Les Béné Noa'h, la mission universelle de la Torah
Pourquoi la Torah s'adresse à l'humanité, et comment un non-Juif devient Ben Noa'h selon le Rambam.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La sagesse de l'homme et la sagesse de la Torah, 41 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous. Vous m'avez demandé qu'il y ait un cours sur les Béné-Noah. Une chose est bien connue: la Torah contient ce qu'on appelle un message universel. Il y a des raisons à cela. Si vous faites un calcul très simple, l'humanité est composée de 99,8 % de Goïm et de 0,02 % de Juifs. On peut donc se demander ce que le bon Dieu veut dire à ces 99,8 % de Goïm. Il y a certainement quelque chose à leur dire. Il est donc évident que, selon la Torah, il y a quelque chose à transmettre à l'humanité.
Il y a cependant un Juif, du nom de Henri Bergson, dont vous avez peut-être entendu parler. C'était un philosophe d'origine juive, en France, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. C'était un philosophe très profond, pour tout vous dire, mais personne n'est à l'abri des erreurs, et il a dit quelques absurdités. Entre autres, il a affirmé que le christianisme est supérieur au judaïsme. Et ce, pour une raison très simple: selon lui, le judaïsme parle d'un dieu qui ne se préoccupe que de son peuple, tandis que le christianisme a brisé ses barrières et parle d'un dieu qui s'intéresse à l'ensemble de l'humanité. N'est-ce pas ? C'est ce qu'affirme Henri Bergson.
C'est extrêmement surprenant qu'un homme d'une si haute culture comme Bergson ait pu dire une telle ânerie. Je pense que c'est exactement le contraire. Pour le christianisme, il n'y a de salut que dans l'Église, et quand on est en dehors de l'Église, on est damné éternellement. En revanche, la Torah nous enseigne qu'on n'a jamais demandé aux Goïm de se convertir en masse, bien au contraire. Par exemple, le prophète Elisha donne des instructions à un général araméen, ennemi d'Israël, et lui dit comment servir Dieu. Il y a également un prophète, Jonas, qui, ce qui ne dit absolument pas qu'il était d'origine chinoise, est parti comme un pigeon voyageur à Ninive. D'ailleurs, c'est ce que veut dire le mot Yonah.
— Oui, encore les racistes là.
Il est parti à Ninive, envoyé par Dieu pour leur faire faire techouva. De même, on voit que le prophète Isaïe, Echayahou, lance des prophéties un peu partout, à différentes nations chez lesquelles il est envoyé. Par exemple, il est envoyé en Afrique noire. Il en rajoute une couche quand il part justement dans le pays de Kouch, envoyé par Dieu pour prophétiser là-bas.
De même, si on va plus loin, à l'époque des Tanaïm, il y a Hillel, qui nous dit qu'il faut aimer les créatures et les rapprocher de la Torah. Cela veut donc dire que le message de la Torah est destiné à ceux qui en sont loin. Sans parler de Rabbi Akiva, qui est bien connu pour avoir dit: Ḥavivé adam chenivra bétselem Elokim, l'homme, créé à l'image de Dieu.
Donc, qu'est-ce qu'il fait ?
Comment Bergson a-t-il pu dire une telle ânerie ? Je parle de quelqu'un qui était très cultivé et qui connaissait ces sources. Cela vient de quelque chose de très simple: il avait raison dans la réalité. Pendant des siècles, y compris au temps de Bergson, les Juifs ne se sont pas occupés de cette partie fondamentale de la Torah. Et ce, pour deux raisons.
La première: les Juifs étaient occupés à survivre au temps des persécutions. La chose la plus importante pour le Juif, c'était de vivre, non pas jusqu'à demain, mais jusqu'à aujourd'hui. En situation de persécution, quand on est en train de se sauver la peau, on n'a pas le temps de s'occuper des autres.
Deuxièmement, au temps de l'émancipation, quand les persécutions ont officiellement cessé, les Juifs étaient préoccupés par autre chose: disparaître dans le décor, gêner le moins possible, une assimilation parfois totale, parfois partielle, mais en tout cas, ne pas déranger. Dans ces deux situations, les Juifs ne pouvaient donc pas réaliser, accomplir leur rôle.
Une fois que les enfants d'Israël seront revenus sur leur terre et auront créé leur État, quel sera leur devoir, s'il y en a un, par rapport à l'humanité ? Il y a également des habitudes frileuses, qui viennent de longs siècles de désintéressement. Il y a un argument: c'est bien, il faut s'occuper des Goïm, mais d'abord commençons par les Juifs. Une fois qu'on aura fini de s'occuper des Juifs, alors on trouvera un peu de temps pour lancer quelques miettes du côté des Goïm. D'accord ? Vous connaissez cet argument ? C'est un argument qu'on entend souvent.
Le problème, c'est que cela voudrait dire que l'enseignement est une forme de tsédaka. Dans la tsédaka, il y a une règle, que les Goyim ont d'ailleurs reprise: la charité bien ordonnée commence par soi-même. Et ce que dit la halakha: Aniyé ireikha kodmim leaniyé ir aheret. Les pauvres de ta ville passent avant les pauvres d'une autre ville.
Oui ? Une seconde. Nous allons tenir compte de cette question très bientôt. Je voudrais d'abord finir avec la première phrase. Donc, si c'est une question de tsédaka, alors évidemment il y a ce qu'on appelle des cercles de proximité: on s'occupe d'abord du proche et ensuite du lointain. Mais répandre la connaissance de Dieu dans le monde n'est pas un acte de tsédaka.
Il est dans l'essence même d'Israël. Quand Dieu dit à Abraham: « Par toi seront bénies toutes les nations de la terre », c'est dit au point de départ de l'élection. Ce n'est pas quelque chose qui arrive plus tard. L'universel ne serait pas rajouté après coup. La Torah nous parle de l'apparition d'Israël sur la terre comme étant, dès le départ, à finalité universelle. Et non pas un peuple replié sur lui-même après coup.
Maintenant, pour ce qui est de la question de David Altar, qui porte sur le fait que l'État n'est pas encore vraiment construit, la réponse est que les Goyim se fichent pas mal de savoir si tu as une kippa sur la tête ou pas. Pour les Goyim, l'Israélien, c'est le Juif des nations. C'est en tant que tel qu'il est conçu dans le subconscient collectif des gens.
Quand je donne des conférences à des candidats diplomates du ministère des Affaires étrangères israélien, j'explique aux jeunes diplomates, tout frais moulus et tout contents d'aller au Kenya boire un peu de whisky, que ce qui est important, ce n'est pas ce qu'eux pensent du judaïsme. Ce qui est important, c'est ce que les Goyim pensent d'eux. Il faut savoir que, pour les Goyim, notre identité n'est pas quelque chose de neutre dans leur monde. Pour une raison très simple: nous constituons, nous autres Juifs, un scandale métaphysique, du fait même de notre existence. Il faut en être conscient.
Comme disait une fois un radical de gauche anti-chrétien à Manitou: « Je ne crois pas à toutes les bêtises de l'Église, mais pourquoi l'avez-vous crucifié ? » D'accord ? C'est-à-dire que... J'ai expliqué cela à un groupe de catholiques venus en Israël, qui me disaient: vous savez, l'Europe laïque est beaucoup plus chrétienne qu'avant. Pour une raison très simple: quand quelqu'un est consciemment …
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