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La birkat haminim et la rupture avec les minim

Pourquoi les sages ont institué la bénédiction contre les minim, et qui étaient ces judéo-chrétiens visés.

48 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Shema Israël : écouter plutôt que voir, 52 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom à tous. Après une longue et difficile interruption, difficile et même insupportable, nous allons reprendre l'étude de la prière, n'est-ce pas ? Nous en étions, je crois, à quelle bénédiction ? À quelle bénédiction étions-nous arrivés dans la Chmone Esré ? Les minim ? On n'a pas fini, n'est-ce pas ? Ah oui, les minim. Il existe donc une bénédiction qu'on appelle la bénédiction des minim.

Vous avez le texte devant les yeux, ce qui vous donne un avantage sur moi. Si tu me donnes un livre, c'est un des avantages que tu auras. Ah, d'accord, d'accord. En tout cas, c'est sympa d'avoir pensé à faire le minimum nécessaire sur le plan moral, c'est-à-dire me donner un bouquin, c'est très bien. Ah, merci beaucoup, c'est très gentil à toi.

J'en étais donc à la bénédiction des minim. La bénédiction des minim est en fait une malédiction, c'est-à-dire que nous maudissons.

Les minim. Le problème est de savoir qui sont les minim. Non, je dis que c'est ça la question. Quand je dis que c'est ça la question, cela ne veut pas dire que je pose la question. Si je posais la question, cela impliquerait une réponse. Là, je ne fais que présenter la question: qui sont les minim ? Les minim représentent une catégorie très particulière d'individus. Sur le plan historique, il s'agit de la première des sectes chrétiennes.

C'est-à-dire la secte chrétienne qui était formée exclusivement de juifs. Cette bénédiction a donc pour objet la malédiction d'une catégorie particulière de juifs. En fait, c'est cette bénédiction-là qui a entraîné la séparation du christianisme et du judaïsme. De quelle manière ? C'est très simple.

Jusqu'au moment où cette bénédiction a été instituée, les minim faisaient la prière à la synagogue comme tout le monde. À l'époque où le Beit Hamikdash existait encore, ils venaient avec tout le monde au Beit Hamikdash présenter leur sacrifice. Ils n'étaient donc pas différents, du point de vue de l'apparence extérieure, des autres juifs. C'est vrai qu'ils avaient des opinions un peu bizarres par rapport aux fondateurs de leur secte, mais sur le plan technique, ils faisaient partie de la société d'Israël.

— Oui ? D'accord.

C'est-à-dire que la question que tu poses se base sur l'idée que j'ai fini d'expliquer ce que je voulais dire. D'accord. Or, il me semble que ce n'est pas entièrement expliqué. Je vais donc pour l'instant me retrancher dans la première phase, qui est d'expliquer ce que je suis en train de dire; après, on parlera de ta question. D'accord ?

À partir du moment où cette bénédiction est instituée par Rabban Gamliel, les minim qui arrivent à la synagogue ne peuvent pas participer à un office où ils sont maudits. Ils ne peuvent pas répondre amen à une bracha de ce genre. À plus forte raison, ils ne peuvent pas être le hazan, le ministre officiant, d'un office où l'on doit maudire les minim. Ils vont donc quitter la synagogue.

Et ils vont fonder l'Église. C'est comme ça ?

— Les minim pensaient d'eux-mêmes qu'ils étaient normaux ?

Non, non, non. Le terme de Minim désigne cette secte-là. C'était eux que ça désignait, c'était ça que ça voulait dire dans le langage de cette époque. Il existe même, dans des anciennes versions retrouvées dans la Geniza, une variante, Notzrim, qui est encore plus fort.

C'étaient donc eux qui étaient visés. Le problème est de savoir ce qui a amené les hachamim à introduire une bénédiction qui détache finalement une partie du peuple juif de son appartenance au peuple. La réponse est que les minim en question avaient brisé la solidarité nationale avec les juifs, et ce de deux manières: une manière passive, puis une manière active.

La manière passive: lorsque la révolte contre les Romains a commencé, les chrétiens ont quitté Jérusalem pour ne pas participer à la guerre. Ils se sont établis dans la ville de Pella, en Transjordanie, en attendant que le Beit Hamikdash et Jérusalem soient détruits. C'était un refus de participation. Mais un refus de participation reste encore passif.

Par la suite, c'est ce que dit en tout cas la tradition rabbinique, ils ont collaboré avec la persécution romaine. C'est pour cela qu'on les appelle malchimim, les délateurs, les dénonciateurs. À partir de ce moment-là, il y a une rupture de la solidarité nationale d'Israël, et c'est la raison pour laquelle ils ont été évacués. Faites bien attention: cela n'a rien à voir avec leur théologie. Ils avaient une théologie à eux, qui divinisait Jésus et tout le reste, mais cela restait insuffisant pour les mettre dehors. C'est à partir du moment où il y a eu brisure de la solidarité qu'ils ont été évacués.

Introduire une bénédiction de ce genre est extrêmement problématique. Tout d'abord parce que c'est une bénédiction de type négatif. Les bénédictions que nous faisons sont toutes de type positif: nous venons demander au Créateur de faire de bonnes choses. Même quand on dit Riv et Rivénou, « défends notre cause », cela n'implique pas forcément, en tout cas ce n'est pas explicite, qu'on veut détruire l'ennemi. Alors que là, il s'agit effectivement d'une bénédiction de destruction.

Deuxièmement, comme tu l'as si bien dit, c'est toi qui l'as dit, je crois, c'est une contingence historique. Il y a eu un moment de l'histoire où cela a été nécessaire. Pourquoi l'introduire comme une prière permanente ? À part cela, les prières sont instituées par les prophètes. Or, dans l'institution de la Chmone Esré par les prophètes, il n'y avait pas la birkat haminim. De quoi se mêlent alors des rabbins qui ne sont pas prophètes pour introduire une bénédiction qui est la prérogative des prophètes ?

Autre problème: quand on fait une prière, il faut être objectif. Si je dois faire une bénédiction qui a un contenu agressif, et que je suis moi-même une personne agressive, je risque d'introduire dans la kavana, dans l'intention de la prière, ce qui ne devrait pas y figurer. Imaginez par exemple que je suis le rabbin qui doit écrire la Birkat haminim. Et je me dis: ah, c'est aussi une occasion de régler mes comptes avec mon voisin de palier, qui a ouvert un balcon sur mon jardin. Et donc je vais l'introduire lui aussi dans la bénédiction. C'est vrai que c'est un sale type, mais est-ce que cela justifie de mêler l'Éternel à ma lutte personnelle contre lui ?

Or, les hachamim de l'époque avaient un problème, celui de la sinat hinam, la haine gratuite. Comment des rabbins imprégnés de haine gratuite peuvent-ils, malheureusement, écrire objectivement une prière de ce genre ? Vous voyez qu'il y a énormément de difficultés autour de cela.

D'autre part, il faut comprendre que la birkat haminim n'était pas une innovation en vérité. Dans le texte de la Guemara, Rabban Gamliel, président du Sanhédrin à l'époque, a dit: « Miyokha letaken birkat haminim », qui peut instituer la bénédiction des minim ? Quand on remarque bien la formule birkat haminim, la bénédiction des minim: si c'était quelque chose de tout à fait nouveau, il aurait dû dire « qui peut écrire une bénédiction pour les minim ? …

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