Caïn et Abel : le dialogue muet et le meurtre
Genèse 4 : pourquoi l'aîné Caïn tue son frère, et ce que dit le texte de la place faite à l'autre.
Rav Rony Akrich
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
On va parler aujourd'hui de Caïn et d'Abel, et cela s'inscrit dans la continuité de ce que nous faisions, c'est-à-dire, après avoir découvert Adam et Chava et les échecs qui furent les leurs, comment nous insérons la techouva à l'intérieur des comportements et des conduites de tout un chacun. Nous allons voir maintenant, dans le texte lui-même, ce dont il est question. Vous allez voir la richesse du texte, qui n'enlèvera rien à ce que nous avons déjà fait. Sachez simplement que les vidéos qui passent sur Facebook totalisent plusieurs centaines d'entrées par semaine, donc votre cours est suivi, grâce à Hachem.
Véa Adam yada et Chava, c'est-à-dire qu'ici, Adam, on parle de l'homme Adam, c'est-à-dire du masculin, et non pas du prototype de l'homme. Véa Adam yada et Chava ichto: il connut Chava, c'est son nom, sa femme. Cette traduction est bien entendu insuffisante, car il est question d'Adam, et il n'est pas employé à mauvais escient ici, parce que vous savez quel est le sens de l'être Adam: celui qui est capable de faire place à autrui, à Dieu comme à l'homme.
Dans ce cas précis, qu'est-ce qui est écrit ? Ve'adam yada. L'ada'at, c'est connaître. Il faut que tu aies un tanar avec toi, un livre et un cahier, parce que c'est une classe d'études, pas un Club Med. Et tu as cours avec un prof. Ve'adam yada, c'est donc cet homme capable de faire place à autrui. Et dans cette place faite à l'autre, la place que nous lui faisons nous permet de le rencontrer, c'est-à-dire de le connaître. L'ada'at veut dire connaître. Vous allez voir où je prends le verbe l'ada'at.
L'homme, l'être humain, capable de laisser place, ne laisse place qu'afin de pouvoir connaître. Or, dans ce cas précis, on ne nous parle pas simplement de l'humain, mais de l'homme, qui va rencontrer, connaître, celle qui s'appelle Chava et qui va devenir son épouse. Chava, en hébreu, ne veut pas dire, dans la traduction française, Ève, qui ne veut dire absolument rien. Chava, c'est une expérience. Ani chové dava: ça veut dire que j'ai vécu quelque chose. Il y a là, bien au-delà de la rencontre entre le masculin et le féminin, la rencontre possible entre l'humain et le vécu, et l'existence.
Ce qui va permettre de relier le masculin au féminin, comme l'humain à l'existence, c'est le verbe l'ada'at. Concernant la relation de l'homme et de la femme, l'ada'at, et je vous donne ma traduction philosophique, c'est conjugué. L'ada'at, ça veut dire s'accoupler. Adam yada et Chava: l'homme s'est accouplé avec la femme. Accouplé, ça veut dire conjugué. Vous connaissez tous le verbe conjuguer. Or, pour quelle raison conjuguons-nous ? Qu'est-ce que veut dire conjugué en français ? Quelqu'un est-il capable de me donner une définition succincte ?
— Lié, oui, conjugué.
— Qu'est-ce que tu as dit ?
— S'unir.
S'unir, c'est bien. S'il y a une raison à une liaison, à une union, c'est bien ce que tu as dit. C'est-à-dire que nous attendons de cette liaison, de cette union, quoi ? Pas un enfant. Nous attendons l'enfantement, la fructification. L'homme est masculin, Adam. La terre, Adama, est féminine. Lorsque l'homme rencontre la terre, qu'est-ce que nous attendons de cette rencontre ? Que la terre donne son fruit. Cette proposition, éminemment savante, servira d'ailleurs de base à la discussion sur la venue du Machiah, au onzième chapitre de Sanhedrin, dans le Talmud de Babylone, page 98, recto, ce qu'on appelle le Péricrédit.
