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Maïmonide, les huit chapitres : la morale comme jugement de soi

Pourquoi l'homme moral se conduit en juge de ses propres facultés, et ce que vise la morale selon le Rambam.

52 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : L'homme est libre : les quatre preuves du Rambam, 36 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon. Bonjour tout le monde, et bon début de temps d'hiver, comme on dit. Nous allons étudier ensemble un livre fondamental de la bibliothèque hébraïque: le Chmoné Pérakim, le traité des huit chapitres de Maïmonide.

À l'origine, ce livre a été écrit en arabe. Nous allons l'étudier non pas en arabe, étant donné que vous aurez certaines difficultés, je pense, à suivre, y compris moi-même, mais en hébreu. Ce livre a été traduit plusieurs fois. Nous allons suivre ici la traduction classique, celle de Rabbi Chmuel ibn Tibbon, un rabbin de Provence, du temps de la fin de la vie du Rambam.

Eh oh, c'est fini là-bas ?

C'est un traité d'éthique. Éthique, c'est le terme employé par les philosophes pour parler de la morale. Quelle est la différence entre la morale et l'éthique ? Eh bien, la morale, c'est quelque chose d'intérieur. L'éthique, c'est un comportement. Enfin, ça s'interpénètre, ce n'est pas vraiment différent l'un de l'autre. Donc, étant donné que ce livre est très important, nous allons l'étudier. Ce livre est court, mais dense.

En fait, il fait partie d'un ouvrage beaucoup plus important de Maïmonide. Au fait, quand est-ce qu'il vivait, Maïmonide ? Vous ne savez pas ? Ça fait combien de temps à peu près ? Allez, dites, jetez un terme.

— Deuxième, troisième, douzième, treizième siècle ?

Oui, c'est vrai, c'est ça. En fait, douzième siècle. Ça fait donc, c'est un livre vieux de 850 ans que nous sommes en train d'étudier.

Mais qui, par beaucoup d'aspects, n'a pas perdu de son actualité. Vous allez voir qu'il y a parfois des idées qui sont tirées de la science et de la philosophie du Moyen Âge et qui, aujourd'hui, sont un peu dépassées. Mais dans l'ensemble, le texte de Rambam est un texte fondamental de l'éthique juive, et donc il est essentiellement d'actualité. Ce livre fait partie d'un livre plus grand.

## La Michna et le commentaire du Rambam

Ce livre fait partie du commentaire de Maïmonide, ou de Rambam, sur la Michna. Qui est l'auteur de la Michna ? Rabbi Yehouda HaNassi, ou en français Rabbi Judah le Prince. Quand est-ce qu'il vivait, celui-là ? Douzième ? J'ai mal entendu, qu'est-ce qu'il a dit ? Hein ? Il a eu peur, plus que moi. Quand est-ce qu'il vivait, Rabbi Yehouda HaNassi ? Premier siècle ? Non.

Vous avez quand même peur ? Vous avez peur, hein ? Bon. Non, pas besoin d'avoir peur. Il vivait à la fin du deuxième siècle, dans la deuxième partie du deuxième siècle: c'est le temps de Rabbi Yehouda HaNassi, l'auteur de la Michna. C'est quoi, la Michna ? C'est la loi orale mise par écrit. D'accord ? La loi orale, écrite, c'est devenu la Michna, livre fondamental de toute la tradition orale.

Elle est à l'origine du Talmud de Jérusalem, du Talmud de Babylone, de la Tossefta, et de tout le reste. En fait, pratiquement tout ce qu'il y a dans la bibliothèque rabbinique, on peut dire, a son origine dans la Michna, indépendamment du Tanakh. Le Rambam écrit un commentaire. Il était très jeune quand il l'a fait, dans ses vingt ans. Il écrit un commentaire de la Michna. Ce commentaire, il l'écrit en quelle langue ? En arabe. Pourquoi en arabe ?

