Maïmonide, la techouva et la question du vidouï
Pourquoi le Rambam définit la techouva avant la faute, et pourquoi le vidouï doit être prononcé devant Hachem.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le bouc émissaire et la confession au nom du peuple, 39 min
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Nous avions vu que le Rambam affirme que la mitsva est le vidouï. Nous avions aussi lié cela à un autre problème, celui du sionisme du Rambam. Vous vous rappelez: c'est assez surprenant, mais il y a un rapport direct entre la conception qu'a le Rambam de la techouva et sa conception de la mitsva de prendre possession d'Erets Israël. Tout cela est très joli.
Nous avions aussi soulevé une autre considération: quelle est l'essence de la techouva ? Une lecture superficielle du texte du Rambam semblerait indiquer que la techouva est liée au péché, à la faute. En vérité, le Rambam ne peut certainement pas être en désaccord avec le Rav Kook sur un point aussi important. La techouva est un mouvement de l'être, spontané, vers son origine, indépendamment de la faute. Jusqu'ici, vous vous rappelez ? Oui ? Oui.
Le Rambam lui-même a défini la techouva comme étant se repentir de la faute, n'est-ce pas ? Le problème: où est-ce que tu as été chercher tout ça ? Où est-ce que tu as vu ça dans le Rambam ? On te l'a dit. Regarde une petite seconde dans le chapitre bête. C'est très bien. Mais regarde dans le chapitre bête, qui n'est pas si bête que ça, d'ailleurs. Vous êtes tous invités à le faire, n'est-ce pas ?
Avoir un livre sur la table sans l'ouvrir et sans le lire, c'est comme s'il n'y avait pas de livre. C'est très dommage, parce qu'un cours sur un livre, quand on regarde dans le livre, c'est cinq fois plus clair que sans le livre, n'est-ce pas ? Je reprends donc la question de Shmuel: comment peut-on dire que le Rambam est en accord avec le Rav Kook, selon qui la techouva serait un élan spontané de la neshama vers sa source,
indépendamment de la faute, alors que le Rambam lui-même a défini la techouva en rapport avec la faute ? Vous avez compris la question de Shmuel ? Et ma question était: où est-ce que Shmuel a été chercher tout ça ? La réponse, c'est qu'il l'a trouvée dans Hilkhot Techouva. Regardez le premier halakha. Comment commence la première halakha ? Je parle ici du chapitre bête. Non, pas la halakha bête. Chapitre bête. Non, tu vas trop loin. N'allons pas si loin. Il suffit de… voilà, très bien. Dans le chapitre bête, regardez la première halakha: que dit le Rambam ? Ezohi techouva guemura. Qu'est-ce qu'une techouva complète ? Peu importe sa réponse pour l'instant. Maintenant, regardez la halakha juste après: Umayya techouva. Et c'est quoi, la techouva ? C'est absolument incroyable.
Si j'avais été le Rambam, j'aurais commencé le livre par: qu'est-ce que la techouva ? Ensuite: qu'est-ce qu'une techouva guemoura ? Et après seulement: quand il y a un péché, il faut faire techouva. Or le Rambam va dans le sens contraire. Ce qui veut dire que, pour le Rambam, ce n'est pas là la définition de la techouva. Il y a un contexte général de la techouva, et quand on parle du péché, qu'est-ce que c'est que la techouva ? L'ordre des halakhot nous apprend aussi l'opinion du Rambam.
Je reviens donc à l'idée que nous avions développée la dernière fois: il y a, dans la neshama, je ne sais pas si le Rambam aurait accepté cette terminologie, quelque chose qui porte à revenir à sa source, et c'est la raison pour laquelle on fait techouva. Quand on fait techouva, on se repent également de ses péchés. Voilà ce que nous avons vu la semaine dernière. Maintenant, nous allons avancer dans le texte. Nous reprenons au chapitre Aleph.
Dans la halakha Aleph, je relis le texte. Perek, en hébreu, veut dire chapitre. J'ai dit « chapitre Aleph »; Rishon et Aleph, c'est la même chose, pour une raison très simple: Aleph est la première lettre de l'alphabet hébraïque, et Rishon veut dire aussi premier. Il y a ici une remarque importante qui mériterait un débat particulier. Je reviens au texte de la halakha:
Kol mitzvot Hachem ha-Torah, tous les commandements de la Torah, ben assé ve-lo assé, qu'ils soient positifs ou négatifs, ìmavar adam al achat mèhem, si un homme a transgressé l'une d'entre elles, bizadon ou bischgaga, volontairement ou involontairement, keshe-yaassé techouva ve-yachouv mèhè-tò, lorsqu'il fait techouva et revient de son péché, c'est jusque-là que nous avons étudié la dernière fois. Voici la suite: chayav lehitvadot,
il doit en faire l'aveu devant Dieu, béni soit-il. Ainsi qu'il est dit: « Un homme ou une femme qui feraient un quelconque des péchés de l'homme, ils devront avouer le péché qu'ils ont fait. » C'est un aveu par la parole.
Et ce vidouï est une mitsva positive. Cela m'entraîne à poser une quantité énorme de questions. La première: pourquoi le vidouï ? C'est-à-dire, pourquoi faut-il dire quelque chose ? Le Rambam nous dit: il faut dire « j'ai fait ceci et cela ». Pourquoi le dire ? Pourquoi ne pas se contenter de penser ? Je sais très bien que j'ai péché. Pourquoi ai-je besoin de le dire ?
C'est une très belle expression, tirée du catéchisme, effectivement. Mais le problème, c'est que, justement de ce point de vue, il y a un abîme entre ce que pense la chrétienté et ce que pense le judaïsme. Dans la pensée chrétienne, l'idée de techouva n'existe pas, vous pouvez le comprendre.
Le vidouï existe, mais il est indépendant de la techouva. La confession, comme on dit chez eux, est une des composantes de ce qu'on appelle l'expiation, en hébreu kapara. Puisque vous avez introduit le sujet, il faut en parler tout de suite. Il y a une différence entre l'élément qu'on appelle techouva et l'élément qu'on appelle kapara. En français, on dit repentir et expiation.
Du point de vue du christianisme, s'il n'y a pas eu d'expiation, la techouva ne sert à rien: elle ne sauve pas l'âme. Du point de vue du judaïsme, c'est le contraire: s'il n'y a pas eu de techouva, l'expiation ne sert à rien. C'est exactement l'inverse. La techouva est la condition de la kapara pour le judaïsme; pour le christianisme, la kapara est la condition de la techouva.
Pour les chrétiens, parce que les péchés font du mal ? Oui, c'est bien dommage. Non seulement il y a des souffrances, mais cela ne sert à rien. Dommage. Il vaut mieux faire des techouvot. J'aime comprendre l'origine de cette doctrine; il est très important de comprendre pourquoi. Non, cela n'annule pas. Il y a des cas où oui et des cas où non. Comment les chrétiens en sont-ils arrivés là ? C'est justement la question que j'ai posée et à laquelle j'allais répondre. On peut la poser une deuxième fois; cela ne pourra que repousser le temps de l'explication. Moi, cela m'est égal. Ce que j'enseigne, je le sais déjà, en général.
Quelle est la nature de l'homme selon le christianisme ? Elle est pécheresse, mauvaise. Il y a ce qu'on appelle le péché originel: cela veut dire que je suis né coupable, coupable d'être …
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