L'épuration des vertus selon le Rav Kook
Une vertu n'est jamais acquise : elle doit sans cesse être purifiée, car le perfectionnement est sans fin.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Peut-on tuer par amour ? La légitime défense selon la pensée juive, 17 min
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Il y a là, premier texte, Torat HaNefesh, on fait ce mardi et mardi prochain, en remplacement de Yoel, ce qui nous donne l'occasion d'essayer de nous rencontrer personnellement. Eh bien, dites donc, c'est bruyant. On va voir à travers des textes tirés du Rav Kook. Vous avez d'ailleurs les références marquées sur vos feuilles. J'ai appelé ça nos caractères, des petites aux grandes vertus.
Ça paraît un peu compliqué sur les bords, mais c'est du Rav Kook. Vous nous verriez ravis de vous voir parmi nous. Tiens, prends une feuille. On va donc voir de quoi il est question lorsque nous parlons des caractères, des petites ou grandes vertus, et on va essayer de définir à travers l'hébreu et de cesser de... de comprendre. J'expliquerai les choses en français, mais évidemment les notions hébraïques doivent être entendues. Adricha le-zikouk ha-midot. Vous y êtes ? C'est bien ça. Je ne me trompe pas. Je lis une phrase. En général, chez le Rav, elles sont très longues, et on va essayer d'expliciter de quoi il en retourne. Donc, on n'est pas dans le Tanakh.
On est dans la rencontre de l'homme avec lui-même. J'ai fait une émission ce matin à la télé qui s'appelle... j'ai oublié le nom. Un truc comme le rendez-vous de nos grandes vacances, le grand rendez-vous de nos vacances, voilà, c'est ça. Et c'est aujourd'hui ce dont nous avons besoin, c'est-à-dire de ce rendez-vous avec soi-même. Adricha le-zikouk ha-midot, l'exigence d'une épuration des vertus.
Épuration: il ne s'agit pas ici de nettoyer ce qui est sale. Épuration, il est dans le sens... Ah oui, c'est à vous la feuille, c'est cadeau, avec l'encre du Mohamed. Il est donc question ici d'une épuration dans le sens de zikouk, c'est-à-dire de purification: être capable de rendre les choses, si elles sont pures, beaucoup plus transparentes, c'est-à-dire moins opaques. Quand je dis transparentes, je dis moins opaques.
Ça veut dire quoi au niveau de la vertu ? Certains de nos caractères sont teintés de noirceur. C'est-à-dire qu'ils nous empêchent de véritablement comprendre le sens et l'essence de ce caractère. Exemple, le plus simpliste qui soit: je suis gentil. Gentil sous-entend que vous êtes bon. La gentillesse peut aussi avoir des occurrences qui font qu'alors, au lieu que la gentillesse serve à révéler la bonté qui est la vôtre, elle serve, cette gentillesse, à vous faire avoir, c'est-à-dire à tronquer la vérité. Être trop gentil, quelquefois, c'est permettre toutes sortes de fourvoiements, c'est-à-dire de mauvais déplacements. On est bien d'accord ? C'est clair ? Quand ce n'est pas clair, vous m'interrogez, bien entendu. Vous ne restez pas bouche bée en attendant que du ciel quelqu'un vienne vous donner la cuillère.
Je lis d'abord la phrase, parce que je ne vais pas m'arrêter comme ça, et je traduis. Adricha le-zikouk ha-midot: l'exigence de la transparence, de l'épuration des vertus. Ein nifsèkèt me'olam: ne cesse jamais.
Pour une seule raison que nous avons apprise ensemble: le monde est, selon Jean-Jacques Rousseau et selon le Rav Kook, perfectible. La perfectibilité est éternelle. C'est ce que l'on retrouve dans la Critique du jugement chez Descartes, la finalité sans fin. C'est-à-dire que nous comprenons qu'il y a une finalité sans fin, puisque nous avons conscience que l'infini est. On est bien d'accord ? Si l'infini est, toute finalité est sans fin.
