Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Riv ou Meriva : la dispute entre Avram et Lot

Pourquoi Avram refuse le tribunal et ce que l'hébreu distingue entre conflit juridique et dispute entre proches.

56 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La tour de Babel et l'unité uniforme de l'humanité, 51 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour tout le monde. On en était dans Béréchit, je crois, n'est-ce pas, au chapitre Yud Gimel, au verset Zay. Il y eut une dispute entre les bergers des troupeaux d'Avram et les bergers

Alors, ça veut dire quoi, ça ? Ça veut dire qu'il y a deux groupes humains qui sont en famille, qui ont donc des liens de sang, qui, tous les deux, sont fidèles au Dieu d'Abraham et qui veulent le même territoire.

Que faire dans ce genre de situation ? À la suite de ce qui s'est passé en Égypte, Abraham et Lot deviennent très riches. Ils ont toute une population qui est associée à eux. Ils viennent tous les deux au nom du même idéal, le monothéisme, et ils se trouvent sur le même territoire. Qu'est-ce qu'on fait ? Maintenant, il y a deux termes en hébreu pour dire un conflit.

Hein ? Non, presque, vous y êtes presque. C'est riv et meriva, n'est-ce pas ? Les deux sont traduits en français par « dispute » ou « conflit ». Mais en hébreu, ça se ressemble encore plus. Riv est un masculin, meriva est un féminin.

Et ce n'est pas exactement la même chose. Le terme riv désigne un conflit juridique. Un conflit juridique, ça se règle où ?

— Au tribunal.

Très bien. Le mot meriva désigne une dispute qui se règle à l'amiable. On ne va pas aller au tribunal pour chaque dispute entre nous. Viens, on s'arrange, n'est-ce pas ?

Il y a ici un conflit, et il y a deux manières de régler les conflits: soit par la justice, soit par la charité. Il y a tsedaka et mishpat. La Torah nous dit que le conflit entre les bergers d'Abraham et les bergers de Lot était un quoi ? Riv ou meriva ?

— Riv.

Donc qu'est-ce que devrait faire Abraham ? Aller au tribunal. Et au tribunal, on décidera qui a raison, les bergers d'Abraham ou les bergers de Lot. Il y aura un gagnant et il y aura un perdant. Peu importe. Il y a peut-être des tribunaux à l'époque, Chem et Ével. En tout cas, c'est la possibilité: le conflit peut se régler au tribunal, au détriment d'une des parties.

Qu'est-ce qu'Abraham dit à Lot ? Vayomer Avram el-Lot, et Abraham dit à Lot: Al-tehi riv beini ouvinekha, ouvin roaï ouvin roeikha. Qu'il n'y ait pas de meriva entre moi et toi, entre mes bergers et tes bergers. Abraham décide donc de considérer le conflit comme étant extérieur au tribunal, et donc il se règle d'une autre manière. D'accord ?

Et Abraham explique pourquoi: Ki anachnou anashim ahim, parce que nous sommes des hommes frères. Ça veut dire quoi ? Puisque nous sommes frères, si nous commençons à nous disputer, ça va finir par un assassinat. C'est le principe. Les deux premiers frères qui se sont disputés, il y a eu un meurtre. Vous vous rappelez des premiers frères ? Caïn et Abel. Et donc, ce que dit Abraham, c'est qu'entre frères, ça va mal finir. Il vaut mieux

régler le problème tout de suite. Mais comment le régler ? Par la justice ou par la charité ? Gardez la page, mais passez une petite seconde au chapitre Yud Ḥet, au verset Yud Zayin. Nous faisons là quelque chose d'assez inhabituel: anticiper sur des versets qui viendront plus tard. Mais je peux me le permettre, puisque c'est moi le prof.

Regardez au chapitre 18, verset 17. Hachem amar: Ha-mechaleh ani meAvraham asher ani oseh ? Or Dieu se disait: vais-je cacher à Avraham ce que je fais ? Ve-Avraham hayo le-goy gadol ve-atzum, alors qu'Avraham sera une nation grande et puissante. Ve-nivrechu bo kol goyei ha-aretz, et par lui seront bénies toutes les nations de la terre. Ki yadativ, car je l'ai connu.

L'maan asher yetzavve et banav ve-et beto acharav, afin qu'il enseigne à ses enfants et à sa maison après lui, ve-chamru derech Hachem, d'observer le chemin de Dieu, la-assot tsedaka oumishpat, qui est de faire à la fois charité et justice. Faire charité et justice, c'est une absurdité. Si on fait la charité, on ne fait pas la justice. Si on fait la justice, on ne fait pas la charité. Le même problème se pose à propos du roi David.

