La sainteté, kadosh, et le dialogue avec Hachem
Pourquoi la Torah dit « soyez saints parce que Je suis saint », et ce que le sacré païen ne dit pas de la kedoucha.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le mélange de l'arbre de la vie et de la connaissance, 56 min
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Alors, je crois que nous avons mis en évidence la dernière fois, dans le chapitre Bet, au verset Guimel, que le septième jour n'était pas achevé, n'est-ce pas ? Nous avons également compris quel était le projet du septième jour, et que ce projet, c'est ce qu'on appelle la sainteté, la kedoucha. On le voit dans le verset Guimel: Vayevarekh Elohim et Yom HaChevi'i vayekadesh oto. Elohim bénit le septième jour et le sanctifia. Le mot sainteté, kadosh, apparaît donc pour la première fois dans la Torah, dans ce texte-là. C'est ça le problème. Qu'est-ce que veut dire kadosh ? Je pense que la question est tout à fait judicieuse.
Dans l'idée de kadosh, de sainteté, il y a par exemple une notion qu'on trouve chez les nations, qu'on appelle le sacré. Le sacré est une notion païenne qui a une connotation de mystère. Le mystère, c'est quelque chose dont on a peur. Tandis que la sainteté, c'est quelque chose qui s'apprend. Qui s'apprend. Il n'y a d'ailleurs pas de mystère dans la tradition juive.
Il y a des secrets. Ce n'est pas du tout la même chose. Le secret, c'est quelque chose qu'on découvre. Par l'étude, par des tas d'expériences, on apprend le secret. Le secret n'est donc pas un mystère. Ce n'est qu'un secret. Et donc on a besoin de comprendre ce qu'on en… Le Kadosh, dans la tradition juive, n'est pas le sacré. Il est la sainteté. Mais qu'est-ce que c'est que la sainteté ?
Pour comprendre cela, regardons à nouveau le verset que nous avons cité la dernière fois, dans le livre de Vayikra, au chapitre 19. Dans Vayikra. Vous ne l'avez pas ? Vous avez Vayikra ici ? Non, je savais bien. Dans le livre de Vayikra, le Lévitique, au chapitre 19, appelé en latin Xix, la Torah dit: Kedoshim tihiyou.
Tihiyou, c'est un impératif. Là, vous rentrez déjà dans un débat énorme. Kedoshim tihiyou, vous serez saints: on peut comprendre cela comme un impératif, comme une promesse, comme un commandement particulier, comme l'ensemble des mitsvot, peu importe. Ce qui m'intéresse, c'est la suite: Kiy kadosh Ani, car Moi, Je suis saint. Vous serez saints, parce que Moi, Je suis saint.
C'est très bizarre. Imaginez, par exemple, que vous êtes copains avec quelqu'un, et qu'il dise: écoute, comme on est copains, il faut que toi tu aies des yeux verts, comme moi j'ai des yeux verts. Et pourquoi ? Toi tu as des yeux verts, c'est très bien, moi j'ai des yeux bleus, c'est très bien. Pourquoi faudrait-il qu'on ait les mêmes yeux ? Or le bon Dieu nous dit: soyez saints parce que Je suis saint. Si on approfondit, cela veut dire qu'avant que vous soyez saints, Dieu est le seul à être saint. Donc Il se sent seul.
Il demande à sortir de sa solitude. Soyez saints, comme ça nous pourrons jouer ensemble. Cela veut dire que l'idéal de sainteté, avant même de définir ce que ça veut dire, implique une rencontre et un face-à-face, une intimité avec le Créateur, qui est un des symptômes de la sainteté.
— Oui ? Alors il faut que tu me trouves ces êtres que tu dis être saints…
…avant que Dieu nous demande d'être saints.
— Oui, c'est écrit où, ça, dans la Torah ?
C'est pas écrit dans la Torah. Voilà, ça nous suffit. D'accord ? Oui ? Mais c'est ça le problème. C'est ça le problème.
