Shema Israël : écouter plutôt que voir
Pourquoi le Shema commence par « écoute » et ce que le premier verset affirme sur l'unité de Hachem.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Prier avec joie : la tefila, expression de l'âme, 57 min
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Alors, chers amis, il me semble que nous en sommes arrivés au Chema. Le Chema, la lecture du Chema, est un commandement, un des 613 commandements de la Torah, qui, à plusieurs égards, est identique au commandement d'étudier la Torah. C'est-à-dire qu'en récitant le Chema tous les jours, nous accomplissons également la mitsva de l'étude, puisque le Chema est un texte de la Torah. D'accord ? Ce qui fait que si, par exemple, quelqu'un se demande s'il s'est acquitté de son devoir d'étudier aujourd'hui, et qu'il a dit le Chema, il s'est acquitté de son devoir.
Il y a un autre devoir, qui est la connaissance de la Torah, et ça, évidemment, il faut tout étudier. À tel point que certains disent que si on n'a pas fait, par exemple, la bénédiction sur la Torah, mais qu'on a fait la bénédiction de Haboher beamo Israël beahava, on s'est acquitté de la birkat HaTorah.
D'accord ? Ce qui nous intéresse ici, c'est de savoir quelle est l'essence de ce texte. Ce texte se divise en quatre parties différentes. C'est tout d'abord le premier verset, Chema Yisrael Hachem Elohenu Hachem Echad, puis la suite du passage de la Torah où ce verset apparaît, à partir de Veahavta. Dans la paracha, vous avez Vehaya im chamoa, et après, vous avez Vayomer. Il y a donc ici quatre sujets d'étude différents.
Nous allons nous concentrer aujourd'hui sur le premier verset. Je tiens à vous le lire pour que vous le connaissiez d'un peu plus près: Chema Yisrael. Hachem Elohenu, Hachem Echad. Ce verset fait partie d'un discours de Moshé, prononcé dans le livre de Devarim, dans la paracha de Vaét'hanan, chapitre Vav, verset Dalet. Que signifie exactement ce verset ? Ce n'est pas si simple à comprendre.
Si on se réfère à l'arrière-plan historique: Moshé parle aux enfants d'Israël. À un moment du discours, il leur dit: écoute, Israël, l'Eternel est notre Dieu, l'Eternel est un. D'accord ? À qui Moshé s'adresse-t-il ? Au peuple, n'est-ce pas ? Donc, qui est inclus dans le terme Israël, employé par Moshé ? Le peuple, tous ?
Sauf Moshé. Le mot Israël signifie tout Israël à l'exception de Moshé. C'est le sens historique de ce mot. Et la première fois que ce mot a été prononcé dans ce verset, c'était pour dire ça. Si Moshé avait voulu s'inclure dans le mot Israël, qu'est-ce qu'il aurait dit ? Écoutons, Nichma Israël. S'il parle ici à l'impératif, à la deuxième personne, cela veut dire qu'il parle à quelqu'un d'autre que lui, dont il ne fait pas partie.
Mais ensuite il ajoute Hachem Elohenu, l'Eternel, notre Dieu, c'est-à-dire celui de Moshé et du peuple à la fois. Hachem Echad: il est unique. Qu'est-ce que Moshé vient réfuter ? Qu'aurait-on pu penser si Moshé n'avait pas dit cela ? Que le Dieu d'Israël n'est pas le Dieu de Moshé. D'accord ? Il y a donc une nécessité qu'a ressentie Moshé de nous dire: nous avons le même Dieu.
C'est très bizarre. Pourquoi a-t-il eu besoin de dire cela ? D'accord ? Maintenant, il y a une tradition orale dans le peuple d'Israël, comme quoi ce verset n'a pas été dit pour la première fois par Moshé, ce n'était que la deuxième fois. En fait, Moshé ne faisait que répéter cette phrase qui avait été dite quelque 250 ans avant lui, à peu près.
