Le Rambam sur le Chofar de Roch Hachana et la techouva
D'où vient l'obligation de sonner du chofar à Roch Hachana, et pourquoi le Rambam le rattache à l'éveil du sommeil.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La techouva rétroactive : réparer son passé, 57 min
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Nous sommes donc dans Hilkhot Techouva, au chapitre 3, halakha 4. Perek Guimel, halakha Daled. Donc c'est dans le troisième chapitre, halakha Daled. Bien que la sonnerie du chofar le jour de Roch Hachana soit un décret de l'Écriture (gzerat hakatouv), il y a quand même une allusion dedans: rémez yech bo.
Est-ce qu'il est écrit dans la Torah qu'il faut sonner du chofar à Roch Hachana ? Yom térou'a, jour de sonnerie. Mais est-ce que le mot térou'a signifie qu'il faut sonner avec un chofar ? Ça peut très bien être avec la bouche, ou avec des trompettes, non ? Alors outkatem bachatsotrot, c'est encore pire ! Ça veut dire qu'il faudrait sonner des trompettes, comme à Roch Hodech. À Roch Hodech, il faut sonner des trompettes, c'est vrai. Comme Roch Hachana est un jour de Roch Hodech, on sonne effectivement aussi des trompettes dans le Beit Hamikdach. Mais le chofar, ce n'est pas une trompette.
Donc je cherche toujours à savoir où il est dit dans la Torah qu'il faut sonner du chofar à Roch Hachana. Bon, flanc. L'Ayom Hagenou, ça veut dire qu'il faut sonner du chofar ? Oui, je demande où c'est écrit dans la Torah. Où est-ce qu'il est écrit « chofar » ? Ah, le début du verset. Il faut dire le verset en entier: Tik'ou babochodech chofar, bakessé léyom ‘hagénou. Sonner lors de la néoménie, du chofar, lors du couronnement de notre fête. Le problème, c'est que ce verset, qui est un très beau verset, se trouve dans Téhilim, pas dans la Torah, n'est-ce pas ? Donc je cherche à savoir où il est dit dans la Torah qu'il faut sonner du chofar à Roch Hachana. Vous avez passé deux jours à écouter le chofar et vous ne savez même pas où c'est dit dans la Torah. Incroyable.
Bon, d'ailleurs, si vous demandez à des 'hiloniim, des laïcs, quel est le jour de l'année où on sonne du chofar, qu'est-ce qu'ils vont vous répondre ? Kippour. Tout le monde est persuadé, chez les 'hiloniim, que le jour de la sonnerie du chofar, c'est Kippour. Et d'ailleurs, tout le monde se précipite en voiture pour arriver à temps à la sonnerie du chofar à la fin du jeûne, n'est-ce pas ? Comment ? Ah, tu changes d'avis maintenant. Tu dis qu'on ne devait sonner qu'à Kippour. On a fait quoi, hein ? J'y comprends plus rien. Est-ce que tu sonnes du chofar à Kippour, toi ? Non ? C'est plus Kippour, c'est la fin de Kippour.
Alors, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Tout simplement, il faut regarder dans la Torah, dans la paracha de Béhar. Il est dit en toutes lettres qu'une fois tous les cinquante ans, le jour de Kippour, le 10 du mois, on sonne du chofar, et là on libère les esclaves, n'est-ce pas ?
Alors comment a-t-on appris qu'il fallait sonner du chofar à Roch Hachana ? On le fait par le biais de la guézéra chava. Une guézéra chava, c'est un des treize moyens d'étudier la Torah, de déduire des conclusions à la rigueur du texte. C'est quand un mot revient sous la même forme à deux endroits.
Il est dit pour le yovel, tous les cinquante ans, qu'il est pendant le septième mois. Et pour Roch Hachana, il est dit également: là, on sonne du chofar, donc ici aussi il faut sonner du chofar. Ça veut dire qu'en fait, dans la Torah, il n'est pas écrit explicitement qu'il faut sonner du chofar à Roch Hachana, mais c'est déduit par les règles d'étude de la Torah. C'est une des choses qu'on appelle midrach. Vous suivez ? Bon.
