Caïn et Abel : l'équation de la fraternité
Pourquoi le « et » de Genèse 4:2 annonce l'essence de la fraternité et de la responsabilité envers l'autre.
Rav Rony Akrich
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Shalom, nous sommes heureux de vous rencontrer sur cette nouvelle chaîne du Machon Meir, qui va nous permettre de donner un enseignement venu de Erets Israël. Je vais essayer de vous faire rencontrer des personnages tout à fait étonnants, des personnages qui appartiennent au livre le plus traduit, le plus lu et le plus vendu au monde. Je veux bien entendu parler de la Bible.
Elle comprend 24 livres différents, dont le premier est la Genèse, que nous connaissons en hébreu sous le nom de Béréchit, c'est-à-dire « du commencement ». Il ne s'agit pas simplement d'un seul commencement. Il s'agit, dans ce commencement-là, c'est-à-dire dans l'intériorité de l'événement, qu'il nous soit donné d'être capables d'entendre ce que l'Écriture est à même de faire valoir, de faire percevoir, mais surtout d'enseigner. D'enseigner au peuple d'Israël, qui est choisi comme porteur, comme élément médian, comme médiateur du projet divin, et qui se doit donc de donner cet enseignement, d'offrir, d'octroyer cet enseignement à l'ensemble de l'humanité.
Alors je vous disais... Parler de la Genèse, c'est commencer avec les premiers hommes. Bien sûr, vous me direz: le premier homme, nous allons parler d'Adam, certainement, mais pas seulement. Il se fait en tout cas très important que nous parlions du premier homme véritablement, c'est-à-dire de l'homme né de la rencontre de l'homme et de la femme. Aussi, durant nos rencontres, il nous sera permis de baisser le visage afin de pouvoir lire ensemble les différents textes, ou différents versets, que j'amènerai, afin de mieux entendre ce propos qui fut écrit il y a des milliers d'années, mais qui reste d'autant plus d'actualité aujourd'hui, dans ce monde contemporain, dans ce présent qui est le nôtre.
C'est dans le livre de la Genèse, au chapitre 4, verset 2. Je traduis: Chava, c'est-à-dire Ève, continua d'enfanter après la naissance de Caïn; elle continua d'enfanter le frère, celui qui allait s'appeler Avel.
Alors, bien entendu, le verset en lui-même appelle un certain nombre de questions qu'il faut essayer d'entériner, en tout cas essayer de comprendre et d'entendre ce que cela veut dire. Vatosef lalédet, c'est-à-dire que Chava, Ève, continue d'enfanter. Mais pourquoi donc nous rappeler qu'elle continue, mais dans le sens non pas de continuer, mais comme un véritable supplément ? Tosef, léosif, s'est véritablement rajouté. C'est donc peut-être, en tout cas certainement, que l'on attendait la naissance du premier homme, de celui qui, in vivo, a pu voir le jour soudainement, mais en tout cas de cette relation voulue par la rencontre de l'homme et de la femme: le premier homme et la première femme.
Il y a non seulement le fait que l'enfantement se continue sur la table d'accouchement, mais au-delà, il y a ce rajout. Le rajout de qui ? De celui qui est le frère de celui qui va s'appeler Avel. Et donc nous sommes confrontés, lorsque nous regardons le texte lui-même, et j'espère que vous le voyez avec moi, lorsqu'il est question de dire « et Avel », il est question là, d'abord et avant tout, de faire entendre dans le « et », dans cette préposition-là, non pas, peut-être comme le dit Rachi, qu'il est question d'une multiplication, c'est-à-dire de l'innombrable, lorsque cette préposition est présente, mais peut-être comme le Ramban, Rabbi Moshe ben Nahman, l'explique, à savoir que le « et » serait la préposition voulant nous faire entendre l'essence de ce qui va suivre.
Lorsque je dis que l'accouchement se poursuit, et que l'enfant qui apparaît, eh bien cet enfant, il est dit à son propos « et Avel »: c'est donc que les deux « et » ici viennent signifier l'essence de quelque chose. Que veut dire l'essence de celui qui devient le frère, l'essence de celui qui, devenu frère, va s'appeler Avel ? Nous avons donc là deux personnages essentiels: le premier-né, qui s'appelle Caïn, le second-né, qui s'appelle Avel. Le texte nous dit, comme je vous le rappelais il y a
un instant, que lorsque cette préposition « et » est significative, c'est qu'il y a une innombrabilité, c'est-à-dire la possibilité de faire entendre qu'il y a, au-delà de celui qui naît, celui qui accompagne celui qui naît. Qu'est-ce à dire ? Tout simplement le fait que, lorsque Avel est né, sont nées avec lui deux autres filles, c'est-à-dire qu'Ève a accouché de triplés, alors que lorsqu'elle accoucha de Caïn, elle accoucha de jumeaux, dont l'un était garçon et l'autre était fille. Il est clair que, dans ce cas-là, la signification
est tout à fait intéressante.
À savoir que, lorsque Caïn naît avec une autre sœur, et qu'Avel naît avec deux autres sœurs, le texte nous dit, sans rentrer trop dans l'introspection ésotérique des choses, qu'il y a là quelque chose de supplémentaire chez Avel qui n'est pas chez Caïn. Que représente-t-il ? Je relis le texte.
Et nous avons expliqué ce que Rachi disait et ce que le Rambam disait. Mais il y a bien au-delà de cela: il y a à comprendre dans le « et », dans cette essence de la préposition, dans ce qu'elle vient faire entendre de ce qui suit, quelque chose d'important. Et cela m'amène à vous parler des parents, c'est-à-dire d'Adam et d'Ève. Comment est-ce possible ? C'est possible parce que...
Lorsque Adam va rencontrer Ève, il est écrit: Vehaadam yada et Chava ishto, c'est-à-dire que l'homme fit connaissance de celle qui s'appelait Chava et qui deviendra sa femme. Le « et » ici en présence, comme dans la naissance de Caïn, comme dans la naissance d'Avel, comme ici dans la relation conjugale entre Adam et Ève, le fait que l'homme parte à la rencontre, à une rencontre qui se veut être connaissance de l'autre, c'est-à-dire de l'alter ego, eh bien il y a dans cette connaissance-là une volonté de partir,
d'entériner l'essence de cette connaissance, et où la conjugalité, la relation conjugale, viendrait faire entendre qu'elle ne serait possible que parce qu'il y aurait une pleine connaissance de celui qui est l'autre, dans l'altérité de mon être, c'est-à-dire celui qui est mon prochain, celui qui m'accompagne. Il est écrit: c'est parce qu'il a pleinement connaissance de celle qui s'appelle Chava, c'est-à-dire de celle qui est l'existence par excellence, et c'est parce qu'il a conscience de l'essence de l'existence qu'il découvre, lui, Adam, que l'essence de son existence n'est autrement possible
que par le mot qui suit, c'est-à-dire ishto, sa femme.
Oui, je sais, vous pensez bien évidemment à ce qu'a écrit Aragon, où la femme est le devenir de l'homme, ou serait le devenir de l'homme. Oui, il y a bien entendu quelque chose dans cela qui est vrai, parce que le texte, le verset ici, vient nous faire entendre que la relation entre Adam et Ève est une relation qui est celle de jumeaux, en fin de compte, parce qu'ils sont nés, d'une certaine manière, dans la méta-histoire de la création: ils sont nés comme frère et sœur. Mais en vérité, il y a de la part d'Adam le fait de partir à la recherche de celle qui doit devenir son épouse.
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