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Techouva shelema : le retour dont on ne connaît pas les effets

Rav Kook distingue la techouva formelle de la techouva achevée, et montre pourquoi on ne sait jamais si la sienne est complète.

54 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Retzé : demander un surplus de paix et de service, 41 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour tout le monde. Je pense qu'il serait utile que nous continuions notre pénétrante étude du Shmuel Yisraël. Pour autant que je sache, nous sommes dans la deuxième bénédiction des demandes, des requêtes. Nous avons commencé par Atah honen le-adam da'at, la bénédiction dans laquelle on demande la connaissance. On avait compris que, dans l'ordre des bénédictions, c'était la première, parce que c'est elle qui demande ce qui fait que l'homme est un homme, c'est-à-dire la connaissance. Un homme sans la connaissance n'est pas un homme, à proprement parler, à moins qu'il y ait un accident.

Nous allons passer maintenant à la bénédiction à venir, qui est celle de la techouva. Pourquoi cette bénédiction apparaît-elle à ce moment-là ? Parce que tant qu'il n'y a pas de conscience, il n'y a pas de retour. Pour faire un retour, il faut être conscient de l'éloignement. Or, je ne sais pas que je suis éloigné tant que je n'ai pas la connaissance. Donc la connaissance est la première condition. Dès qu'il y a connaissance, il y a nécessité du retour.

Il y a un éloignement métaphysique, si tu veux. HaKadosh Baroukh Hou, Lui, est loin, mais est-ce que moi je suis loin ? Ça, c'est autre chose. Voilà.

J'allais demander qu'on lise le texte, mais la Providence est intervenue pour me donner un signe. C'est très très bien.

— Tout d'un coup ?

— Quoi ? Pas de problème. Alors nous allons maintenant lire la deuxième bénédiction. Hachivénou Avinou letoratekha. Ramène-nous, ô notre Père, à ta Torah. Vekarévénou Malkénou laavodatekha. Rapproche-nous, ô notre Roi, de ton service. Vehachazirénou bitchouva chéléma lefanekha. Fais-nous revenir, dans une repentance parfaite, devant Toi.

Comme on l'a expliqué, pour faire un retour, il faut se savoir loin. On ne se sait loin qu'après avoir la connaissance. Il faut donc d'abord demander la connaissance, et alors on est conscient de l'éloignement.

Je vais essayer de m'expliquer un peu mieux. Vous savez quelle est l'origine de toute chose d'après la Torah ? Pas précisément. Quand on dit HaKadosh Baroukh Hou, cela voudrait dire que tout est extrait de HaKadosh Baroukh Hou. C'est faux. L'origine de toute chose, c'est la création. Toute chose, d'après la Torah en tout cas, est créée. Tout être est créé, ce qui veut dire qu'il n'a pas son existence par lui-même. Son existence lui est donnée. Et même pas seulement son existence: son être même est donné par le Créateur.

Donc mon origine, c'est un peu paradoxal, mais c'est comme ça, mon origine est en dehors de moi. Je viens d'ailleurs. Si je viens d'ailleurs, et que j'en ai conscience, alors cela crée en moi la nostalgie, le désir du retour à l'origine. On retrouve souvent ce genre de choses.

— Oui ?

Oui ? On peut étendre cela également à la nostalgie de l'origine géographique, Erets Israël. Mais là, je parle de l'origine de tout être. Il y a une nostalgie, tu as raison: une nostalgie de l'origine en tant que Créateur. Il y a une pulsion qui pousse tout être créé à retrouver son origine.

— Oui ? Le monde aussi a son origine, donc le monde…

— En lui-même, non, puisque le monde est créé.

— Si. Oui, c'est le problème. Si l'on sait que l'on est créé, alors on a cette nostalgie. Si l'on oublie qu'on est créé, on n'a pas cette nostalgie. Le monde, lui aussi, sait qu'il est créé. La preuve, c'est qu'il a été créé. On le sait parce qu'on a lu la Torah, mais on le sait aussi parce que c'est vrai.

Cela dépend de ce que j'appelle logique ou non. Le problème de savoir si le monde est créé ou non est, sur le plan philosophique, non tranchable. Cela s'appelle une antinomie de la raison pure. Il y avait un goy, un dénommé Emmanuel Kant. Il a écrit un gros pavé qui s'appelle Critique de la raison pure. Dans ce livre, Kant parle des antinomies de la raison pure. Qu'est-ce qu'une antinomie ? Ce sont des questions qui, par essence, ne sont pas solubles, comme celle de savoir si le monde est créé ou non. Il fait là un très bel exercice de style: il apporte une preuve extrêmement détaillée que le monde est créé, et parallèlement une autre preuve que le monde ne peut pas être créé et qu'il est éternel. Il explique que, sur le plan logique, les deux preuves sont valables. C'est donc une antinomie de la raison pure.

Quand tu dis que ce n'est pas logique, ce n'est pas absolument vrai.

— Oui, bien sûr, tu as raison. C'est-à-dire que, grâce à la Torah, nous savons un tas de choses. C'est pour ça que celui qui fait la prière… il a lu la Torah, enfin, il sait. La prière est sur la base de la Torah. Ce n'est pas la prière qui invente la Torah, c'est la Torah qui invente la prière. D'accord ? Nous savons donc que nous sommes créés. Mais il est possible que d'autres le sachent sans avoir lu la Torah. En tout cas, le cosmos en tant que tel sait qu'il est créé, donc il a cette nostalgie de l'origine.

C'est ce qu'on appelle en hébreu bara. On a étudié cela à propos du livre de Béréchit: Béréchit bara Elohim, au commencement Dieu créa. Si l'on se base sur l'étymologie araméenne, le mot bara veut dire à l'extérieur, dehors. Bara, comme on dit en arabe, c'est-à-dire « oust », ou comme on dit en anglais, « ex », « ist ». Exister, c'est être en dehors. C'est le sentiment qu'on a été issu de quelque chose. On est éjecté. Et si l'on m'a jeté, cela crée en moi le désir du retour. Mais cela n'est possible que si j'en ai conscience.

La conscience peut me venir de ce que j'ai lu la Torah, ou bien d'un surplus d'intelligence, ou d'une révélation. Tout cela dépend de la bénédiction précédente, Atah honen le-adam da'at, tu donnes à l'homme la connaissance. Après le moment où il a la connaissance, il a connaissance de son éloignement, et donc il veut le retour.

— Oui ?

— C'est-à-dire que tu supposes que nous avons déjà expliqué le texte de la bénédiction et qu'il te reste des questions sur notre explication ? Le problème, c'est qu'il me semble que nous n'avons encore rien expliqué. Nous avons simplement lu, un peu traduit, mais c'est tout. Pour l'instant, j'en suis uniquement à l'introduction de la bénédiction. D'accord ? Je pense donc que nous pouvons repousser le débat.

Je voulais dire que le retour est implicite dans le fait même de la conscience d'être créé. Si je sais que je suis créé, je fais techouva. Si je ne sais pas que je suis créé, rien ne me porte à faire techouva. Faites bien attention au fait que la techouva ici n'a rien à voir avec le péché. C'est un retour de l'être. C'est en permanence: je suis porté à me rattacher à mon origine.

Maintenant, qui parmi les hommes sait qu'il est créé ? Le tsadik ou le rasha ?

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