Maintenant, je reviens, mais c'est tellement fort que le Rambam peut dire: c'est un décret de l'Écriture. Ce n'est pas écrit en toutes lettres, mais c'est quand même un décret, d'accord ? Je reprends le texte. Af'al pi ch'étéyé, ha-chofar be-Roch Hachana gzerat hakatouv. Bien que, on avait expliqué que c'était à cause de ça que le chofar représentait la liberté. Vous vous rappelez de ça ? Très bien. Bien que la sonnerie du chofar à Roch Hachana soit un décret de l'Écriture, il comporte quand même une allusion, comme s'il voulait dire: Ouru yeshenim mi-shenatem, éveillez-vous, endormis, de votre sommeil. Venou dimam, vous qui êtes dans la torpeur, akitsou mi-tardemat'em, éveillez-vous de votre torpeur. Vé-h'ap'sou bema'assekem, cherchez dans vos actions, et puis ahzirou bitshouva, revenez dans le repentir, et vizkerou bora Hachem, souvenez-vous de votre Créateur.
C'est-à-dire que le chofar, c'est comme un réveil, un truc qui nous permet de nous réveiller. Le problème, c'est que le texte le dit clairement: il s'agit de se réveiller du sommeil. Or, quand nous allons écouter le chofar, nous ne sommes pas endormis du tout, nous sommes tout à fait éveillés avant la sonnerie, n'est-ce pas ?
Alors c'est quoi, cette histoire d'être endormi ? Où est-ce qu'il est dit dans la Torah que l'homme est endormi ? Dans Béréchit, à quel propos ? Pour en faire la femme. C'est-à-dire lors de la création du premier couple, la Torah nous dit que l'homme a été endormi. Est-ce qu'il est dit dans la Torah que l'homme s'est réveillé ? Non. Ah, tu dis que non. Ce qui veut donc dire qu'il dort encore, d'accord ? C'est-à-dire que nous sommes dans un sommeil qui dure depuis très longtemps, depuis la création du premier couple.
Et ça veut dire quoi ? Celui qui est endormi ne voit pas le monde tel qu'il est. Or nous avons, dans notre monde à nous, des écrans, aussi bien naturels et physiques que mentaux, qui nous empêchent de voir le monde tel qu'il est vraiment. Donc nous sommes endormis. Maintenant, est-ce qu'après que le chofar a sonné, on se réveille ? Le Rambam ne dit pas qu'on se réveille. Il dit que c'est un appel à l'éveil.
C'est comme quelqu'un qui dort, et on essaye de le remuer: réveille-toi, réveille-toi, mais il ne se réveille pas. Mais dans son rêve, il sent quelque chose. Il sent que quelque chose le pousse, il ne sait pas d'où ça vient puisqu'il est en train de rêver, mais quelque chose l'a fait bouger. On peut dire que c'est à ça que ressemble le chofar: c'est un remue-ménage fait à une conscience endormie. C'est ça, le chofar, d'après le Rambam. D'accord ?
« Regardez, veillez à vos âmes, ve-étivou dérakhéykhem, bonifiez vos chemins, ou-ma'alélékhem, et vos actions, ve-ya'azov kol ech ad mi-a'mi mi-dark'o ha-ra, que chacun d'entre vous abandonne son mauvais chemin, ou-mah'achavto acher lo tova, et ses projets qui ne sont pas bons. »
Voilà, jusque-là, c'est ce que dit le Rambam pour Roch Hachana: il y a un éveil. Maintenant, le mot lé-hikhar, c'est pourquoi, n'est pas la suite de la phrase que nous avons lue, mais c'est la suite de la deuxième halakha. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça. Il y a ici deux halakhot, qui sont suivies d'une halakha et demie, qui n'ont absolument rien à voir du point de vue du texte.
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