Abraham achète la grotte de Makhpéla
Le mot Chet, la citoyenneté par la sépulture et la ruse juridique d'Ephron.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Milka et les douze tribus issues de Nahor et Kenaan, 56 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Ouverture du chapitre de Hayé Sarah
Bon, on a commencé, je crois, les deux premiers versets de Hayé Sarah, si je ne me trompe. Donc, nous allons passer au chapitre Kaf Gimel, au verset Gimel, 23.3. Nous avons vu qu'en fait, il y a une victoire de Sarah dans sa mort. La victoire de Sarah, c'est qu'elle va obliger Abraham à prendre racine. C'est-à-dire, à partir du moment où il doit acquérir une sépulture pour sa femme, il y a un lieu géographique, le lieu de la sépulture de sa femme, qui va devenir un pivot. Il ne peut plus être réellement cosmopolite à partir du moment où il y a une tombe familiale.
Et comme je l'ai fait remarquer la dernière fois, chez les Chinois, on ne demande pas où est-ce que tu es né, on demande où sont enterrés tes ancêtres.
Verset, guillemets. Vayakom Avraham mé'al pné méto, vayedabér el bné ‘Het lémor: Avraham se leva de devant son mort, et il s'adressa aux fils de Het en disant. Qui sont les fils de Het ? Ce sont des Cananéens. Ces Cananéens d'une branche particulière, ils sont descendants de Het. Ce sont des Cananéens Hittites, ou Chétéens, comme tu veux.
Maintenant, la question qui se pose: s'ils sont Cananéens, que veut dire le mot Kena'an ? De quelle racine ça vient ? Yikhna'a, c'est-à-dire soumettre, soumission. Kena'an, c'est le soumis par excellence.
Est-ce que la soumission est une bonne chose ou une mauvaise chose ? Ça dépend à quoi. Si on se soumet au bien, c'est bien; si on se soumet au mal, c'est mal. Kena'an, le fondateur, a été déclaré par Noé comme maudit: Arour Kena'an, Kena'an est maudit. Pourquoi est-il maudit ? Parce qu'il s'asservit au mal, à son mauvais penchant. Donc la solution, c'est qu'il devienne esclave de ses frères, et alors il sera asservi à de bonnes valeurs.
Donc, en tout cas, chez les Cananéens, il y a l'idée de soumission. Que veut dire le mot Het ? Non. Le mot Het, quand on l'écrit avec un Ḥet et un Alef, ça veut dire un péché, une faute. Mais ici, il n'y a pas écrit Ḥet-Aleph, il y a écrit Het-Tav. Un fil ? Non. Hot s'écrit Ḥet-Vav-Tet. Ici, Het, c'est Het-Tav. Hotem, ça s'écrit avec un Mem. Mais Het-Tav, non, pas du tout.
Que veut dire le mot Het en hébreu ? Soit vous savez, soit vous ne savez pas. N'essayez pas d'inventer. Le mot Het en hébreu veut dire « terreur ». C'est-à-dire, non seulement c'est la soumission, mais ils sont terrorisés. C'est la soumission totale, c'est la situation extrême du Cananéen.
— Mais non, Abraham est intéressé, oui. Ils sont terrorisés. Ils sont terrorisés, par exemple, par rapport au divin. Ils vivent dans la crainte et le tremblement.
Et ils sont probablement asservis à la nature. Maintenant, Abraham essaye d'acquérir un caveau parmi eux, c'est-à-dire qu'il veut avoir le droit de citoyenneté. Selon les connaissances qui nous sont fournies par l'archéologie, nous savons que chez les Hittites, il n'y a que les citoyens du pays, les citoyens à part entière, qui avaient le droit
à une sépulture permanente. Une sépulture permanente, c'est un acte d'appartenance à la communauté. Avraham est intéressé à avoir une sépulture permanente, il ne veut pas une sépulture provisoire. Et donc, il va faire tout un discours aux fils de Het pour leur expliquer pourquoi il doit être un des leurs. Et il leur dit, au verset 4: Guer vetochav anokhi itkhem.
