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Torah et société : honte et dignité face à la pauvreté

Le Rav Raphaël Berdougo explique Isaïe 58 : nourrir, abriter, vêtir le pauvre sans l'humilier.

40 min

Rav David Zenou

Ensuite : Nature innée et personnalité acquise selon Rony Akrich, 1 h 04

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Aujourd'hui, nous allons étudier notre sujet: Torah et société. Vous avez déjà vu, il y a quelque temps, une introduction au rapport entre la Torah et la société, ou encore à la manière dont la Torah conçoit la construction de la société. Autrement dit, le rapport humain entre les personnes.

Nous avions vu que le point important, la dernière fois, c'est que tout le monde est obligé de réfléchir constamment au problème de la société. Les Chachamim, les sages de Chachma Israël, tous les sages, et surtout, j'avais cité le Rachba, le Rosh et d'autres Richonim, donc d'il y a 600 à 700 ans, qui se permettent, en tant que Rabbanim, de s'occuper de ce qui se passe dans leur communauté.

Autrement dit, s'il y a un problème au niveau des pauvres, au niveau de la manière dont on reçoit les gens, au niveau des prix, de la régulation des prix, etc., on retrouve les Rabbanim qui avaient aussi le droit de parler, de donner leur opinion et leur façon de voir par rapport à la Torah, à ce qui se passe socialement dans la communauté. Cela se retrouve beaucoup dans toutes les communautés nord-africaines.

Nous allons voir aujourd'hui un exemple très frappant, où un grand Rav a écrit une takana. Autrement dit, un point important qui oblige la communauté juive à s'occuper d'un certain sujet que nous allons voir. C'est très important. Il y a un Rav qui s'appelle le Rav Raphaël Berdougo. Le Rav Raphaël Berdougo est né en 1747

Il est né à Meknès, c'est en 1822. C'est l'un des plus grands Rabbanim nord-africains, au niveau de la connaissance comme au niveau de l'écriture. Il a écrit des commentaires sur la Torah, des commentaires sur la Mishna, donc des commentaires plus élargis sur la Torah. Il écrit des responsa. Il a écrit un très grand nombre de livres. Et surtout, il a écrit un grand nombre de points communautaires, de takanot, de réparations. Takana, c'est la traduction littérale: une réparation, une réparation communautaire. Autrement dit, ce sont les problèmes qu'il y a dans la communauté, et la manière de voir pour pouvoir les arranger.

Nous allons essayer de voir aujourd'hui comment le Rav Berdougo explique un pasouk. Nous avons un pasouk dans Isaïe, chapitre cinquante-sept, qui dit ceci: Halo pros lavahev lachmecha va'anyim morudim tavi bayt, ki tireh haroum, v'chisito ervim, ou'bsarecha lo titalam. En français: « Partage ton pain avec celui qui a faim, fais entrer chez toi les malheureux sans asile, quand tu verras un homme nu, couvre-le, et ne te dérobe pas à ta propre chair. »

Il y a trois sortes de pauvres, trois sortes de pauvreté. Il y a un pauvre qui n'a pas de quoi manger, comme dans le verset que nous venons de lire: tu partageras ton pain avec l'affamé. L'affamé, c'est celui qui n'a rien à manger. Son problème, c'est de savoir comment manger aujourd'hui. Chaque jour, il réfléchit à la manière dont il va manger. C'est la première catégorie, celle du plus pauvre, si l'on peut dire.

Deuxième catégorie: le pauvre qui a mangé, mais qui n'a pas d'endroit où habiter. Pour lui, il faut réfléchir constamment, le soir, à l'endroit où il va dormir. La troisième catégorie: une personne qui a un endroit où habiter, qui a de quoi manger, mais qui n'a pas d'habits. C'est, par rapport aux précédents, une sorte de luxe. Il y a à manger, il y a un logement, mais il faut s'habiller. Évidemment, ce n'est pas un luxe, c'est un minimum, mais c'est un minimum qui est déjà au-dessus.

Ce que nous avons essayé de voir, à travers l'explication que le Rav Berdougo donne du verset, c'est comment la société juive doit se comporter envers les nécessiteux, envers ceux qui ont justement besoin de recevoir à manger: comment se comporter, comment leur donner la possibilité d'être bien avec nous, de ne pas avoir honte, de nous demander de l'aide. À partir de cette question, on essaie d'élargir la réflexion à la société, à la société juive.

Dans la communauté en France, et dans la société en Israël, est-il bon de construire des résidences et des quartiers réservés aux personnes plus aisées, tandis que d'autres quartiers accueillent des personnes moins aisées ? Autrement dit, de faire une différence. Les meilleurs quartiers, si l'on veut, ceux qui sont riches, plus riches, etc. Et les quartiers où les gens habitent, mais n'ont pas les moyens de s'habiller, ou ont de quoi s'habiller mais pas de quoi manger. Enfin, là où il y a même des difficultés.

Cette manière de faire, de construire a priori des quartiers comme cela, ou de réfléchir à chercher tel quartier qui est meilleur qu'un autre, est-ce une vision juive ? Ou peut-être y a-t-il une manière de voir un peu différente selon le judaïsme ? C'est un peu notre sujet aujourd'hui. Nous allons essayer de suivre cela à travers le Rav Berdougo, que nous lirons ici, et à travers une histoire que nous verrons dans le traité Ketoubot, qui va nous donner un peu une réponse. Et enfin, sur la fin, comme je l'ai dit, une takana.

Une très ancienne takana, une ancienne réparation, qui concerne justement la question: doit-on faire une séparation, ou doit-on peut-être mélanger ? Nous avons donc dit que le Rav nous présente trois sortes de personnes nécessiteuses. Nous allons parler plutôt de celui qui est le plus nécessiteux, autrement dit celui qui n'a rien à manger. Celui qui n'a rien à manger veut manger. C'est l'idée du pasouk: Pros, lerach'ev lachmecha.

La traduction du Rabbinat: « Puis encore, partage ton pain avec la famille. » Pros, lifros, en hébreu, ce n'est pas seulement partager. C'est trancher. Comme on dit lifros lehem, trancher du pain, c'est couper du pain en tranches. Et donc ici, le Rav demande: pourquoi doit-on trancher le pain quand on donne aux pauvres ? On n'a qu'à donner au pauvre un pain entier. Pourquoi veut-on donner des tranches de pain ? Donne-lui un pain entier, et lui, il le tranchera, il le coupera. Pourquoi veux-tu donner des tranches ? La réponse est la suivante:

Si je lui donne des tranches de pain, il aura moins honte, cela fait moins « glouton ». Si je lui donne un pain entier, cela veut dire qu'il n'a vraiment rien à manger: il sort avec le gros pain de la maison, et il ne se sent pas à l'aise. Si je lui donne une tranche, puis encore une tranche, cela fait plus discret, cela fait plus un repas, cela a une allure plus correcte. Le but est donc de trouver la meilleure manière de donner ce dont le pauvre a besoin, de telle sorte qu'il se sente bien quand il reçoit ce qu'il va recevoir. Et la tranche de pain est la meilleure chose à donner, plus qu'un pain entier, pour qu'il se sente bien.

C'est la première idée. Deuxième idée: si je donne au pauvre une tranche de pain et non un pain entier, je lui montre que je ne suis pas dans le …

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