La prière, de la crainte à la joie jusqu'à l'unité
Comment la conjugaison de la crainte et de la joie rend la prière possible, selon l'ordre du Sidour.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le roi qui règne dans sa solitude : la première bénédiction du Chema, 47 min
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Shalom tout le monde. Il me semble que nous avons étudié la dernière fois la dix-neuvième bénédiction de la Amida, et donc, si cela est exact, cela veut dire que nous avons fini la Amida. Tu me sembles fournir là la preuve que tu n'étais pas au dernier cours, ou bien que tu as oublié, ce qui m'est difficile à croire. Et donc, étant donné que nous avons terminé la Amida, j'aimerais que nous passions au contenu du Sidour dans son ensemble.
Vous vous rappelez qu'on avait étudié, dans les introductions à la Tefila, que la prière est possible. Vous vous rappelez qu'on avait étudié la Michna « En Omdine Leit Balel ». Vous êtes en train de me convaincre que je suis un mauvais enseignant. Et donc il serait mieux que je renonce à… comment ? La question était: est-ce que vous vous rappelez que nous avons étudié une Michna
qui nous parle des préparatifs de la Tefila ? Tu as sauvé ma carrière d'enseignant, à ce moment même, parce que sinon je serais entré dans un tel état que je me serais dit qu'il vaudrait mieux que j'arrête d'enseigner. Bon. En tout cas, nous avons vu la première Michna du traité Berakhot, qui nous explique que l'introduction à la prière se fait, après un débat de la Guemara assez ardu, par la conjugaison de deux expériences contradictoires.
Qui sont-elles ? La crainte et la joie. Très bien, effectivement. La crainte et la joie. Ouais, non, ça va, ça va. J'ai récupéré. Je suis rassuré. Bon, alors maintenant, il y a donc une conjugaison de la crainte et de la joie. Ce n'est pas toujours évident pour tout le monde de faire cette conjugaison. C'est pour cela qu'il y a, dans l'ordre du Sidour, tout un travail qui est fait. On commence par les Korbanot.
C'est pour créer le sentiment, l'expérience de la crainte. C'est-à-dire que le Korban veille à ce qu'il n'y ait pas de détérioration du monde. C'est une crainte. Puis viennent les Pessoukei DeZimra, les psaumes du roi David, dans lesquels se développe en nous la joie. Et alors intervient la Kriyat Chema, la lecture du Chema, qui permet l'unité des deux expériences: Hachem Elohenu, Hachem Echad.
Et à partir de là, la prière devient possible. Vous vous rappelez de tout ça ? La Keteret, elle est partie des Korbanot. Non, ça n'existe pas qu'on ne fait pas: tous ceux qui relèvent du judaïsme dit orthodoxe font les Korbanot. Maintenant, de ce point de vue, il y a une différence entre nos frères séfarades et nos frères ashkénazes. Nos frères séfarades sont suspects. Oui: le problème de nos frères séfarades, c'est qu'ils risquent de ne pas dire les Korbanot.
Alors on les contraint à le faire à la synagogue. C'est pour cela que, dans le service synagogal séfarade, les Korbanot sont récités à la synagogue. Tandis que nos frères ashkénazes sont beaucoup plus fiables, on leur fait confiance pour qu'ils les disent à la maison. Pourquoi les Korbanot ne seraient-ils pas obligatoires ? Il faut dire les Korbanot. Et donc, comme les ashkénazes sont très sérieux, nous savons qu'ils les ont dits, à la maison.
Ils n'ont donc pas besoin qu'on les oblige à le faire à la synagogue. C'est tout simple. D'ailleurs, le Hodou, qui est récité au début des Pessoukei DeZimra, ne fait pas en vérité partie de ces psaumes: il est le complément du Korban Tamid. Quand on présentait le Korban Tamid, le sacrifice quotidien, on récitait ce psaume-là: Hodou LaChem Kiru Bishmo, etc. Et donc… C'est fini là ? Bon. Vous vous rappelez de tout ça ? On avait étudié comment cela fonctionne.
Cela passe donc de la crainte à la joie, puis à l'unité, et ensuite à la prière. Chez les kabbalistes, il y a une ascension qui correspond à cela. On commence par le monde le plus bas, qu'on appelle le monde de la fabrication, Olam Assiya. Et cela, c'est dans les Korbanot. C'est-à-dire que dans les Korbanot, on s'occupe de purifier le monde de son impureté, le monde le plus bas.
Après on arrive à un monde d'harmonie, le monde de la formation, Olam HaYetzira, dans lequel il y a une atmosphère angélique, celle où les anges se manifestent et entretiennent des dialogues entre eux. On en a la préscience quand on voit la beauté de la nature, et c'est cela dont parlent les Pessoukei DeZimra. Après, on arrive au monde qu'on appelle le monde de la création, Olam HaBeriya, qui correspond à la lecture du Chema.
C'est une ascension, c'est-à-dire que, si on fait vraiment le travail comme il faut, on sent l'ascension de l'âme dans ces différents mondes. Et puis on arrive au monde de la proximité, Atzilout, « être auprès de moi », en hébreu etzli. Atzilout veut dire proximité, c'est une des significations du mot, et c'est ce qui se passe dans la Amida. Chez les kabbalistes, la répétition de la Amida est considérée comme un niveau encore plus supérieur: c'est le monde de la Keter, le monde de la couronne.
Et puis, après la prière, on redescend. On redescend dans la lecture de la Torah, puis après, dans Achré, Ouvad et Tzion, Mishebeah, le psaume quotidien, on arrive à Olam HaYetzira. Puis il y a à nouveau un peu de Korbanot, et Alenou LeChabeah, et on se retrouve dans Olam Assiya. Voilà. Il me semble, du fait que tu as levé les doigts, que tu as une question. Oui, de quoi s'agit-il, Charlie ? Alors, c'est pour cela que, pour les kabbalistes, l'ordre de la prière est très important. N'est-ce pas ? Bon, oui ?
— Oui. Alors, pour Mincha, chez nos frères séfarades et chez les Hassidim, on récite un psaume, n'est-ce pas ? — Non, d'abord il y a Achré. Mais avant Achré, il y a le Korban Tamid et la Ketoret. C'est-à-dire qu'on reprend ça, mais il n'y a pas le Chema. Dans Arvit, il y a le Chema, mais il n'y a ni Korbanot ni psaume.
C'est une des raisons pour lesquelles on a la coutume de coller Mincha à Arvit, pour compléter cela. — Oui, à Chahrit ça prend plus de temps. — Parce qu'à Chahrit, c'est le point de départ. Il faut démarrer, et démarrer, ça prend du temps. C'est ça ? — Ouais, on est déjà en route, le starter a marché… Alors, ça va. D'accord ? C'est pour ça que ça marche.
Il est vrai qu'il y a une Mahloquet dans la Guemara pour savoir quelle est la prière la plus importante, mais les kabbalistes mettent un accent particulier sur Chahrit. Enfin, pour revenir à nos moutons, des moutons des Korbanot justement, je voudrais que nous fassions une petite étude de la Kriyat Chema.
La Kriyat Chema n'est pas une prière, vous le savez. Le Chema, ce n'est pas une prière. C'est de la Torah. C'est-à-dire, à la différence de la prière, qui est un retour du bas vers le haut, le Chema est une lecture de la Torah. Cela fait partie de l'étude, et cela se passe donc de haut en bas. On se met à étudier, …
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