Je suis bon, on va rester avec le même exemple: je suis gentil jusqu'où ? Je viens de le préciser. Je ne suis pas gentil jusqu'à disparaître de mon être, c'est-à-dire jusqu'à m'empêcher de pouvoir m'affirmer à travers ma gentillesse. Est-ce que c'est clair ? Mais cela veut dire que ma gentillesse, venant servir les intérêts de l'être que je suis, est capable de m'amener au meilleur du meilleur déjà acquis. Le meilleur n'est pas dans la disparition de mon être.
Oh, je vais être gentil avec lui. Je vais lui dire oui. Mais la gentillesse n'est pas toujours oui. La gentillesse est aussi non. Est-ce que c'est clair jusqu'à maintenant ? Oui, évidemment. Les parents sont bons. Ce sont de bons parents. Le bon père et la bonne mère sont ceux capables de savoir dire oui ou savoir dire non. Et ils apprennent ainsi à l'enfant à se mesurer avec la bonté d'être, et à ne jamais se perdre à travers la bonté. Mais au contraire, l'améliorer: c'est ça, l'épuration. C'est l'améliorer, c'est la rendre meilleure.
Attendez que je dise quelque chose, je n'ai encore rien dit. Ein nifsèkèt me'olam. Mais olam, ce n'est pas le monde au sens ordinaire. Si le Rav écrit « me'olam », depuis toujours, et « à jamais », c'est-à-dire que vous mettez le doigt sur le bon, le bien et le vrai. Vous gardez ce triptyque-là, le bon, le bien et le vrai, c'est-à-dire l'éthique, l'esthétique et la vérité, eh bien, depuis l'origine du temps. Les choses sont ainsi. Ce que les hommes vont faire de cette ontologie, c'est-à-dire de cette origine de l'être, bon, bien et vrai, dépend de la nature de l'homme, de sa volonté d'exigence ou non de lui-même. Est-ce que les choses sont claires ?
Mais à l'origine, mais à l'âme, odmeat. Ki gam im zikouk adam et midotav: même si l'homme a épuré ses vertus, be-yoto be-ma'amad ruhani memutsa, alors qu'il se trouve dans une situation spirituelle moyenne, normale. C'est-à-dire que c'est un homme qui a conscience que l'homme est un être en devenir. Vous vous rappelez la petite médaille que j'avais offerte à ma copine à 14 ans ? « Je t'aime plus qu'hier et moins que demain. » Parce que l'amour est perfectible. Parce que l'amour est un être en devenir. Est-ce que c'est clair ?
Donc c'est ce qu'il dit. Même si vous êtes de ces garçons qui avaient conscience de ce que vous êtes, cela n'empêche pas qu'en vous, ce qu'on appelle en philosophie, mais aussi en hébreu, et qu'on retrouve dans la littérature du Rav Kook, le vitalisme de l'être reste inhérent à l'être. La vitalité, le vitalisme: c'est-à-dire que vous avez pleinement conscience d'être vrai, vous êtes bon, bien et vrai. Et en quoi cela contrarie-t-il le fait que vous puissiez devenir meilleur dans l'une ou l'autre des données de ce triptyque ? Bien au contraire.
Prenez l'exemple de l'amour. « Je t'aime, ma chérie. Veux-tu m'épouser ? Do you want to marry me ? » Eh bien, est-ce que vous pensez que le jour du mariage, comme certains le déclarent, c'est le plus beau jour de ma vie ? C'est un pauvre d'esprit, celui qui dit ça. Puisque le plus beau jour de ma vie sera lorsque j'aurai accompli ma vie. Est-ce que c'est bien clair ? L'amour, je le ressens, je le sens, je le vis, mais il est à même d'être perfectible. C'est-à-dire que le plus beau jour de ma vie, c'est lorsque j'aurai vécu ma vie. Mais au moment où tu rentres sous la houppa, tu n'as pas vécu ta vie. Donc ça ne peut pas être le plus beau jour.
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