Kéva et kavana dans la tefila selon le Rav Yaakov Hariri
Trois explications de la prière « fixe » : sentiment naturel, innovation intellectuelle et ligne continue de la crainte de Dieu.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : La prière, un service pour le dévoilement divin, 53 min
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Donc, on est à la page 2. On avait déjà vu, deux fois, la Mishna de Guemara dans laquelle il est dit, Rabbi Léza Romer: « Celui qui fait sa tefila de manière fixe, sa tefila n'est pas exaucée. » Donc on a expliqué deux manières de comprendre ce que veut dire keva. Selon Rabbi Yaakov Haridi:
C'est celui pour qui la tefila est encore un fardeau de plus, dans toutes les tâches qu'il doit assumer tous les jours. Évidemment, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Au contraire, on doit ressentir une soif, une faim intense à l'approche de la tefila, qui vient combler les besoins de l'âme. En étant en occupation constante de toutes sortes de choses qui n'intéressent pas exactement l'âme, celle-ci en souffre, elle est frustrée, et elle attend avec impatience le moment où l'on peut prier. C'est là l'état d'âme dans lequel on doit se trouver avant la tefila. C'est ainsi qu'explique Rabbi Yaakov Haridi ce que veut dire entfilato keva.
Sur ce, rajoute Rabbanan: kol shenom ra belashon tachanounim, tout celui qui ne la prononce pas de manière qui ressemble à une supplication. Par là, il exprime qu'il s'agit en fait d'un service et non pas d'une thérapie. On pourrait dire: je me sens mal dans ma peau, j'ai prié pour déverser toutes mes frustrations. Dans ce cas, ce n'est pas un service de Dieu, c'est un service de soi-même. Cela aurait pu être compris de ce que dit Rabbi Yaakov Haridi, d'avoir une sensation de faim et de soif, etc.
Donc, sur ce, rajoute Rabbanan: c'est vrai que c'est comme ça qu'il faut être, mais ne pas croire que c'est le but, ceci n'est qu'un moyen. Il faut le dire de manière très tachanounim, pour bien mettre en évidence qu'il s'agit là d'un esclave envers son maître. Maintenant, on arrive à la troisième explication. Rabbi Yossef. Vous voyez, au milieu du paragraphe:
D'amour et d'arvaillou, kol chenou yachol lechadesh badavar: tout celui qui n'est pas capable d'innover quelque chose dans sa tefila. Qu'est-ce que ça veut dire, innover ? A priori, c'est un texte fixe, et non pas une expression libre, où l'on peut dire ce qu'on a envie dans la tefila. Il faut donc penser à ce que veut dire Rav Yossef. Regardez: Endai b'mash etelaveh eharash lakara begon Hachem itbarach.
C'est-à-dire que ce qu'on vient d'expliquer précédemment, autant chez Rabbi Yaakov Haridi que chez Rabbanan, n'est pas suffisant. Ni d'être accompagné d'un éclaircissement divin, la connaissance de la grandeur de Dieu, c'est Rabbanan, ni la sensation naturelle, c'est Rabbi Yaakov Haridi: tout ceci ne suffit pas.
Encore faut-il que l'intellect ait le dessus sur le sentiment, de manière à être capable d'innover quelque chose de tout à fait neuf, évidemment si c'est innover, et qui provienne de l'intellect pur.
En plus, évidemment, du sentiment. Il rajoutera alors, sur cette innovation intellectuelle, le sentiment interne, naturel, et celui de prier avec des sensations saintes. Qu'est-ce que ça veut dire, tout cela ? Keva, il dit, c'est simple: c'est répéter tous les jours la même chose. Mais si tu répètes tous les jours la même chose, il n'y a qu'un Kiddouch. Ce n'est pas une véritable tefila, comme on attend de toi.