Et alors ? Il parlait aussi l'hébreu. Pourquoi a-t-il décidé d'écrire le commentaire en arabe ? Parce que quoi ? Aux Arabes ? Non, la Michna n'est pas destinée aux Arabes. Parce que les Juifs parlaient l'arabe, tout simplement. C'est-à-dire que le Rambam ne l'a pas écrit pour lui-même, il l'a écrit pour ses lecteurs. Or, les lecteurs, les Juifs de l'époque, parlaient l'arabe. Disons, au temps du Rambam, 80 % du peuple juif vit sous la domination arabe. Et donc, la langue parlée par la majorité des Juifs, c'est l'arabe, et le Rambam écrit son commentaire en arabe.

Son commentaire est très bref, mais, à différents endroits, le Rambam juge nécessaire de s'étendre un peu. Donc, à différents endroits, il a écrit ce qu'on appelle des introductions, parfois courtes, parfois longues. Il en a écrit six, six introductions à différentes parties de la Michna. La première, c'est ce qu'on appelle l'introduction à la Michna, en hébreu Hakdama à la Michna. Elle est appelée par erreur, parfois, Hakdama Léseder Zeraïm, introduction à la partie Zeraïm. Pourquoi a-t-on appelé ce texte introduction à Zeraïm, par erreur ? Parce que Zeraïm est la première partie de la Michna. Comme il était imprimé avec la première partie de la Michna, certains éditeurs ont écrit Hakdama Léseder Zeraïm. Mais en fait, c'est une introduction à toute la Michna.

La deuxième introduction est l'introduction au chapitre Helek, le chapitre Helek étant le dixième chapitre du traité Sanhédrin. Dans cette introduction, le Rambam écrit très longuement les fondements du judaïsme, ce qu'on appelle les treize articles d'émouna de Maïmonide. C'est là-bas. La troisième introduction est l'introduction à Massekhèt Avot, au traité Avot. Qu'est-ce que Massekhèt Avot ? Ce sont les Pirkei Avot. Et qu'est-ce que les Pirkei Avot ? De quoi ça parle ?

De morale, d'accord ? Le Rambam dit: c'est très bien, ce qu'ont écrit nos hakhamim sur la morale, c'est très important, mais ils n'ont pas écrit quelle est la théorie de la morale. Donc le Rambam écrit une introduction aux Pirkei Avot. Et cette introduction s'appelle également Chmoné Pérakim, les huit chapitres. Combien de chapitres y a-t-il dans cette introduction, d'après vous ? Il y en a neuf: une introduction, et les huit chapitres eux-mêmes, ce qui fait en tout neuf chapitres, qui constituent une introduction à Massekhèt Avot. C'est le texte que nous allons étudier. Il en a encore trois autres, ce n'est pas notre sujet. D'accord ?

## L'œuvre du Rambam

Tout ça pour vous expliquer que le Rambam a écrit énormément de livres. Ça, c'est un ouvrage de jeunesse. Ce n'est pas le premier livre qu'il a écrit, il en a écrit d'autres avant. Il y a un ouvrage qu'il a écrit quand il avait 16 ans, qui s'appelle Milot HaHiggayon. Milot HaHiggayon, en français, c'est le Lexique de logique. C'est un petit traité de logique dans lequel il y a un résumé très succinct de toute la logique d'Aristote. Ensuite, il a écrit également Iguéret HaChemad, l'épître sur la conversion forcée. Et puis il a écrit son commentaire de la Michna. Quand il a fini son commentaire de la Michna, il s'est dit: non, qu'est-ce que je fais maintenant ? Alors il a écrit un livre qui s'appelle Sefer HaMitsvot, le livre des commandements.

Il est composé de trois parties: la première, la deuxième et la troisième. La première partie consiste à expliquer comment on compte les mitsvot. Il y a là quatorze principes. La deuxième partie est la liste des commandements positifs, et la troisième, la liste des commandements négatifs. D'accord ? Chaque commandement est expliqué plus ou moins longuement.

Après avoir fini tout ce livre, il s'est dit: mais qu'est-ce que je vais faire maintenant ? Il a écrit encore un autre livre, du nom de Mishneh Torah. Le Mishneh Torah est un résumé de l'ensemble de la loi orale. Tout ce qu'il …

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