Maïmonide : l'homme est-il vraiment libre ?
Liberté juridique ou liberté intérieure, et pourquoi le Rambam refuse le déterminisme des astrologues.
Rav Oury Cherki
Ensuite : L'âme unique et l'homme collectif selon Maïmonide, 56 min
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Bonjour tout le monde. Il me semble que nous en sommes arrivés au huitième chapitre. Le huitième chapitre, hein ? Quoi ? Ah, il faut taper ? Bonjour tout le monde, je crois que nous en sommes arrivés au huitième chapitre des Chemona Pérakim. Ce qui veut dire qu'après ce chapitre-là, il n'y a plus de chapitre. Oui. Après commence le commentaire du Rambam sur Pirké Avot. C'est un autre livre, d'accord ? Là, c'est l'introduction au Pirké Avot, après le commentaire du Rambam sur le Pirké Avot.
Qui est basé, d'ailleurs, sur les enseignements des Chemona Pérakim. C'est-à-dire que, quand on a étudié les Chemona Pérakim et qu'on lit ensuite le commentaire de Maïmonide sur le Pirké Avot, on voit tout de suite d'où ça vient. Bon, alors le huitième chapitre est un sujet en soi, qui a déjà été abordé au deuxième chapitre: c'est celui de la liberté. L'homme est libre. Vous vous rappelez que ce n'est pas si simple que ça. En quoi est-ce que l'homme est libre ? Est-ce qu'il est libre dans sa partie nutritive et sa partie sensitive ? La réponse est non.
Mais il n'est pas libre non plus dans la partie imaginative. En revanche, il est libre de ses sentiments et il est libre de sa pensée. Vous vous rappelez de ça ? C'était dans le, comment ? Non ? Ah, très bien. C'était donc dans le deuxième chapitre. Maintenant, ce qui n'a pas été élucidé, c'est: l'homme est-il vraiment libre ? Ça, c'est une question qui va être traitée au huitième chapitre. Le Rambam affirme avec force que l'homme est libre. C'est une donnée fondamentale dans l'enseignement du Rambam.
Il parle d'une liberté totale, là où elle se traduit, là où elle s'exprime, pardon. Et donc, de quoi s'agit-il ? On dit, par exemple, qu'il existe ce qu'on appelle la liberté juridique. Il y a un document très important qui s'appelle la Déclaration des droits de l'homme, qui a une double origine: la Déclaration d'indépendance américaine, et, par la suite, la Déclaration des droits de l'homme de l'Assemblée nationale en France, lors de la Révolution française.
Les Français aiment dire que ce sont eux les inventeurs de la Révolution, et donc des droits de l'homme. Les Américains aiment dire que ce sont eux qui ont été les premiers. À quoi les Français répondent: mais non, mais pas du tout, les Américains ont appris ça de plusieurs Français qui l'auront appris... Enfin bref, ça n'en finit plus. En tout cas, quoi qu'il en soit, il existe une déclaration des droits de l'homme. Celle-ci a été reformulée plusieurs fois, en 1789 et puis après en 1792. Il y a également une déclaration des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies. D'ailleurs, cette dernière a été écrite par un juif, René Cassin, de l'Alliance, le président de l'Alliance israélite universelle, à la demande des États-Unis, après la Deuxième Guerre mondiale. Bon.
Tout ça, c'est très joli, c'est de l'histoire, mais qu'est-ce que cela dit en substance ? Là, le premier paragraphe de la déclaration des droits de l'homme, c'est ça le seul paragraphe qui nous intéresse: tous les hommes sont libres et égaux. Ils sont nés libres et égaux. Comment ? Alors, en droit, justement, c'est ça que ça veut dire. Et qu'est-ce que l'on entend par là ? Il y a évidemment une restriction à cela dans la déclaration elle-même. Qu'est-ce qui se passe quand il y a une confrontation
entre ma liberté et la liberté d'un autre homme libre ? Je suis libre, il est libre, mais nos libertés se contredisent. Alors, tous les hommes sont libres dans la mesure où ils ne portent pas atteinte à la liberté de l'autre, et la limite entre les deux libertés sera fixée par la loi. Fixée par la loi: donc c'est la loi qui décide que je suis libre. Mais cela ne veut absolument pas dire que je suis libre de nature. Ce que ça veut dire, quoi ?
C'est que, finalement, si c'est une liberté juridique, ça veut dire que nul n'a le droit de restreindre mon activité. Je peux faire ce que je veux, c'est ça que ça veut dire. Mais pourquoi est-ce que je veux ce que je veux ? Ça, la Déclaration des droits de l'homme ne le dit pas. Par exemple, je veux boire un verre de whisky. Est-ce que, d'après la Déclaration des droits de l'homme, je peux le faire ? La réponse est oui. Mais pourquoi est-ce que je veux boire un verre de whisky ? Est-ce que c'est parce que c'est librement voulu, décidé ? Ou bien est-ce que c'est quelque chose qui m'est imposé de vouloir du whisky ? Hein ? Biologiquement, ça peut être une des raisons, d'accord ? Non ? Elle ne connaît pas le whisky. D'accord. Mais le problème est de savoir...
Mon désir... Bon, je prends: je veux manger une banane, hein, une banane, ça vous va ? C'est dans la nature ? Bon. Alors je veux manger une banane, mais pourquoi est-ce que je veux manger une banane ? Est-ce que je suis déterminé à vouloir manger une banane ou pas ? C'est ça, le problème. Et ça, la Déclaration des droits de l'homme n'en parle pas. J'irai même plus loin: il y a une sorte de présupposé implicite, qui est que je n'ai pas le choix. Je veux manger
une banane parce qu'il y a des raisons qui m'obligent à vouloir manger une banane, et donc il serait injuste que la loi me l'interdise. Vous comprenez ? C'est parce que je ne suis pas libre qu'il y a la déclaration que je suis libre en droit, d'accord ? C'est-à-dire que les pommes sont libres de tomber juridiquement. Personne n'a le droit d'interdire aux pommes de tomber, et donc elles ne peuvent pas être punies d'être tombées.
Mais c'est parce qu'elles ne peuvent pas faire autrement que de vouloir tomber. Elles tombent. Oui. Qu'est-ce qu'il y a ? Elles ne choisissent pas ? Peut-être qu'elles ont une sorte de choix, un choix imposé. Bon. En tout cas, peut-être que je ressemble à la pomme. C'est peut-être pour ça que l'idée, justement, d'une déclaration des droits de l'homme vient du jeu de pommes. Oui, par exemple. Alors, non, seulement des préférences ? Mon choix, ma décision ? Non.
Il y a ce qu'on appelle des déterminismes. Il y a le déterminisme biologique: par exemple, je suis ainsi fait, c'est mon code génétique qui fait que je suis obligé de manger des bananes. J'ai pas le choix, je suis ainsi fait. Ou bien il y a un déterminisme astral, en astrologie: vous savez, mon signe zodiacal fait que je ne peux pas m'empêcher, le 24 mai à 17 heures, de vouloir manger une banane. C'est écrit dans les étoiles. Il y a un déterminisme fataliste: c'est mon destin, c'est inscrit à l'avance. Il y a une version grecque, le fatum: il n'y a pas de liberté. Il y a également un fatalisme musulman, théologique, qui dit: c'est écrit par Dieu, Maktoubn Allah. Et donc je n'ai pas …
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