Étranger et citoyen, je suis. Bon, comprenez que c'est une expression paradoxale. Si on est étranger, c'est qu'on n'est pas d'ici. Si on est citoyen, c'est qu'on est d'ici. Et Abraham dit quelque chose de contradictoire: il dit, je suis étranger et j'appartiens à ce lieu. Ça ne va pas.
La question, si on élargit la question, c'est-à-dire: est-ce que l'homme, dans ce monde, est étranger ou citoyen ? On est un peu des deux. Toi, tu dis qu'on est citoyen ?
— L'égoïsme sur le citoyen ? On est guerre, on est étranger.
Donc il y a ici trois réponses, si ce n'est quatre. Donc vous avez une cinquième réponse. Je vais essayer de résumer les cinq réponses qui ont été proposées. L'une est que nous sommes des étrangers, l'autre que nous sommes des citoyens, donc c'est un peu des deux. L'autre, que c'est la différence entre Israël et les nations, et vous vous dites que si Dieu nous donne une terre, nous devenons citoyens. Bon, c'est un peu...
Tout ce que vous avez dit est vrai, donc on va devoir faire un peu d'ordre. Disons, du point de vue de la neshama, de l'âme: est-ce que nous appartenons à ce monde ? Non, évidemment, l'âme n'est pas le fruit de la nature. Donc, à partir du moment où nous sommes conscients d'avoir une âme, nous sommes conscients également d'une étrangeté par rapport au monde. Il y avait un goy qui a écrit un livre qui s'appelle L'Étranger, dans lequel il explique que c'est un peu la condition humaine que de se sentir étranger par rapport au monde.
D'autre part, du point de vue de la nature, du point de vue de la vie biologique, du corps, nous appartenons à ce monde. Donc, nous sommes un peu les deux. C'est ce que dit Abraham: Guer vetochav anokhi. Je suis étranger et citoyen à la fois.
Pourquoi c'est bien d'être à la fois ? C'est très difficile d'être à la fois étranger et citoyen. C'est déchirant. Mais, d'autre part, ça permet de réussir l'enjeu moral. Si nous n'étions que citoyens, si nous n'étions qu'un être de nature, nous n'aurions pas les forces nécessaires pour dominer la nature. Donc, l'enjeu moral ne serait pas possible, ne serait pas réalisable.
Et tandis qu'Abraham dit: je suis à la fois étranger et citoyen, c'est ce que disait également, beaucoup plus tard, un des descendants d'Abraham, Rabbi Yehouda HaLevi, l'auteur du Kuzari, dans un de ses poèmes: Guer toshav ani ve-ha-galgal adama, je suis comme un étranger et citoyen sur la terre,
ve-af ki bevitna na'alati, bien que c'est dans son ventre que j'ai mon héritage. C'est-à-dire, viendra un jour où je reviendrai à la terre. Rabbi Yehouda HaLevi se promène dans ce monde avec ce sentiment d'appartenance et de non-appartenance à la fois.
Maintenant, ça, c'est bon pour Abraham. Maintenant, Abraham veut enseigner cela aux fils de Het. Et donc, il rajoute un mot: imakhem, avec vous. C'est-à-dire, non seulement moi je suis guer vetochav, étranger et citoyen,
mais je le suis avec vous. Vous aussi, vous êtes comme ça. Je suis venu vous l'enseigner, peut-être que vous ne le saviez pas, mais maintenant je viens vous l'apprendre. Étant donné que je viens vous l'apprendre, la fraternité universelle, qui fait que nous sommes tous des étrangers et des citoyens à la fois, fait que vous allez m'accorder une sépulture parmi vous. Ten lì ahuzat kever imakhem, donnez-moi une possession de sépulture parmi vous, veikvera meti milfanai, et que j'enterre mon mort de devant moi.
C'est un beau discours, non ? Oui ?
— Oui.
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