Abraham entre charité et justice : le conflit avec Lot
Le mot Riv, la dispute juridique et le compromis, face à l'idéal de charité et de justice d'Abraham.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La tour de Babel et la tentation totalitaire, 12 min
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Shalom tout le monde. Je crois que nous en sommes arrivés à la paracha de Lèh Lèkha, et nous en sommes au verset hé du chapitre Yud Gimel. Vé gam Lot, oski ha'olekh et Avram, qui cheminait avec Avram, ayo tson uvakar ve ohalim. Il avait des ovins et des bovins et des tentes.
Le terrain ne suffisait pas à les installer ensemble, parce que leurs biens étaient nombreux. Ils ne pouvaient pas résider ensemble. Il y eut une dispute entre les bergers des troupeaux d'Abraham et les bergers des troupeaux de Lot. Le Cananéen et le Périzzite résidaient à l'époque dans le pays, et c'est là que nous en sommes arrivés.
Donc, si j'essaie de résumer le problème: à la suite de la sortie d'Égypte d'Abraham et de Lot, il se trouve qu'une situation nouvelle se crée en Erets Israël. Vous avez ici deux groupes humains, Abraham et ses gens, et Lot et ses gens. Et les deux groupes humains en question croient dans le Dieu d'Abraham, bien sûr. Non seulement ils croient dans le Dieu d'Abraham, mais ils sont en famille avec Abraham. C'est-à-dire qu'il y a des liens de famille, de parenté, et des liens d'émouna.
Entre les deux groupes, tous les deux croient donc dans le Dieu d'Abraham, et revendiquent le même territoire. Que faire dans ce genre de situation ? Cela entraîne un conflit que la Torah appelle du nom de Rîv. Vayi'hi Rîv, au verset Zayin: il y eut une controverse, une dispute. Alors, quelles sont les solutions envisageables dans un conflit, de manière générale ?
Un terrain d'entente, ça s'appelle quoi ? Un compromis. Un accord. C'est-à-dire qu'on fait un compromis, et on va suivre le compromis. Ça, c'est la première possibilité. Deuxième possibilité: la fuite, ou la victoire de l'un sur l'autre. Quel genre de victoire ? Militaire, ou bien judiciaire, juridique.
C'est-à-dire qu'on peut aller également au tribunal. Quand on va au tribunal, il y en a un qui a raison et l'autre qui a tort, l'un qui est gagnant et l'autre perdant. Ce n'est pas forcément violent. En fait, on arrive soit à une situation de compromis, soit à une situation de victoire, ou bien de fuite, qui est évidemment la victoire de l'autre. La victoire peut être obtenue par des voies militaires, de violence, à tous les degrés différents, ou bien légalement.
C'est la même racine grammaticale, mais ce n'est pas la même chose.
Un conflit qui se règle au tribunal: plusieurs fois, quand la Torah emploie le terme Rîv, c'est toujours dans un contexte juridique. Le mot Meriva, par contre, signifie une dispute, qui peut se régler à l'amiable, en dehors du tribunal. On ne dit pas Meriva Riveno, on dit Ve'riva Riveno; Riv est un impératif, et justement là-bas il s'agit d'une chose judiciaire. Mais le mot Meriva, par contre, signifie une dispute.
C'est l'idée du compromis. Pour régler un Rîv, un conflit judiciaire, il faut avoir un esprit rigoriste, midat ha-din. Pour faire un compromis, il faut avoir l'esprit de générosité, hessed.
Maintenant, quelle est la finalité, quelle est la valeur morale que doit défendre la famille d'Abraham ? La justice ou la charité ? Les deux. Justice. Charité. Vous avez donc donné trois réponses différentes, et l'on peut également ajouter une quatrième: celle de ceux qui n'ont pas répondu.
Pour savoir ce que dit la Torah sur quelque chose, et ce qu'il faut faire, il faut lire la Torah. Gardez la page, mais regardez une seconde au chapitre Yud Ḥet, au verset Yud Ḥet, 18. Au chapitre Yud Ḥet, verset Yud Ḥet, il est écrit: Ve'Avraham hayo yihyeh le'goy gadol, or Abraham sera une grande nation, ve'atsoum, puissante, ve'nivrekrou vo kol goyé ha'arets: en lui seront bénies toutes les nations de la terre. Ki yedaltiv, car je l'ai connu, ləma'an yetsaveh et banav ve'et beito aharav, afin qu'il enseigne à ses fils et à sa maison après lui, ve'shamru derekh Hachem laasot tsedaqa ummishpat, d'observer le chemin de Hachem, pour pratiquer la charité et la justice.
Je reviens maintenant à notre verset. L'idéal de la famille d'Abraham, c'est quoi ? La charité ou la justice ? Les deux. Ce qui n'est pas évident, parce que faire à la fois charité et justice est pratiquement contradictoire. Mais si Abraham a une tendance naturelle à la charité, son travail sera la justice. Et si Abraham avait pour tendance naturelle la justice, son travail serait la charité.
Oui, j'ai dit que c'était un problème. Je n'ai pas réglé le problème, je n'ai pas dit comment il était réglé. Mais là, Abraham se trouve face à un conflit, et il y a deux manières de le régler: soit par la charité, soit par la justice, c'est-à-dire le compromis ou le tribunal.
Je reprends ici, au chapitre Yud Gimel, verset 7. Vayi'hi Rîv: il y eut un conflit entre les bergers, et le terme employé par la Torah est Rîv. Cela veut dire qu'il faut le régler par la justice, n'est-ce pas ? Et qu'est-ce que dit Abraham ? Vayomer Avram el Lot: Abraham dit à Lot, al-na tehi meriva beini uveinekha, qu'il n'y ait pas de dispute entre toi et moi. Et le terme employé par Abraham pour désigner le conflit, c'est Meriva. Or Meriva se règle par la charité, par le compromis.
On va voir que, dès le départ, il y a une inclinaison d'Abraham vers le côté de la charité, là où il aurait semblé devoir choisir la justice. C'est tout un problème. On va voir comment cela se fait.
Ki anashim aḥim anahnu, parce que nous sommes des hommes frères. Puisque nous sommes frères, cela va se finir par un assassinat. Entre frères, dès qu'il y a un conflit, qu'est-ce que nous raconte la Torah ? Cela va donner le meurtre. Et pourquoi y a-t-il un plus grand danger de meurtre entre frères qu'entre étrangers ? Parce que les frères sont en rivalité sur le même destin.
Dès qu'il y a conflit, il n'y a plus de fraternité, il y a donc assassinat. C'est ce qu'Abraham dit à Lot: il faut faire attention, nous sommes frères, alors réglons ça vite. Qu'allons-nous faire ? Verset 8: Halo kol ha'arets lefanekha ? La terre n'est-elle pas toute entière devant toi ?
Halo kol ha'arets lefanekha, voici que tout le pays est devant toi. Ipparéd na mé'alai: sépare-toi de moi. Im smol ve'ani yamin, ve'im yamin ve'ani asmila: si tu prends à gauche, j'irai à droite, et si tu vas à droite, j'irai à gauche.
Gauche et droite, dans les points cardinaux ? Pas du tout. Le nord est appelé gauche, et le sud est appelé droite, dans la carte biblique. Contrairement aux cartes modernes, qui sont orientées vers le nord, les cartes bibliques sont orientées vers l'est. C'est pour cela que l'est se dit en hébreu Mizra ou Kedem ou Kedma, qui veut dire devant. Le sud est appelé Teiman, le mot yamin, droite, et le nord est appelé Smol, qui veut dire carrément gauche.
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