Qu'est-ce que ça veut dire, innover de manière intellectuelle ? Cela veut dire tout simplement comprendre une nouvelle compréhension dans le texte, que tu n'avais pas comprise jusqu'à présent. Ou bien actualiser le texte. Qu'est-ce que veut dire actualiser le texte ? Quand tu dis: « Hachem, fais en sorte
que les exilés reviennent sur leur terre », par exemple. Tu peux le dire de manière générale, mais tu peux aussi penser à un événement actuel qui a lieu maintenant. Supposons qu'aujourd'hui, à la Knesset, il y ait un vote: va-t-on ajouter un budget supplémentaire pour l'intégration des olim de France, ou non ? Il se peut que cela passe aujourd'hui, à la Knesset.
Alors tu es Mechaven. Quand le Mechaven est signitré en Israël, et que cette décision passe aujourd'hui, comme loi, à la Knesset, c'est actualiser cet idéal constant de Kibouts Galouyot dans un événement que tu es en train de vivre aujourd'hui. Cela prouve que, quand tu dis « Mechaven est signitré en Israël », c'est quelque chose que tu prends véritablement au sérieux, et que tu attends ardemment. Et maintenant, il y a une opportunité.
Donc cela prouve bien que, pour toi, la prière n'est pas encore une tâche supplémentaire à assumer, mais quelque chose que tu vis de toute ton âme. C'est la preuve que tu es aux aguets de toutes les opportunités, et que tu fais en sorte qu'elles se concrétisent. Qu'est-ce que tu voulais dire ?
D'abord, avant tout, c'est vrai: le monde est reconstruit de manière constante, et ton âme est éclairée de manière constante, parce que Dieu est infini. Il est infini, il est infini. Donc, d'une manière infinie, tu reçois un enseignement divin. Rachi disait que tous les jours il avait envie d'effacer tout son pirouch et de recommencer tout à zéro. Tous les jours, il avait une nouvelle compréhension. C'est naturel: tu n'es pas le même homme. Sinon la vie est barbante, si tu veux, et tu stagnes. Tous les jours, tu progresses. Non ? Tout le monde progresse tous les jours.
De la même manière qu'il y a une évolution constante dans tes aspects physiologiques, il y a tout le temps des cellules qui se créent et d'autres qui disparaissent, il en va de même au niveau spirituel. Si tu veux plus exactement, il est écrit dans les livres saints de la Kabbale: Bekol achat mea tatrap mea asar. Tatrap, en guématria, cela fait 1080. Donc, si tu divises une heure par 1080, cela fait environ trois secondes. Toutes les trois secondes, il y a une nouvelle pulsation de vie qui te pénètre.
Donc c'est ce que je veux dire…
Rav Yossef, que voulait dire ce qu'il a dit à Rabbi Eliezer, quand il a dit Aoset tselato keva, et tselato tachanounim: celui qui fait sa tefila de manière fixe, elle ne sera pas exaucée. C'est tout celui qui n'est pas capable d'innover une nouvelle compréhension dans le texte, ou bien d'actualiser le texte.
Donc, comme on l'a dit la fois précédente, le Rav Kook n'explique pas ces trois opinions comme des opinions controversées l'une avec l'autre, mais une qui est construite sur l'autre. Elles sont complémentaires, non pas contradictoires. Évidemment, il faut être dans une situation de soif et de faim avant de prier, pour être dans une situation où l'on comprend bien que la Torah n'est pas une tâche qui est perçue par toi comme un fardeau. Mais cela ne suffit pas, sans quoi tu pourrais penser que tout le rôle de la prière est juste d'épancher tes frustrations.
Donc c'est un service de soi-même. Rajoute sur cela, Rabbanan: Omra belachon tachanounim, il faut le dire dans une intonation de supplication, pour bien te positionner en tant que serviteur de Dieu. Rajoute, Rav Yossef: Lehadesh badavar. C'est-à-dire ? *Endai bimashit elaveh …
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Ce cours fait aussi partie de la série « Autres cours — Machon Meir ».
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