Shana Tova et la pieté : revenir à Erets Israël
Le chofar de Roch Hachana appelle au retour : reconnaître la faute ne suffit pas, il faut revenir sur la terre.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Rosh Hashana, Aliyah et l’Unité du Peuple Juif, 1 h 05
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom, chers amis, heureux de vous retrouver sur la chaîne de Machon Meir, depuis Jérusalem, pour notre Tête-à-Tête avec Rav Yoël Ben Arosh et votre serviteur Oni Akrish. Shalom ouvaha. Shalom Yoël. Nous approchons de Roch Hachana. Le nombre de sujets est inépuisable, et on ne pourra pas traiter ici de manière exhaustive de tous les sujets. Mais il y a quelque chose qui m'a interpellé.
À partir de dimanche soir, on va se dire Shana Tova, Ktiva Tova. Il y en a même qui iront jusqu'à Hatima Tova sans attendre Kippour, parce qu'à Kippour nous dirons Guemar Hatima Tova. Shana, Ktiva, Hatima, ce sont des choses qui m'interpellent. N'y aurait-il pas, au-delà du nom propre, Shana, Ktiva, Hatima, un entendement qui devrait être plus qu'une simple signature, ou, comment dire, un contrat établi pour les douze mois à venir ? Où est l'homme ?
— Mon cher, les sages dans la kabbale nous disent que le mot Shana a pour valeur numérique 355, exactement le nombre qui correspond au terme de séfira, qui veut dire compte. Or le mot Shana a sa racine dans le mot chinouï, qui veut dire changement. D'après cette traduction, dire à quelqu'un Shana Tova n'est pas seulement lui souhaiter une bonne année, mais lui souhaiter un changement dans le compte intérieur de son être.
— Et je pourrais ajouter, avant de te laisser continuer, que dans le compte, il n'y a pas seulement le compte, il y a aussi le conte, parce que dans cette séfira, il y a non seulement le mispar, mais il y a le sipour. Exactement. Cela veut dire que nous nous souhaitons un changement dans notre compte, et dans nos comptes, pour l'année nouvelle.
— Tu as en plus mentionné la Ktiva, c'est-à-dire l'écriture, et la Hatima, qui veut dire la signature. Les sages, toujours dans le domaine de la kabbale, nous disent que la Ktiva, l'écriture, s'adresse à la partie essentielle de l'homme, c'est-à-dire à sa nechama, et que la Hatima s'adresse au corps de l'homme, aux ustensiles de l'homme. Donc, dans ces trois termes, Shana Tova, Ktiva et Hatima, nous souhaitons que l'homme puisse changer, bien entendu vers le bien, dans son monde intérieur comme dans son monde extérieur.
— Si c'est ainsi, j'ai véritablement l'impression, par exemple, dans la tefila de moussaf de Roch Hachana, qui est essentielle puisque c'est celle des chofarot, où nous instituons le souvenir, zikhronot, le son, l'appel, chofarot, et la royauté, malchouyot. Or, avant de toucher à tout cela, le texte commence par: du fait de nos fautes, nous avons été exilés, nous avons dû quitter la terre qui fut la nôtre, et donc être empêchés de Te servir, je dirais, comme il convient.
— Juste après, moi personnellement, mais je t'interroge à ce sujet, j'aurais été interpellé par une suite qui m'aurait paru plus logique. Or ce qui apparaît à ce moment-là, c'est: que cela soit Ta volonté de nous ramener dans Ta ville sainte, auprès de Ta maison, de Ton temple, afin que nous puissions Te servir de nouveau à travers nos sacrifices. Et moi, je reste, en tout cas ces dernières années, non seulement dans le moussaf de Roch Hachana mais dans tous les moussafim où revient cette liturgie, avec l'impression qu'il me manque quelque chose.
— Entre le fait que mon père me renvoie de la maison parce que j'ai mal agi, et moi lui demander, excuse-moi le terme, avec une outrecuidance, de me ramener, il me semble qu'il manque quelque chose de fondamental, qui ne s'est ni exprimé ni réalisé entre les deux.
— En fait, dans la prière que nous récitons, nous disons que nous nous sommes éloignés par nos fautes. Les sages ont fait un raccourci dans la prière. Si nous pouvons demander au Saint béni soit-Il de nous ramener, c'est que nous avons compris, et nous le disons: nous avons été exilés de par nos fautes.
— À partir du moment où l'homme reconnaît et dit qu'il a compris le sens même de son exil, cela induit qu'il a déjà compris ce qu'il faut faire pour revenir.
— Et donc ?
— Et donc, le chofar ramène en fait le souvenir d'Israël devant l'Éternel. Cela veut dire que le chofar n'est pas un son tel que nous pouvons l'entendre. C'est un son, et j'allais dire une voix intérieure, qui nous pousse à entendre l'appel de Dieu à revenir sur notre terre. Et ce n'est pas par hasard que ce même chofar est le chofar de la rédemption, de la Gueoula.
— Pour nous rassembler, il faut ce chofar. Le chofar n'est donc pas seulement un instrument religieux de Roch Hachana. Bien avant toute chose, il servait dans le désert à rassembler les enfants d'Israël. Il a toujours servi, et il est toujours en train d'être sonné. C'est ça le secret: c'est un chofar dans le texte, un son continu qui ne s'arrête jamais, et au moment où tu l'entends, c'est comme si tu disais au Saint béni soit-Il: ça suffit, ramène-nous, nous sommes prêts.
— Oui, mais tu n'as pas répondu à la question que je t'ai posée.
— Si, puisque je t'ai dit que le fait de reconnaître que nous sommes sortis par nos fautes implique qu'il faut, en réalité, corriger ces fautes pour revenir.
— Je suis entièrement d'accord, mais si ton enfant venait te dire: papa, du fait de mon comportement envers toi, tu m'as congédié pour un temps afin de me remettre en question, ramène-moi à la maison, j'aimerais reprendre ma vie courante. Si j'étais toi, je lui demanderais: ne penses-tu pas qu'entre le fait que tu reconnaisses pourquoi tu as été congédié et le fait que tu me demandes de réintégrer le foyer familial, il y a un blanc qu'il faudrait pouvoir remplir ?
— Lequel ?
— Celui de venir dire pour quelles raisons tu as été renvoyé, et surtout remplir ce blanc. Dans ce que j'appellerais, une fois qu'il y a l'appel au rassemblement, zikhronot, c'est-à-dire te souvenir des raisons qui ont fait que tu as été congédié. Et puis malchouyot: Tamlikh et tatsmikha. C'est-à-dire: impose-toi de nouveau dans la qualité de l'être que nous attendons. Dire: je t'ai menti, je ne mentirai plus; je t'ai volé, je ne te volerai plus.
— Alors je te répondrai. Si, comme tu dis, la prise de conscience devait se faire avant de revenir, on aurait pu penser qu'il faut développer un judaïsme en exil.
— Non, non, non, pas du tout.
— Mais si, parce que le retour d'Israël...
— Je dis qu'il y a une envie de retour. Mais je place en parallèle, dans le retour, le fait d'avouer le comportement immoral.
— Mais ce n'est pas ça le but. Le but, c'est de revenir d'abord. Et une fois que je reviens, c'est ici, sur ma terre, que je comble le blanc dont tu parlais tout à l'heure. Je ne peux pas le combler à l'extérieur.
— Mais je ne te dis pas de reconstruire ta maison pour que je puisse y offrir des sacrifices. Ce n'est pas la finalité.
Cours de Machon Meir
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