Il y avait un penseur vituperant du nom de Yeshayahu Leibovitch, professeur, qui a fait beaucoup de grabuge en Israël de son vivant, et qui a affirmé que la sainteté n'était qu'une finalité, pas quelque chose avec quoi l'on naît. Et les autres disaient, Korah, Rabbi Yehouda HaLevi et le Rav Kook, ont dit la même chose. Ils ont dit: Kol ha'eda koulam kedoshim, toute l'assemblée est sainte. Alors que, dit Leibovitch, la Torah dit Kedoshim tihiyou, vous serez saints, donc vous n'êtes pas saints maintenant. Ça, c'était donc l'exigence morale de Leibovitch: ne pas se reposer sur les lauriers d'une sainteté qui serait innée.
Il y a un problème: Leibovitch disait très souvent des choses très intéressantes, mais il s'entêtait à ce que ses opinions soient le judaïsme. Il disait: voilà, j'ai des opinions et je suis un juif religieux. Conclusion: mes opinions sont l'opinion du judaïsme.
Or c'est faux. Par exemple, dans le livre de Devarim, la Torah nous dit: Ki am kadoshata, car tu es un peuple saint. N'est-ce pas ? Il y a donc une sainteté fondamentale. D'accord ? Mais en quoi est-ce différent de ce que disait Korah, qui disait que toute l'assemblée est sainte ? Remarquez bien ce que dit Korah: Kol ha'eda koulam kedoshim. Toutes les assemblées sont des hommes saints. Ce qui est faux, évidemment: un par un, ils ne sont pas saints. Mais toute l'assemblée est sainte. C'est-à-dire qu'au niveau collectif, il y a la sainteté. Au niveau individuel, il faut l'acquérir. Il faut acquérir, dans l'individu, la sainteté qui se trouve déjà dans la collectivité. D'accord ?
En tout cas, cela ne nous définit pas encore exactement ce que c'est que Kadosh. Mais cela veut dire que dans la kedoucha, il y a une possibilité de rencontre immédiate, sans écran, avec le Créateur. C'est ça qu'on appelle la sainteté. Dans le livre de Chemot, cela nous rapproche de Béréchit, mais vous n'avez toujours pas le texte. Dans le livre de Chemot, au chapitre 25…
Au verset 8. Ah, tu as le livre ? C'est génial. Dans le livre de Chemot, au chapitre 25, verset 8, il est dit: Ve'asou li mikdash, veshakhanti betokham, ils me feront un sanctuaire, et je résiderai parmi eux. Et c'est quoi, mikdash ? Rachi nous dit là-bas: mikdash, cela veut dire beit shel kedoucha, une résidence pour la sainteté. Cela veut dire qu'il y a un lieu dans lequel la sainteté est possible, c'est-à-dire la rencontre entre la créature et le Créateur. C'est ça qu'on appelle Mikdash.
Si je reprends le texte de Béréchit que nous sommes en train d'étudier, et que nous avons compris que l'enjeu du septième jour, le projet du septième jour, c'est la sainteté, cela voudrait donc dire que le but, c'est le Beit Hamikdash, ce lieu de rencontre entre le Créateur et la créature. Mais si c'est comme ça, dans ce cas, une fois le Beit Hamikdash réussi, le septième jour est fini. Donc viendra un jour où la Torah dira: Vayihiou kedoshim, et ils furent saints.
Ça, c'est une question de gauche. Pourquoi ? Oui, bien sûr. Vous connaissez ce chant gauchiste qu'on appelle Shira Shalom, le chant de la paix. Là-bas, une des phrases, une des strophes, c'est: Al tagidou yom yavo, haviou et hayom. Ne dites pas « un jour viendra », amenez le jour. D'accord ? C'est une étincelle de sainteté dans la littérature gauchiste. D'accord ?
Une seconde, je voudrais expliquer. Donc viendra un jour où il sera écrit dans la Torah: Vayihiou kedoshim, vayar Elohim kitov. Et ils furent saints, et Elohim dit que c'était bien. *Vayehi erev, vayehi boker, …
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