Abraham quitte son père de son vivant : deux lectures
Le verset 11:32 laisse croire qu'Abraham part après la mort de Térah, le calcul prouve le contraire.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le Déluge, une révélation et la question du temps, 14 min
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Bonjour tout le monde. Il me semble que nous avons commencé l'étude de la famille d'Abraham. Je me trompe, je pointe. Bon, vous vous rappelez aussi qu'il était question de la divergence entre Nahor et Terach, son père. Terach, le chef du clan, est intéressé à restituer la nationalité hébraïque, laïque, pourrait-on dire, en Erets Israël. Il est herzlien. Nahor, lui, a une option, disons, cosmopolite. Il veut que les Hébreux se fondent dans la civilisation araméenne. C'est pour ça que les enfants de Nahor changent d'identité nationale, et on les découvre comme étant des Araméens.
Le fils de Nahor est appelé, dans la suite de la Torah, Betouel HaArami, Betouel l'Araméen. De même, son petit-fils est appelé Laban HaArami, c'est-à-dire Laban l'Araméen. Il y a donc une tentation araméenne chez les Hébreux, l'araméen étant la langue et la civilisation qui peut engloutir l'identité spécifique hébraïque, pour se fondre dans une sorte de cosmopolitisme humaniste impersonnel. Rappelez-vous de tout ça.
Il me semble d'ailleurs que ce jeune homme n'a pas de livre. Ce qui est fort dommage, étant donné qu'il y en a ici tout un paquet. Il y en a tout un paquet, donc pourquoi se gêner ? C'est tellement plus simple.
— La osserie ? Ah d'accord, c'est très bien. À quoi peut servir un livre fermé ?
Comme presse-papiers, peut-être. Ce n'est pas honorable pour un Tanakh.
Bon. Je reviens à ça. On a découvert également qu'Abraham participe avec son père à la migration vers Haran, puisque toute la famille s'arrête à Haran. Sur ce, je vous demande de trouver le verset dans le chapitre Yud-Alef, c'est-à-dire 11, verset Lamed-Bet, c'est-à-dire 32. Ce n'est pas si difficile à trouver, il me semble.
— C'est pas grave, tu es en direct, tout le monde n'attend que toi, mais c'est pas grave. Je sais bien, j'ai pu m'en rendre compte, j'ai abandonné ta réaction. Mais nous allons supporter cet intervalle, cet interlude. Oui, oui, chapitre Yud-Alef.
Au verset Lamed-Bet. Je maintiens, je persiste. Au verset Lamed-Bet. Vous trouvez ? Génial ! Bon, donc, chapitre Yud-Alef, verset Lamed-Bet. Vayiyou. Ce qui est embêtant, c'est qu'une fois que nous aurons lu le verset, nous passerons à un autre. Mais, pour un moment, se repérer sur ce verset peut être utile. Vayiyou yemé Terach, et les jours de Terach furent hamech chanim oumatayim chana, 205 ans.
Quand ? Après la mort de Terach. Effectivement, c'est comme ça que ça a l'air d'être. Si la Torah nous dit « Et Terach mourut à Haran », et qu'après on nous dit « Et D.ieu dit à Avram », le lecteur est persuadé, en tout cas dans la première lecture, que le départ d'Avram de Haran a eu lieu après la mort de son père.
Or, c'est totalement faux, étant donné que Terach a engendré Avram à l'âge de 70 ans, et qu'Avram a 75 ans quand il quitte Haran. 70 et 75, ça fait 145. Si Terach vit jusqu'à 205 ans, combien de temps encore a-t-il vécu après le départ d'Avram ? 60 ans. N'est-ce pas ? Oui ?
— Il n'est pas dit de qui il est le fils. La famille de son père. La maison de son père. D'accord ?
Donc Terach vit soixante ans de plus. Ce que nous transmet la Torah, la première impression que nous avons à la première lecture, est donc faux. Et Rachi nous dit: pourquoi a-t-elle été mise comme ça ? Pour que, chéyé'hé kol... pour que tout le monde ne sache pas qu'Abraham a quitté son père de son vivant.
Ah bon ? Alors Rachi fait du mauvais travail. Si Rachi nous révèle ce que la Torah a voulu cacher, Rachi va contre l'intention de la Torah. À part ça, la Torah suppose quand même que le lecteur sait compter, et le calcul que j'ai fait, n'importe qui peut le faire. Alors, c'est quoi cette histoire qu'il fallait cacher, qu'Abraham a quitté son père ?
Là, nous apprenons d'abord un principe très important dans la lecture de la Torah: il y a deux niveaux, au moins. Ce qu'on appelle la première lecture et la deuxième lecture. La Torah est écrite de telle manière que la première lecture crée une certaine impression chez le lecteur, et la deuxième lecture lui apprend d'autres choses, parfois contraires à la première.
Pourquoi c'est important ? Quand je vais rencontrer le personnage d'Avram, je ne le connais pas encore. Je me dis: si la première chose que j'apprends de lui, c'est qu'il a quitté son père de son vivant, ça me donne une mauvaise impression. Or on dit toujours: méfiez-vous de la première impression, c'est souvent la meilleure. Et donc je ne suis pas prêt à pardonner à Abraham cette histoire. Même si par la suite j'apprends des tas de choses sur Abraham, mon jugement premier va m'accompagner pendant toute la lecture.
Tandis que si je ne l'apprends que plus tard, je me dis: quelqu'un d'aussi grand qu'Abraham, on aurait très bien pu comprendre qu'il quitte son père de son vivant pour faire les grandes choses qu'il a faites. Et alors Rachi me dit, au fait, c'est vrai, il l'a quitté de son vivant. Oui. Ça donne une mauvaise impression, parce qu'on voit jusqu'à présent que Terach est le chef du clan. Il quitte son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, c'est d'accord. Mais ça, il l'a déjà fait du vivant de son père. Avant, on voit déjà qu'il a épousé Sarai, et que pourtant il va avec son père. D'accord ? Il y a donc deux manières de quitter son père: il a quitté son père pour se marier, et il a quitté son père pour l'abandonner. Ce n'est pas la même chose. Il y a un abandon. Voilà.
— Oui ? Justement, mais on ne sait pas que c'est pour D.ieu.
À part ça, on ne comprend pas pourquoi D.ieu demande ça.
— Oui, mais c'est… c'est choquant. C'est-à-dire, on dit « D.ieu a dit », mais il a dit quelque chose de choquant.
Peut-être que c'est pour éloigner Abraham. Abraham a raison de quitter son père, mais moi, le lecteur, je ne suis pas encore au courant. D'accord ?
De plus, il y a quelque chose d'assez remarquable: quand D.ieu parle à Avraham, on ne sait pas qui est Avraham. On connaît sa famille, mais on ne sait pas qui est le personnage. Par contre, regardez, vous regardez la page, mais regardez par exemple au chapitre Vav, verset Têt. C'est avant. Vous regardez la page, mais regardez au chapitre Vav, verset Têt.
Qu'est-ce qu'elle dit, la Torah ? Chapitre Vav, verset Têt. Alors, comment ? Chapitre Vav, verset Têt. Bon, ce n'est pas si difficile que ça ? Tu regardes dans le chapitre Vav, s'il te plaît ? Chapitre Vav, au verset Têt. Tout le monde a trouvé ? Alors je lis: Eleh toledot Noah. Voici les engendrements de Noah. Noah ich tsadik. Noah était un homme juste, tamim, entier. Regardez le verset Yod-Guimel: vayomer Elohim lé Noah. Et Elohim parla à Noah.
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