Vous avez donc ici l'homme, j'ai expliqué, Ve'adam yada et Chava, mais qu'est-ce qui est dit ensuite ? Ichto. En fin de compte, l'accouplement, la relation sexuelle, n'atteindra son sommet, son firmament, que s'il y a véritablement entre l'un et l'une, ou entre l'une et l'un, quoi ? La conjugaison. Pas le mariage. Je n'ai pas parlé de mariage. L'institution du mariage est une institution, bien sûr, mais pour l'instant je reste dans la dimension philosophique des termes. La conjugaison. D'où vient, dans le terme « conjugué », la racine de... ? Conjugué, c'est la racine de quoi ?
— Du mariage ?
Oui, vous avez parlé de mariage. Lorsqu'on est conjugué, cela veut dire que nous offrons à la conjugaison la possibilité de la conjugalité. Et lorsqu'il y a conjugalité, il y a possibilité que nous puissions entendre les fruits de la passion. N'est-ce pas ? C'est véritablement merveilleux au niveau de l'évolution de la pensée.
Cela rentre dans un autre sujet, qui s'appelle l'élan vital de l'être. Il y a un déterminisme de la création qui fait que la vie est toujours en aspiration de devenir. Nous ne fructifions pas parce que nous voulons des enfants, mais parce que l'aspiration à la vie nous donne le désir d'assurer la pérennité. Vous comprenez ? Je vous ai donné l'exemple, je crois, à vous ou aux autres, je ne sais plus à qui: les pierres des trottoirs. Vous voyez des pierres bien alignées, bien tassées, et vous voyez quoi ? Des herbes qui se faufilent. D'accord ? Il est étonnant que le végétal puisse repousser le minéral. Quelle en est la raison ? L'élan vital. L'élan vital tout simplement, pas « de la vie », ce serait un pléonasme. Vous comprenez ce que je dis ? L'élan de la vie.
Le courant philosophique qui se préoccupe de ça, pour votre connaissance générale, s'appelle le vitalisme. Un des penseurs auxquels on attribue cette relation au vitalisme est monsieur Henri Bergson. Je ne rentre pas dans le sujet. Il est écrit: elle est tombée enceinte et elle a accouché. J'ai tout de suite envie de dire qu'il s'agit là d'un pléonasme, n'est-ce pas ? Car lorsque tu tombes enceinte, il faudra accoucher, même si c'est une fausse couche. Vous me suivez ? Il y a la bonne couche, lorsque l'enfant naît, mais il peut y avoir une fausse couche. Dans tous les cas, il y a accouchement. On est bien d'accord.
Lorsqu'il est écrit Vatahar vateled, il y a un processus à suivre, un processus évolutif. Elle est tombée enceinte, conséquence de quoi ? Du verbe lada'at, bien entendu. Vatahar vateled, et cette relation-là a porté son fruit jusqu'au bout. Se déclarer son amour, n'importe quel homo sapiens marchant aujourd'hui sur deux pieds est capable de vouloir se déclarer dans un amour fantastique pour son prochain. Est-il capable de faire en sorte que l'amour tombe enceinte ? Vous comprenez l'expression que j'utilise ici ? Je ne parle pas de la grossesse, simplement. Que l'amour puisse tomber enceinte, et que l'amour tombé enceinte puisse être porteur de fruits. C'est-à-dire qu'il y a une construction, un processus évolutif constructif.
Va'tar, va'teled, ète: elle accouche de qui ? De Caïn. Va'tomer kaniti ich et Adonaï. C'est-à-dire que, conséquence de l'amour qui fut le mien, conséquence de ce processus évolutif de l'amour qui est le mien, j'ai pu tomber enceinte, j'ai pu porter le fruit, et j'ai pu donner le fruit. En fin de compte, l'Éternel a fait avec moi, comment dire... On appelle ça en hébreu: Caïn, c'est comme Kinyan. Kinyan, c'est lorsque l'on se responsabilise. Sous la houppa, le Rav donne un mouchoir …
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