Dans le livre de Shmuel, il est dit que David faisait tsedaka oumishpat ll'kol ammo. Il faisait la charité et la justice pour tout son peuple. C'est écrit en toutes lettres. La Guemara, dans Sanhedrin, demande comment il pouvait faire à la fois justice et charité. S'il y a justice, il n'y a pas charité. S'il y a charité, il n'y a pas justice. Et la Guemara nous donne trois réponses.

La première réponse, c'est que le roi David faisait la justice: il condamnait le coupable. Il disait, par exemple: toi, le coupable, tu dois payer la somme de 1 000 shekels. C'est la justice. Mais pour payer, David sortait de sa poche la somme nécessaire, et c'est donc de la charité.

— Oui, c'est vrai. Donc il y a un problème.

Mais en tout cas, ce que dit la Guemara, c'est que David faisait tsedaka, il faisait mishpat, il faisait aussi tsedaka. Il rendait le jugement équitable, il condamnait le coupable, et après il menait la sédaka. Quoi encore ? Non, ce n'est pas du tout la justice dans le monde, puisqu'il a condamné. Le tribunal a été très net: tu es coupable, tu dois payer ça. Maintenant le type dit: où est-ce que je vais trouver l'argent ? David lui dit: écoute, j'ai de l'argent pour toi.

Je dis: quel est le problème ? Le seul problème, c'est qu'il n'y a pas de simultanéité. Quand il fait la justice, il ne fait pas la charité, et inversement. Alors la deuxième réponse de la Guemara, c'est que David faisait un compromis. Arrangez-vous, finalement tu paieras la moitié. C'est de la justice puisque ça vient du tribunal, mais c'est quand même de la charité puisque ce n'est pas vraiment de la justice. Le problème, c'est que ce n'est pas vraiment de la justice et ce n'est pas vraiment de la charité.

Troisième réponse de la Guemara: David condamnait le coupable, c'est donc de la justice, et le coupable ressentait qu'on lui avait fait un acte de charité, puisqu'on l'avait sauvé du vol. C'est-à-dire: heureusement que le juge m'a condamné, comme ça je suis dispensé d'avoir transgressé « tu ne voleras point ». Là, tu exoles. Donc c'est simultanément justice totale et charité totale, mais ça demande un niveau d'élévation morale des parties en présence qui n'est pas toujours le cas. D'accord ?

— Oui. Non. On ne fait pas toujours la charité, parce que la charité dépend aussi du sentiment de celui qui reçoit cette charité.

Donc il faut qu'il soit élevé au niveau de comprendre ça. Ça dépend d'un état d'âme. Ça veut dire que la société du temps de David était comme ça.

— Non, il n'a pas volé. Il ne sait pas s'il est coupable ou pas. D'accord ? Il y a tout un débat entre …

Cours de Machon Meir

Dans la même série

281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.

  1. 111
    Abraham, Shem, Ever et la question de l'exil
    Comment la lignée de Shem et d'Ever prépare la naissance de l'identité hébraïque d'Abraham.
    47 min
  2. 112
    Abraham, la généalogie de Shem et la sortie de l'exil
    Comment Ever, arrière-petit-fils de Shem, devient le modèle du sémite et l'origine d'Israël.
    51 min
  3. 113
    Abraham quitte son père de son vivant : deux lectures
    Le verset 11:32 laisse croire qu'Abraham part après la mort de Térah, le calcul prouve le contraire.
    51 min
  4. 114
    Le Déluge, une révélation et la question du temps
    Les cheminées du ciel, les quarante jours, le calcul des mois et l'année manquante de Noa'h.
    14 min
  5. 115
    Riv ou Meriva : la dispute entre Avram et Lot
    Pourquoi Avram refuse le tribunal et ce que l'hébreu distingue entre conflit juridique et dispute entre proches.
    En cours de lecture
  6. 116
    La tour de Babel et l'unité uniforme de l'humanité
    Le récit de Babel selon le texte : la dispersion des nations précède la tour, et l'unité imposée écrase l'individu.
    51 min
  7. 117
    Abraham face au conflit entre Lot et ses bergers
    Justice et charité : la séparation d'Abraham et de Lot, et la promesse de la terre donnée à sa descendance.
    44 min
  8. 118
    Babel, les lèvres de la terre et l'erreur de l'unité
    Pourquoi la dispersion précède Babel, ce que signifie « safa » et la différence entre unité et uniformité.
    51 min
  9. 119
    Le sang de l'homme et la tour de Bavel
    Pourquoi Dieu venge le sang versé, et comment la tour de Bavel fait basculer l'humanité.
    54 min
  10. 120
    Abraham entre deux projets : seul ou avec Lot ?
    Deux départs d'Abraham, un verset qui semble contredire l'autre, et la vue depuis la montagne de Samarie.
    52 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav