Retzé : demander un surplus de paix et de service
Pourquoi les trois dernières bénédictions de la Amida demandent un surplus de ce qui existe déjà, et que demande la bénédiction Retzé.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le verset Adonaï Sefataï Tiftah et le sens du halel, 54 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Remercier et demander
Alors, nous sommes dans la bénédiction de Retsé. Retsé est la première des trois dernières. Les trois dernières sont des bénédictions qui viennent remercier. Vous vous rappelez de ça ? Il y a trois éléments dans la prière: la louange, la requête et le remerciement. C'est-à-dire que je viens demander quelque chose. L'essentiel de la prière, c'est ce que je veux demander. Mais c'est un problème de politesse, disons à partir de la morale humaine: on ne demande pas sans avoir d'abord loué, et on ne reçoit pas sans avoir remercié.
Donc vous avez les trois premières bénédictions, qui sont des bénédictions de louange, et les trois dernières, qui sont des remerciements. Tout cela a l'air bien simple, n'est-ce pas ? En vérité, c'est faux. Ça semble être faux. C'est parce que la deuxième des trois dernières bénédictions correspond tout à fait à ce qu'on dit: c'est Modim. Modim, ça veut dire « nous remercions », « nous reconnaissons ». Mais la bénédiction de Retsé semble demander quelque chose: « Ramène ta présence à Sion, dans le Temple ». Et la troisième des trois dernières bénédictions, qui est donc la dix-neuvième, vient demander la paix, Sim Chalom.
Donc on vous dit que les trois dernières bénédictions sont des bénédictions de reconnaissance, de remerciement, mais il semblerait qu'une seule des trois corresponde à la définition même. N'est-ce pas ? C'est donc qu'en fait les trois dernières bénédictions sont des bénédictions de reconnaissance, mais il y en a deux sur trois qui sont déguisées. C'est-à-dire que, quand on vient demander quelque chose, on demande quelque chose que l'on n'a pas. Tandis que dans la première et la troisième des bénédictions de la fin, qui sont donc la dix-septième et la dix-neuvième, on a l'air de demander quelque chose qu'on n'a pas, mais en vérité on demande quelque chose que l'on a. Que l'on a, mais qu'on demande simplement de se manifester plus fortement.
J'entends par là que, quand on demande la paix, par exemple, si la paix n'était pas déjà donnée, le monde serait détruit. Mais il y a des guerres. S'il y a des guerres, en plus de la paix, en plus de l'état de paix, il y a un état de guerre. Mais il y a tout d'abord une paix. Exemple de cela, la fameuse phrase d'Enrico Macias: « Oseh chalom bimromav », celui qui fait la paix dans ses hauteurs, qu'il la fasse aussi sur nous. Cela suppose donc qu'il y a déjà un état de paix dans les hauteurs. Il y a également une version de Doudou Fischer, mais vous connaissez moins.
Ve'al Kol Yisraël ve'imru amen. Je vous aime. Donc il y a l'Oseh chalom de l'homme du Brom, c'est-à-dire qu'on suppose qu'il y a quelque chose de permanent, qui est en paix dans le monde, sans quoi ça ne marcherait pas. Mais on demande que cette paix se manifeste. Par contre, quand on demande, par exemple, la sortie de l'exil, dans les bénédictions qu'on a demandées, eh bien, cela veut dire qu'il y a exil et qu'on demande à en sortir. Ou bien, par exemple, qu'on demande la reconstruction de Jérusalem: cette bénédiction peut très bien marcher si Jérusalem est totalement détruite.
Par contre, ce qu'on demande dans les trois dernières bénédictions, en fait, c'est un surplus sur ce qui existe déjà. Et donc, de ce point de vue-là, c'est une forme de reconnaissance, puisqu'on demande un surplus. Eh bien, si je demande du rab, ça veut dire qu'il y a déjà eu le repas. Oui.
— Jérusalem, par exemple, aujourd'hui, au contraire, mais la bénédiction aurait un sens, même à l'époque où Jérusalem était totalement détruite. Non, non, non, non. Quand Jérusalem aura fini d'être reconstruite, on supprimera cette bénédiction, on la remplacera par une autre formule. D'accord ? Et donc, de quoi s'agit-il là ? On demande que soient agréés les sacrifices d'Israël. N'est-ce pas ? C'est ça, par exemple, dans Retsé.
Nous allons étudier maintenant la bénédiction de Retsé. Je vais la lire. J'ai ici un texte séfarade, donc je vais lire dans le texte séfarade; il y a des variantes chez les Ashkénazes, les Yéménites et d'autres. « Retsé Hachem Elokeinou be'amkha Israël ouletfilatam cheé »: agrée, Éternel notre Dieu, ton peuple Israël, et exauce leur prière. Le problème, c'est qu'on a déjà demandé ça, dans Choméa Téfila, vous vous rappelez ?
Alors pourquoi revenir là-dessus ? Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Non, non, ce n'est pas une question que je vous pose. C'est une question que je pose, mais que je ne vous pose pas. Il y a une différence. Quand on nous donne un cours, il est toujours difficile de faire la différence entre une question qui est adressée à l'auditoire et une question qui est présentée pour éveiller l'attention, pour continuer le fil, pour continuer la marche du cours. Dans ce cas précis, c'est une question qui ne vous est pas adressée, donc je m'en fiche pas mal de ce que vous avez à dire. Mais, n'est-ce pas ? Ce qui est important pour moi, c'est ce que moi je veux dire là-dessus.
Voilà. Donc je reviens sur notre idée. Revenir sur une chose ne veut pas dire que ce que tu as à dire n'est pas important; ça peut être très important, très riche de sens, mais, par pur égoïsme spirituel, je veux simplement enseigner. Donc j'en reviendrai.
Donc, « Ve'tiflatam cheé », ou bien, dans la version ashkénaze, « Ve'tefilatam »; enfin, peu importe: on demande ici que les prières soient exaucées. Il y a une différence entre la demande de réception des prières, d'écoute des prières, telle qu'elle est mentionnée dans la bénédiction précédente, et telle qu'elle est mentionnée ici. Dans la bénédiction précédente, il s'agit de la prière en tant que prière. Ici, il s'agit de la prière en tant que remplacement des sacrifices. Et ce n'est pas du tout la même chose.
C'est-à-dire que, depuis que le Temple a été détruit, il n'y a plus de sacrifices, mais les sacrifices ont été remplacés par la prière. Et alors, la prière n'existait pas à l'époque des sacrifices ? Bien sûr qu'elle existait. C'était autre chose. Non seulement elle n'était pas imposée, mais elle avait une autre fonction. Je vais m'expliquer un peu plus. Il y a en fait une antithèse, une contradiction entre le travail qui est fait par la prière et le travail qui est fait par le sacrifice.
Le sacrifice a pour but de conserver l'état du monde, c'est-à-dire que le monde ne soit pas ébranlé. Il reste en équilibre. C'est ça, le but du sacrifice. Il ne s'agit pas de rétablir, mais de préserver l'équilibre du monde. Tandis que la prière est un acte révolutionnaire. La prière vient demander la transformation, le changement du monde. Donc, si vous voulez, le sacrifice est conservateur et la prière révolutionnaire. Et donc, en fait, ça devrait être totalement distingué l'un de l'autre.
Mais comme les sacrifices ont été abolis, et qu'il fallait quand même continuer le travail des sacrifices, la prière a reçu sur …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
89 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Rav Kook, Pensée juive, Tefila, Émouna, Prière.
- 45
La troisième bénédiction du Chema, Emet VeyatsivPourquoi la vérité et la beauté vont ensemble, et ce que signifie Emet, Yatsiv et Gaal Israël. - 46
La résurrection des morts, cœur de la deuxième bénédictionPourquoi la Guemara fait de la résurrection des morts la mesure des capacités de Dieu, et ce que le Maharam de Médina entend par ressusciter. - 47
Gaal Israël, la prière et la conscience historiquePourquoi la bénédiction de Gaal Israël précède la Amida, et ce qu'elle dit de la référence divine après la destruction du Temple. - 48
Techouva shelema : le retour dont on ne connaît pas les effetsRav Kook distingue la techouva formelle de la techouva achevée, et montre pourquoi on ne sait jamais si la sienne est complète. - 49
Retzé : demander un surplus de paix et de servicePourquoi les trois dernières bénédictions de la Amida demandent un surplus de ce qui existe déjà, et que demande la bénédiction Retzé. - 50
Le verset Adonaï Sefataï Tiftah et le sens du halelPourquoi la prière ajoute le Psaume 51 : le verset ouvre les lèvres, et le halel est un semblant de louange. - 51
La prière n'est pas naturelle, elle devient naturellePourquoi la prière n'a rien d'instinctif, et comment la neshama finit par la rendre naturelle. - 52
Modim : la louange de Dieu selon le MaharalComment louer le Créateur sans le diminuer, et pourquoi la reconnaissance passe avant la métaphysique. - 53
Pourquoi on ne se lève pas pour prier : la lourdeur de têteLe Talmud rejette l'amertume, la faute, la crainte et la beauté comme fondements de la prière. - 54
La résurrection des morts et le retour en Erets IsraëlComment Rav Kook lit la deuxième bénédiction : le peuple dispersé comme ossements, puis la résurrection par le retour.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav