la halakha
Consulter le médecin d'abord, puis le rabbin, et pourquoi la vie prime sur le refus de soins.
Rav Shlomo Aviner
Ensuite : Caïn et Abel : l'équation de la fraternité, 21 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— Shalom à toutes et à tous, et bienvenue sur une nouvelle émission sur l'éthique de la vie, en compagnie du Rav Benyamin David. Shalom, Rav.
Rav Benyamin David: Shalom Aleichem, et bienvenue. Je rappelle que je suis responsable francophone, ou directeur francophone, de l'Institut Pouah à Jérusalem.
— Cette semaine, nous allons parler du droit du malade. En français, on dit le droit du patient. Rav, le malade, il doit être patient ?
Rav Benyamin David: C'est surtout le médecin qui doit être patient, et la famille. Tout le monde doit être patient.
— Alors, quels sont les droits du malade, et chez qui doit prendre conseil ce malade ? Chez le médecin ? Chez le rabbin ? Chez le kabbaliste ? Ou chez l'avocat ? Parce que si le médecin ou le rabbin vous a raconté des bêtises, on doit aller au tribunal ?
Rav Benyamin David: Il est clair que, d'abord, avant tout, on doit aller chez le médecin. C'est une obligation.
Il y a une notion dans le judaïsme: quand on est en danger de mort, on doit tout faire pour sauver la vie, se sauver la vie, la vie de son prochain. Et donc, on doit aller voir un médecin. Après, il est bien d'aller voir s'il y a des questions de halakha qui se soulèvent, qui sont en rapport avec cette maladie ou avec ce traitement. Il est bien d'aller demander conseil au rabbin. Parfois, il y a des traitements qu'on doit prendre Chabbat.
Il y a certains appareils électriques, il y a certaines maladies ou certaines opérations qui sont dangereuses. D'un côté, le médecin dit: écoutez, je vous propose de faire cette opération, mais sachez qu'il peut y avoir des séquelles, ça peut même vous mettre la vie en danger. Alors, est-ce qu'on a le droit de se mettre en danger pour se sauver la vie, mais peut-être que le danger est trop grand ? Donc là, il y a des questions qui sont juridiques, halakhiques.
Après, vous parlez d'une autre chose, qui est de demander à un rabbin une bracha, une bénédiction. Je n'ai rien contre. Vous êtes rabbin ?
Rav Benyamin David: Oui, moi-même, je suis rabbin, mais je ne suis pas un grand tsadik qui fait des bénédictions aux gens. Peut-être qu'Hakadoch Baroukh Hou écoute quand même mes prières, mais il est clair que cette démarche ne peut pas être à la place du fait qu'on doit d'abord aller voir un médecin.
Je me rappelle un couple qui n'avait pas d'enfant et qui était allé voir le Rav Mordechai Eliyahou, l'ancien grand rabbin d'Israël, qui était le précurseur de l'Institut Pouah. Ce couple est venu demander une bracha. Et le Rav dit: mais qui est votre médecin ? On n'a pas de médecin. Il dit: mais quel traitement vous allez faire ? On n'a pas de traitement. Il dit: alors je ne vous donne pas de bracha. — Mais quel rapport ? — Il dit: la Torah et la bracha, ce n'est pas de la magie noire. Si vous avez un problème médical, allez voir votre médecin.
Moi, je veux bien faire une bracha pour que le médecin fasse le bon pronostic, le bon diagnostic, donne le bon traitement, et que ça marche. Mais ce n'est pas de la magie noire. On n'a pas le droit, dans le judaïsme, surtout quand on parle de danger de mort, de simplement se baser sur une bénédiction, même du plus grand tsadik, et de mettre la médecine de côté. Ça, c'est interdit.
— D'accord. Donc le médecin et le rabbin sont complémentaires. Et la médecine douce ?
Rav Benyamin David: Je dirais aussi que c'est complémentaire, dans le sens où, s'il y a certaines médecines douces qui n'ont pas été prouvées par des études sérieuses, par des équipes médicales sérieuses, etc., alors on peut les utiliser comme un complément. C'est-à-dire que, par exemple, il y a certaines personnes qui ont un cancer et qui font de la chimiothérapie, de la radiothérapie. Certaines médecines douces leur proposent des traitements qui, soi-disant, les mettent plus en forme, qui leur donnent une possibilité d'être plus adaptés, de tenir plus face aux traitements très difficiles, très lourds. Alors pourquoi pas ? Si c'est une médecine douce qui fait que les gens soient plus détendus, alors pourquoi pas ?
Mais si une personne décide de ne pas faire de chimiothérapie, de ne pas faire de radiothérapie, et simplement de manger des épinards parce qu'il y a du fer dedans, alors je crois que les rabbins ne vont pas accepter cela. À moins que, encore une fois, il ait été prouvé que ça marche, pourquoi pas ? Vous savez qu'à la base, une grande partie de nos médicaments sont à partir de molécules qu'on a prises de plantes. Donc il y a des plantes qui sont médicinales. Mais il faut que ce soit bien vérifié. Et il y a malheureusement beaucoup de charlatans qui parlent au nom de... parfois même du Rambam et d'autres... alors que c'est vraiment du charlatanisme. On a les meilleurs médecins du monde en Israël, autant en profiter.
— Bien sûr. Autre question, Rav Benyamin David: y a-t-il la possibilité de soigner un malade contre son gré ? Je pense notamment aux personnes âgées qui ont perdu un peu la tête, qui disent « arrêtez, arrêtez, arrêtez, j'en peux plus de toutes ces maladies », et que les enfants disent « non, on va se battre ». Ou alors, le contraire: les parents qui prennent les décisions pour les enfants. Ou les témoins de — je n'ose pas dire le nom en France, qu'on a connus — qui sont contre les transfusions sanguines. Quelle est votre position, la position de la loi juive, sur la possibilité de soigner les patients contre leur gré ?
Rav Benyamin David: Alors, d'abord, il faut savoir que, comme on l'a dit déjà plusieurs fois, la vie est une valeur fondamentale dans le judaïsme. Tellement fondamentale que toutes les lois de la Torah, à part trois — le meurtre, l'inceste et l'idolâtrie — tous les autres interdits de la Torah tombent. Chabbat, Kippour, tout tombe. Manger casher ou pas, etc. Si on doit sauver la vie d'une personne, tout tombe. La valeur de la vie est tellement importante pour le judaïsme. Et dans le judaïsme, il n'y a pas de différence entre un enfant de cinq ans et un vieillard de quatre-vingt-quinze ans. Pour lui, la vie, c'est la vie. On ne va pas dire: ah, c'est un vieux, alors on laisse tomber; et lui, c'est un jeune, alors on va tout faire. Non.
Maintenant, il y a... c'est une obligation pour le médecin envers le malade, mais c'est aussi une obligation du malade envers lui-même. Un homme n'a pas le droit de se suicider dans le judaïsme. Il n'a pas le droit de mettre fin à ses jours. Et s'il est devant une situation où il y a une possibilité de recevoir un traitement médical et qu'il le refuse, il enfreint les lois de la Torah.
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