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Bikourim, les prémices et le Vav conversif

Le rituel des premiers fruits à Jérusalem, puis le sens du passé transformé en joie dans la paracha Ki Tavo.

56 min

Rav Yossef David

Ensuite : Parachat Chemot (16/01/17), 52 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

C'est la paracha de Kitavo. Elle développe longuement une mitsva agricole, dont on ne voit pas forcément le rapport avec nous. C'est la mitsva la plus longuement expliquée dans la Torah. Vous ne trouvez pas, par exemple, le Lo Tirtsa'h, « tu ne tueras point » ? Il y a beaucoup de halakhot là-dessus. Et là, dans Kitavo, on a une trentaine de versets qui parlent de cela, uniquement d'une mitsva, celle qui concerne les agriculteurs.

Ce n'est pas la mitsva la plus difficile. Ce qui est dit là, s'il est endeuillé, alors il ne mange pas les fruits qu'il devait manger. C'est ce qu'il est en train de dire. Mais il s'agit surtout des agriculteurs qui apportent le premier fruit de chaque arbre. Je vous explique en quoi consiste la mitsva des prémices de la récolte. Ce sont des fruits,, des sept espèces de la Terre d'Israël.

Et comment cela fonctionne ? Quelqu'un entre dans son champ. Les gens passent beaucoup dans leurs champs, ce n'est pas qu'ils y entrent une fois par semaine: tous les jours ils passent, ils regardent ce qui pousse. Et il y a un arbre où ils voient le premier fruit qui commence à sortir. Il met un ruban sur ce premier fruit, parce que demain il y en aura d'autres et il ne pourra plus le reconnaître. Il met donc un ruban autour de ce premier fruit de l'arbre, par exemple du figuier.

Quand viendra l'époque des Bikourim, lorsqu'ils monteront au Beit Hamikdash, disons à Pessah ou à Chavouot, il apportera ses fruits. C'est donc cela, la mitsva en gros. Mais quand il apporte les fruits, il doit dire certaines choses. Il y a tout de suite des phrases à prononcer, qu'il doit lire en hébreu. Nous allons expliquer un peu tout ce qu'il va dire ici. Donc ce passage sert à expliquer la mitsva. Maintenant, je voudrais expliquer un peu le pourquoi et le comment.

Je vais le lire directement en français, pour tous ceux qui ne connaissent pas encore bien l'hébreu. Il y a en hébreu quelque chose qui n'existe qu'en hébreu, depuis très longtemps: ce qu'on appelle le Vav conversif. Vous l'avez appris: quand un mot est au passé, on met un Vav et on le transforme en futur. Et l'inverse aussi: quand un verbe est au futur, on met un Vav et on le transforme en passé.

Hachem dit Véhaya. En langue sainte, Véhaya, c'est un passé qui se situe entre un temps et un futur, c'est de la simha, cela rend joyeux. Pourquoi ? Je vous explique. Imaginez que vous alliez à l'armée. Là-bas, on vous fait faire des exercices physiques, on n'est pas très doux. Pendant l'entraînement, vous souffrez, disons que vous n'êtes pas suffisamment préparés, et vous souffrez. Vous maudissez celui qui vous a amené là. Et puis, quand on en parle plus tard, on n'en parle pas forcément avec plaisir. Mais plus tard,

dans votre vie, vous devez faire quelque chose de difficile, par exemple une période où il faut ne pas dormir, ou faire des choses dures. Et vous vous rendez compte que c'est facile. Vous vous dites: comment est-ce possible ? Pour tout le monde c'est dur, et pour moi c'est facile. Vous vous rappelez alors qu'un jour vous avez traversé quelque chose de dur. Vous vous en souvenez. C'est cela, Véhaya lashon simha: vous avez transformé une chose difficile. Vous n'en gardez pas forcément un bon souvenir, et tout d'un

coup vous réalisez que grâce à cela vous avez acquis une nouvelle personnalité, une nouvelle force, quelque chose qui va vous permettre de grandir. Vous avez donc transformé le passé en futur.

Et pourquoi est-ce bien ? Parce que ce passé, qui n'était pas forcément bon, devient quelque chose de bien. On est content de l'avoir vécu. C'est pour cela que j'ai souligné Véhaya, la simha. Le passé qui n'était pas forcément positif, où parfois on a eu du mal, dont on ne garde pas forcément de bons souvenirs, tout d'un coup, grâce à lui, on a une expérience, on a grandi, on est devenu quelqu'un d'autre: c'est cela la simha. Une joie apparaît. Et on transforme rétroactivement ce moment de notre vie qui n'était pas facile en quelque chose de bien. Vous avez compris pourquoi j'ai souligné Véhaya. Cela amène de la joie. Vous avez compris l'idée ? Bon. C'était juste le premier mot.

Donc: Véhaya ki tavo el haarets, voici le reste: quand tu viendras en Israël, que Hachem t'a donné pour héritage et pour conquête, et que tu t'y seras installé, de là-bas tu prendras des premiers fruits de ta terre, Hachet havi marzikha, que tu apporteras de ta terre.

En hébreu, il y a deux mots pour dire « la terre ». La plupart du temps, plus de 95 % des fois, la Terre d'Israël est appelée Erets. Et il y a quelques passages où elle est appelée Adama. À votre avis, lequel des deux mots est élevé et lequel est bas ? Adama, c'est vrai que cela vient de Adam, mais on va expliquer pourquoi c'est moins élevé. Erets, c'est une racine qui évoque la course. La lettre Aleph fait partie de la racine... Les racines en hébreu

comptent deux lettres, pas trois. Rabbi Avraham disait trois lettres, et nous, aujourd'hui, dans l'hébreu moderne, nous parlons en racines de trois lettres. On peut aussi comprendre l'hébreu avec des racines de deux lettres. Donc le mot Erets, la terre, vient d'une racine qui signifie courir. La terre est donc celle qui a une personnalité. Il est écrit, par exemple: « la terre vomira ses habitants ». C'est-à-dire que quelqu'un qui ne convient pas, la terre le rejette. On le voit encore aujourd'hui: des Israéliens n'ont pas supporté Israël et

sont partis pour Berlin. Bon, cacha. Good luck.

Nous avons l'habitude que les gens que la terre ne supporte pas, elle les rejette. C'est plus la dor pour nous. Mais on veut qu'ils reviennent. On aime tous les Juifs. Les Juifs les plus anti-israéliens, quoi que vous vouliez, on les rejette hors d'Israël. Mais ceux que la terre n'a pas voulus, on leur dit au revoir, pas de problème. On a l'habitude, on a toujours fonctionné ainsi. C'était déjà le cas à l'époque du Deuxième Temple. Savez-vous combien de Juifs sont revenus en Israël ? Vous dites: à l'époque du Deuxième Temple, avec Ezra et Nehémia, à Jérusalem, c'était vraiment beaucoup de Juifs, non ? Beaucoup. Combien ? Combien sont montés ? 45 000.

Si les religieux sont montés, c'est une mauvaise nouvelle, ce ne sont pas les religieux. Et à l'époque, il y avait un million de Juifs à Alexandrie. Et savez-vous de qui nous sommes aujourd'hui les descendants ? De tous les Juifs, tous. Ceux-là, et les autres qui sont restés, nous ne les avons plus. C'est-à-dire qu'on a l'habitude: tout le monde ne reste pas, et tout le monde n'est pas accepté. Nous voudrions que tout le monde monte. Il faut tout faire pour faire venir tous les Juifs de …

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