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Pourim, la Megillah et le refus de se prosterner

Cinq lectures possibles du refus de Mordechaï, et l'idée qu'un Mordechaï en cache un autre.

48 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Pourim, la joie cachée sous l'exil, 50 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour tout le monde. La fête de Pourim commémore un événement très important. Nous avons évité l'extermination. Nous nous sommes vengés de nos ennemis. Il y a eu une intervention de la Providence. C'est extraordinaire. On les a brisés, voilà. Maintenant, toute cette histoire a l'air, en vérité, superflue. On aurait très bien pu s'arranger sans.

C'est-à-dire que l'histoire commence mal. Va yivimah Hachverosh, ce fut le temps d'Achashverosh. Ça va mal, parce qu'on est en exil. Et puis après, ça va pire: Haman veut exterminer les Juifs. Ensuite, on arrive à dominer, à surmonter cette épreuve. Haman est pendu, les Amalécites sont exterminés.

Et Baroukh Hachem, ça va seulement mal. De mal en pire, puis de mal en mal. C'est-à-dire qu'on reste en exil. L'image que je pourrais donner, c'est celle de quelqu'un qui est tombé dans un puits. Si quelqu'un est tombé dans un puits, c'est très embêtant, parce qu'il est coincé et il se demande comment il va en sortir. Et puis, pendant qu'il se pose cette question, arrive un serpent. Ce qui est encore plus ennuyeux: il fait des efforts, il tue le serpent. Baroukh Hachem, il n'est toujours que dans le puits. D'accord ?

C'est à peu près ça, la situation de Pourim. On se dit donc: après tout, on aurait pu s'en passer, de cette histoire. On aurait traversé l'exil perse et on serait revenu en Erets Israël sans passer par cette aventure. Alors on se demande pourquoi c'est là. De plus, si ce que je vous dis est vrai, la fête de Pourim appartient au temps de l'exil, et non au temps de la libération d'Israël. Pourquoi donc, nous qui sommes déjà libérés, continuons-nous à fêter un événement de l'époque exilique ? On y répondra peut-être tout à l'heure.

Maintenant, ce qui me trouble encore plus dans cette histoire, c'est la manière dont elle se déroule. Toute cette menace d'extermination du peuple juif vient du fait que Mordechai a refusé de se prosterner devant Haman. S'il s'était prosterné devant Haman, toute cette histoire aurait été évitée.

Comment cette histoire se règle-t-elle ? Eh bien, elle se règle quand Esther, la reine, se prosterne devant le roi pour lui demander de faire quelque chose pour sauver les Juifs. Donc, le problème a commencé parce qu'on ne se prosternait pas, et il est réglé en se prosternant.

Autre problème qui me trouble dans cette histoire: il n'est pas du tout interdit, du point de vue de la halakha, de se prosterner devant un homme. Nulle part la halakha n'interdit une chose pareille. Si vous avez pris des cours de judo, par exemple, ou de karaté, vous vous inclinez devant votre maître au début du cours, je crois. Et on n'a jamais vu les rabbins s'y opposer. Donc toute cette histoire est très bizarre.

Je pense que la question la plus importante, dans l'interprétation de cette histoire de Pourim, c'est de comprendre pourquoi Mordechai a refusé de se prosterner devant Haman. Et le problème, c'est que la Meguilla n'en dit rien. Elle ne dit pas pourquoi. C'est très embêtant, parce que si ce détail est aussi crucial dans l'histoire de la Meguilla, on aimerait bien être informé. Or la Meguilla semble prendre un certain plaisir à ne rien nous dire là-dessus. Cruelle Meguilla !

— Oui ? Non.

Pas par rapport à ça, je crois. En tout cas, même si on trouve une explication valable, il restera toujours un problème: pourquoi la Meguilla ne le dit-elle pas ?

Alors, à ce propos, nous avons au moins cinq interprétations différentes. La première est amenée par Rachi, au nom de la Guemara: Haman se prenait pour un dieu.

On n'a pas le droit de se prosterner devant un objet d'idolâtrie. Si Haman se prenait pour un dieu, il était interdit de se prosterner devant lui, même au prix de pikouah néfech.

— Oui ? Non. Non. C'est interdit. Point à la ligne.

Maintenant, il y a plusieurs problèmes dans ce que je vous dis là. Le premier, c'est: qui a institué le devoir de se prosterner devant Haman ? Le roi. N'est-ce pas ? C'est le roi qui a exigé qu'on se prosterne devant Haman. Donc toute la puissance de Haman lui vient du roi. Et le roi lui-même ne se prend pas pour un dieu. Pourquoi celui qui lui est subordonné se prendrait-il pour un dieu ?

Deuxièmement, si Haman s'était prétendu dieu et l'avait publié, le roi lui aurait coupé la tête. Évidemment.

Il faut donc supposer que Haman a cette pensée, qu'il se croit dieu, mais qu'il la cache. Comment Mordechai est-il censé savoir ce qui se cache dans la tête de Haman ? Haman n'a rien dit. J'ai rien compris. Roua HaKodech. On peut donc supposer que Mordechai est un prophète. S'il est prophète, il sait ce qui se passe dans la tête de Haman, il sait qu'il se prend pour un dieu, et il doit refuser de se prosterner. De plus, cela explique pourquoi il envoie Esther chez le roi, alors que c'est interdit par la halakha: il comprend, puisqu'il est prophète, bien des choses. Jusque-là, vous suivez ? Bon. Maintenant, un problème reste malgré tout: en supposant que cette interprétation soit vraie, pourquoi la Meguilla ne le dit-elle pas ?

La deuxième interprétation est celle de Rabbi Avraham Ibn Ezra, qui donne une explication rationnelle. Il dit: Haman portait des ornements idolâtres. Il est interdit de se prosterner devant des idoles ou des emblèmes idolâtres, et c'est donc la raison pour laquelle Mordechai ne s'est pas prosterné. Là se posent à nouveau plusieurs questions. Tout d'abord, ce n'est pas écrit. La Meguilla ne dit pas que Haman portait des emblèmes idolâtres.

Par ailleurs, si cette interprétation est vraie, nous ne sommes plus obligés de dire que Mordechai est un prophète. Il est simplement un sage, peut-être un sage du Sanhédrin, qui connaît la halakha et refuse de la transgresser.

La troisième interprétation est de type sioniste. Il y a des midrashim qui nous disent que Mordechai était le représentant du Yishouv, c'est-à-dire des Hébreux revenus en Judée après l'exil de Babylone, qui essayaient de reconstruire le Beit Hamikdach et la muraille, ce qui avait été autorisé en son temps par le roi Koresh. Mais la bureaucratie perse a fait cesser les travaux. Pourquoi ? Parce qu'elle y avait été incitée par les ennemis d'Israël qui habitaient en Erets Israël à l'époque.

Donc Mordechai et Haman sont respectivement les représentants des Juifs et des goyim en Erets Israël. Ils se rendent à Chouchan pour monter dans les grades, pour grimper dans la hiérarchie perse, chacun pour vaincre l'autre.

Le midrash ajoute un détail intéressant: Mordechai aurait acheté Haman en route. En traversant le désert, Haman avait épuisé ses provisions, et il achète donc des provisions chez Mordechai, mais il se vend comme esclave. Le contrat était écrit sur la chaussure de Mordechai: quand Haman passait, Mordechai remuait la chaussure.

Et donc il ne se prosternait pas. Un maître ne va pas se prosterner devant son esclave. Haman ne peut pas réagir, parce qu'il sait très bien que s'il dit …

Cours de Machon Meir

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