Lors du décès de Yaakov. Et la phrase a été prononcée par qui ? Par les fils de Yaakov. D'accord ? De quoi s'agit-il ? C'est à nouveau quelque chose d'assez surprenant. Yaakov dit à ses enfants: voilà, je vais vous raconter ce qui va se passer à la fin des jours. Behari yamim. Et la Guemara explique:
Bikech Yaakov Avinou, halal leghalot et hakets. Yaakov, notre père, a voulu révéler la fin. Vayehi ha Chekhina menalkha, et à ce moment, la présence de Dieu l'a quittée. Vayithal lédaber, vidavarim aherim, et alors il a commencé à parler d'autre chose. Quelle est cette autre chose dont il a parlé ? Au lieu de parler de la fin, il a parlé de l'aboutissement des jours, aharit hayamim. Et ce n'est pas la même chose. La fin, c'est la fin de l'histoire, c'est-à-dire comment s'achève toute l'histoire. Mais aharit hayamim veut dire l'aboutissement des jours, c'est-à-dire ce qui se passera lors de la sortie de leur exil.
Yaakov vivait au début de l'exil d'Égypte. Il a raconté à ses enfants comment cela se passerait lorsqu'ils sortiraient d'Égypte. Effectivement, les bénédictions que donne Yaakov sont toutes des descriptions de ce que seront les tribus en sortant, quand elles entreront en Canaan. Donc Yaakov aurait voulu parler de l'histoire en général, mais comme la Chekhina l'a quitté, il a commencé à parler de aharit hayamim.
Mettez-vous à la place de Yaakov. Il se demande: mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi la Chekhina m'a-t-elle quitté ? Et il se dit: c'est probablement parce que j'ai amené tous les enfants. Tous sont venus, et au moment où tous sont venus, la Chekhina a quitté. Cela veut dire qu'il y en a au moins un qui a posé problème, à cause duquel la Chekhina est partie.
C'est terrible, parce que pour les patriarches, il y a tout un travail à faire pour fonder l'identité d'Israël. Abraham s'est séparé de Lot. Ensuite Yitzhak doit se séparer d'Ichmaël. Puis Yaakov se sépare d'Essav. Enfin arrive l'espoir qu'avec les douze tribus d'Israël soit enfin fondée l'identité d'Israël. Et brusquement, quand tout cela arrive, il y a la Chekhina qui s'en va. Il y en a donc encore un qui fait problème. Cela voudrait dire que l'identité d'Israël n'est pas encore fondée.
Il a eu son angoisse, il s'est dit peut-être que cela ne marche pas. Je vous dis ce que Yaakov a pu penser: il y avait une des tribus qui n'était pas digne de faire partie de l'identité d'Israël. D'où son angoisse. Et le Midrach nous dit que les enfants de Yaakov ont ressenti le problème et qu'ils ont compris que c'était cela, l'inquiétude de Yaakov.
Maintenant, que veut dire être en dehors de cette unité, au temps de Yaakov ? Cela veut dire être en dehors de la émouna en l'unité, le monothéisme. Et ils ont dit: Chema Israël, écoute, Israël, notre père. Et Israël, dans ce cas précis, c'est Yaakov, qui s'appelle Israël. Ils lui ont dit: Hachem Elohenu, Hachem Echad, l'Eternel, notre Dieu, est un. Et le Midrach explique: de même que dans ton cœur il n'y a que de l'unité, de même il n'y a dans nos cœurs que de l'unité.
Réaction de Yaakov, tout content: il dit Baroukh Chem kevod malkhouto léolam vaed. Mais cela n'a pas été repris par Moshé. C'est pour cela que nous le disons, mais à voix basse. On le dit parce que Yaakov l'a dit, mais on ne le dit pas à voix haute parce que Moshé ne l'a pas dit. Donc là, à nouveau, vous avez un problème: pourquoi apparaît la phrase du Chema Israël quand il y a un problème pour inclure quelqu'un dans le cadre de l'unité …
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