Maïmonide, la liberté et les lois de la nature
Pourquoi les lois de la nature sont voulues par Dieu sans que chaque chute soit une décision nouvelle, et ce qui oppose le Rambam aux mutakallimin.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Les tsadikim aux comportements extrêmes selon Maïmonide, 40 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Nous continuons donc dans le huitième chapitre du Chemoné Pérakim, à la page Resh Lamed Zayin, dans la très belle édition que vous avez entre les mains. Certaines impressions sont sur papier un peu jaune, d'autres sur papier blanc. Je sais que celle en jaune est préférable, elle est plus agréable, mais le blanc peut suffire. Resh Lamed Zayin.
Donc, nous parlons ici de l'expression Akol bidechamayim. Nous avons vu ce que cela veut dire, n'est-ce pas ? Akol bidechamayim, foutsi Yerachamayim. Et là, il y a un développement: Avala ma'amara mesur sam et tsel bene adam, mais l'expression est connue chez les gens: Ve ga'am yimat se'ou mimen nou bedivre ha-hachamim ou bedivre hanivim gam ken. On trouve donc des formulations similaires chez les Sages et chez les prophètes aussi.
Que le fait que l'homme soit assis ou debout, ainsi que tous ses mouvements, tout cela est fait par la volonté de Dieu et Son désir. Cela semblerait donc aller contre l'idée de la liberté.
Je fais tous les mouvements de mon corps, ils sont voulus par Dieu. Oumar amar amiti al tzadikhad, c'est une vérité d'un certain point de vue. Vehu: c'est comme kemi she'ichli revena la'avir vi arda le mata, comme quelqu'un qui a jeté une pierre vers l'air et qui est descendue vers le bas. Che'amar nouba, dont on a dit…
Che birtson Hachem Yitbarach yardal et mata, que c'est la volonté de Dieu qu'elle descende vers le bas. Veouma mar amiti, c'est une vraie proposition: Che Hachem Yitbarach ratsach et yaharetzkoula bamirkaz. Parce que Dieu, béni soit-Il, a voulu que la terre soit entièrement au centre, c'est-à-dire au centre du monde. Oumipnezé bechelet chehachlichou chelechim benalemala itnouel bamirkaz.
C'est pour cette raison qu'à chaque fois que l'on jette une partie de la terre vers le haut, ce morceau de terre s'oriente vers le centre. De même, chaque partie du feu monte vers le haut, en raison de la volonté originelle qui est que le feu monte vers le haut.
L'eau: chez Hachem, béni soit-Il, ratsa béréch yitnoua zerhelek minar yitnoua les matas. Mais ce n'est pas que Dieu a voulu, au moment où ce morceau de terre est monté vers le haut, qu'il retombe vers le bas.
C'est-à-dire, ce que dit le Rambam, c'est qu'il y a des lois permanentes de la nature, et ces lois sont voulues par Dieu. Donc, si selon ces lois les pommes doivent tomber au sol, à chaque fois qu'une pomme tombe, on dira que c'est la volonté de Dieu que cette pomme tombe. Mais ce n'est pas une décision qui a été prise à ce moment précis. C'est une décision d'ordre général: qu'il y ait des lois de la nature. D'accord ? C'est bien clair ?
Ouvazé cholkim ahmedavrim, et c'est là-dessus que les Medavrim sont en désaccord avec nous. Qu'est-ce que disent les Medavrim ? Les Medavrim, comme on l'a déjà expliqué, sont une secte philosophique essentiellement musulmane, qu'on appelait en arabe les mutakallimin, qui avaient des positions différentes de celles des philosophes, c'est-à-dire des philosophes aristotéliciens, aussi bien en physique qu'en métaphysique. Est-ce que vous me suivez ? Bon.
Qu'est-ce que disaient les mutakallimin, entre autres ? Ils affirmaient que toute chose est voulue au moment où elle se passe. Par exemple, si je prends un pinceau imbibé de peinture noire et que je l'étale sur un mur blanc, qu'est-ce qui se passe ? Le mur qui était blanc devient noir, d'accord ? Et si c'est le plafond, par exemple, ça peut être dangereux: accroche-toi au pinceau, vu que je vais retirer l'échelle.
Mais quelle est l'explication ? Selon les philosophes, le mur qui était blanc est devenu noir parce que j'ai appliqué de la peinture noire. C'est ça ? Vous vous suivez ? D'accord. C'est ce qu'on appelle cause et effet: j'ai pris le pinceau, je suis passé sur le mur, le mur blanc est devenu noir. Mais pour les mutakallimin, cela n'a absolument rien à voir. Il n'y a aucun rapport entre le fait que j'ai appliqué le pinceau sur le mur et le résultat. Le résultat a été voulu par Dieu à ce moment précis.
C'est-à-dire que, pour les mutakallimin, Dieu crée de la peinture noire sur le mur, et cela se passe comme par hasard au moment où le pinceau est sur le mur. Mais en vérité il n'y a rien à voir. D'ailleurs, le mur qui a été peint a disparu depuis longtemps: il a été recréé une seconde plus tard. C'est-à-dire qu'à un moment, une seconde après, Dieu a voulu à nouveau que le mur soit créé; il a donc créé un nouveau mur, et il a voulu encore la même chose une seconde plus tard. Ce qui fait qu'à nouveau il y a un mur qui a été créé.
Oui ? Non, c'est une providence. C'est-à-dire que le bon Dieu a voulu qu'au moment où tu appliques le pinceau sur le mur, le mur devienne noir. Mais ce n'est pas une relation de cause à effet; c'est une relation qui remonte directement à la volonté de Dieu à ce moment-là. Ah oui ? C'est exactement ce que dit le Rambam: non. C'est-à-dire que le Rambam dit que c'est faux.
Oui ? Ah oui ? Donc le Rambam ne comprend pas cette phrase des Hachamim. Disons qu'il y a à ce propos trois… Qu'est-ce qu'il y a ? Oui, mais est-ce que c'est à ce moment-là que le bon Dieu a voulu que le mur devienne noir ? Donc tu penses que, comme les mutakallimin, il… Non, il n'est pas comme le Rambam, d'accord ? Le Rambam ne pense pas comme ça. D'accord ? Nous avons à ce propos trois opinions possibles: celle du Rambam, celle des mutakallimin, et celle…
Cela veut dire qu'il y a des moments dans l'histoire du monde où Dieu intervient à nouveau, comme s'il recréait le monde. Par exemple le déluge, ou la révélation du Sinaï. Oui ? Je n'ai pas dit qui a raison ou pas. Je dis d'abord qu'il y a l'opinion du Rambam, l'opinion des mutakallimin, et l'opinion de Rav Saadia Gaon. D'accord ? Il faut comprendre ce que cela veut dire.
Quand tu dis que HaKadosh Baroukh Hou vivifie le monde à chaque instant, et cela commence à répondre un peu à ta question, cela veut dire que tu as introduit HaKadosh Baroukh Hou dans le temps. Or Il n'est pas dans le temps, Il a créé le temps. Donc tu ne peux pas réduire l'action de HaKadosh Baroukh Hou à une intervention dans le temps, n'est-ce pas ? Cela veut dire que tu peux le ressentir de cette manière, mais ce n'est pas vrai pour Lui.
Il y a un texte du Rambam, une très longue lettre du Rambam, pour dire que c'est faux. Vous voyez ? Par exemple, si je décide de m'empoisonner, alors je meurs tout de suite. Si je ne m'empoisonne pas, je continue à vivre. D'accord ? Ce qui veut dire que si je vis longtemps ou pas, cela dépend entre autres de ma décision. Des exceptions sont toujours …
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