Abraham, la émouna et le mérite selon Rachi
Béréchit 15, 6 : le mot tsédaka peut signifier charité ou mérite, et Rachi choisit le mérite.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Qu'est-ce que le Tanakh : les 24 livres et l'humilité de l'homme, 57 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom, bonjour à tous. Il paraît que le cours de cet après-midi s'est surcouru une fois, c'est ce qu'on m'a dit. Pour l'instant on est dans Béréchit, dans le livre de Béréchit si je ne me trompe pas. Nous en sommes arrivés au chapitre 15, au verset 6. Un verset extrêmement ardu, bien que court.
« Il a cru en Dieu, et il lui considéra cela comme une tsédaka ». J'ai fait exprès de ne pas traduire le dernier mot, parce que ce dernier mot a plusieurs sens en hébreu. Et selon le sens que nous allons donner à ce mot, il y aura des conséquences sur l'intelligence du reste du verset. Le mot tsédaka en hébreu signifie deux choses.
Des sens opposés. Cela peut signifier une charité, cela peut signifier un mérite. Exactement le contraire, n'est-ce pas ? Charité: c'est sans mérite. Mérite: c'est sans charité. Vous avez compris ce que je dis là ? Si ce n'est pas clair, il faut demander maintenant, parce qu'après ça va se compliquer. « Ulkha tihyé tsedaka lifné Hachem Elohékha »: tu auras un mérite devant l'Éternel ton Dieu, quand on donne, quand on rend le gage aux pauvres. D'accord ? Donc tsédaka peut signifier, en hébreu biblique, j'entends, un mérite ou une charité.
D'ailleurs il existe en hébreu un autre mot, plutôt en hébreu tardif: le mot Zekhout. Quand on dit que quelqu'un a beaucoup de zekhout, ça veut dire qu'il a beaucoup de quoi ? De mérite. Et quand je dis Zekhouyot HaAdam, ça veut dire quoi ? Les droits de l'homme. Le mot Zekhout signifie un droit. Et un droit, c'est quelque chose que je reçois sans le mériter. Les droits de l'homme supposent que les hommes, puisqu'ils sont des hommes, ont des droits. Les droits de l'enfant, les droits du travail, les droits des parents, les droits de l'étranger, les droits du prisonnier, les droits du malade, etc. D'accord ?
La notion de zekhout en hébreu est donc, elle aussi, marquée par cette dualité entre le mérite et ce qui me revient. Vous savez que lors de la Révolution française, au moment de la déclaration des droits de l'homme, il y a eu aussi des initiatives à l'Assemblée nationale pour faire une déclaration des devoirs de l'homme. Et il y a un problème moral très grave aujourd'hui: il n'y a pas de corrélation entre les droits et les devoirs. Et cela entraîne effectivement des monstruosités morales et politiques. Hein ? Oui, c'est un mot en français. Il n'y a pas d'ulpan au Mahon Meir pour apprendre le français; c'est supposé être connu déjà de ceux qui viennent étudier.
Je reviens donc au verset. « Véhé'émin BaHachem », il a cru en Dieu. De qui parle-t-on ? D'Avraham, très bien.
« Vayarchevehalo tsédaka »: il lui considéra cela comme une tsédaka. Qui est il et qui est lui ? Hachem a considéré, pour Avraham, cette émouna comme une tsédaka, donc comme un mérite. C'est ce que j'ai compris ? C'est-à-dire: si c'est Hachem qui est il, et si lui, c'est Avraham, alors le mot tsédaka signifie un mérite. D'accord ? Maintenant, on peut dire exactement le contraire.
Il peut être Avraham, qui a considéré que lui, Hachem, lui faisait un acte de charité. Donc le mot tsédaka a ici une ambivalence, et cela a des conséquences au niveau du sujet et de l'objet. Est-ce bien clair ? Maintenant, Rachi va dans le premier sens. Regardez dans Rachi, sur « Vayarchevehalo tsédaka »: « HaKadosh Baroukh Hou a considéré qu'Avraham avait un mérite, lizkhout veli tsidaka,... » Zekhout ou tsidaka, c'est en fait un synonyme, pardon. « Lizkhout veli tsidaka, ala émouna she'émin bo »: pour la émouna qu'il a eue en Lui. Donc, quel est le mérite d'Avraham, d'après Rachi ? D'avoir cru en Dieu.
Mais qu'est-ce que cela veut dire, croire en Dieu ? Croire qu'Il existe ? Ou croire à Sa promesse ? Oui. Il n'y a pas de mérite à croire en un Dieu qui vous parle. Alors quel est le mérite ? Qu'il a cru quoi ? À la promesse. À nouveau, le problème se pose: si Dieu vous fait une promesse, est-ce un mérite de la croire ?
— Comment ça s'est réalisé ? Il n'avait pas d'enfant. La promesse, c'est d'avoir un enfant et de recevoir la terre. Il n'a ni enfant ni terre.
— Il n'y a pas de descendance.
Alors il a un mérite à bien vouloir croire en la promesse que HaKadosh Baroukh Hou lui fait. Là se pose la question du Rambam: comment quelqu'un à qui Dieu parle pourrait-il ne pas croire en Dieu ? Ce n'est pas un mérite. Si HaKadosh Baroukh Hou se révèle à toi et te fait une promesse, évidemment tu vas la croire. Oui, mais si tu sais que c'est Dieu qui te parle, il y a peut-être un problème. Si tu penses que c'est, disons, un grand Rav qui te parle, ça c'est autre chose. Tu peux dire: il dit n'importe quoi, puisque je vois la réalité, qui est le contraire. Mais si c'est le Créateur du monde qui te parle, il est évident que ce qu'il dit est vrai. Donc il n'y a pas de mérite à croire en la promesse, n'est-ce pas ?
— Oui ?
Ce n'est pas ce que dit Rachi, là. Il dit que HaKadosh Baroukh Hou a considéré la émouna qu'avait Avraham en Lui comme un mérite. C'est ce qu'il a écrit dans Rachi. Alors ça pose un énorme problème. Disons qu'il y a un problème logique: pourquoi ne pas croire en la promesse de Dieu ? Si Dieu vous fait une promesse, c'est évident que c'est vrai.
Mais un autre problème peut se poser: pourquoi le Rambam attaque-t-il violemment Rachi ? Je vous révèle que le Rambam, Nahmanide, non seulement n'est pas d'accord avec Rachi pour un problème de logique, mais il dit qu'il est interdit de penser comme Rachi. Il ne dit pas pourquoi.
Il y a quelque chose qui choque le Rambam dans l'opinion de Rachi. Si je prends l'opinion de Rachi, cela veut dire que le mérite de l'homme, c'est quoi ? La émouna. La émouna serait le mérite. D'après le judaïsme, quel est le mérite de l'homme ? Les actions. Et ce sont les chrétiens qui ont dit que ce ne sont pas les actes qui sauvent, mais la émouna qui sauve. Donc vous comprenez que le Rambam, quand il lit cela dans Rachi, ça lui fait tilt. D'accord ? Donc le Rambam va donner une autre interprétation.
Maintenant, je vais vous révéler autre chose: Rachi, ce n'est pas n'importe qui. Donc Rachi ne dit pas n'importe quoi. Vous comprenez pourquoi Rachi a dit qu'Avraham avait un mérite à avoir eu la émouna ? Vous avez compris ma question ? Vous voulez une réponse ? Ça serait bien, hein ?
— Ouais.
Je vais vous la donner. La réponse: en qui Avraham a-t-il eu la émouna, d'après le verset ? Regardez bien. Il n'a pas écrit Elohim. Il dit BaHachem, en Hachem. Or la …
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