Le Maharal et le midrash des lettres de la Création
Pourquoi Dieu rejette le Taf et le Chine, et comment le monde imparfait tend vers la perfection.
Benjamin Gross
Ensuite : L'humilité de la mère face à l'orgueil, selon le Rav Partouche, 42 min
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Dans notre première séance, nous avons fixé le cadre historique et géographique dans lequel le Maharal a travaillé, c'est-à-dire le XVIe siècle, dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Tchécoslovaquie, donc la Bohême, la Pologne, le centre de l'Europe. Nous avons ensuite parlé surtout de son activité littéraire, de sa volonté de rester à Prague, et également de son œuvre.
Notre dernière séance avait été consacrée à une des œuvres du Maharal, à savoir le Ner Hamaaravi, sur l'exil. Je rappelle qu'il est traduit en français, on le trouve donc en français. André Neher lui a également consacré un livre extrêmement important. Nous avons surtout mis l'accent sur la manière dont le Maharal rédige ses œuvres. Nous avions dit que quel que soit le sujet qu'il traite, un sujet en général théologique, il l'exprime toujours par le midrash, c'est-à-dire par la Haggadah du Talmud.
Je rappelle que le Talmud est composé de deux parties, la halakha et la Haggadah. En général, la Haggadah était extrêmement négligée parce qu'on ne la comprenait pas, tandis que le Maharal estime que la Haggadah est la philosophie même du judaïsme. Et qu'en ce qui concerne cette philosophie, il n'y a pas lieu, comme avait tenté Maïmonide, de faire une conciliation ou même une rencontre entre la philosophie grecque et la pensée juive. La pensée juive, de son propre fond, est capable de soulever l'essentiel des problèmes et d'essayer de leur donner une solution. C'est pourquoi nous avions proposé de donner des exemples de la manière dont le Maharal envisage la Haggadah du Talmud.
Notre dernier cours portait sur un verset de l'Exode, de Chemot, en ce qui concerne le Khomer, la matière, le rapport à la matière. Nous avons vu comment le Maharal interprétait ce passage, en nous montrant que la Haggadah ne vient pas corroborer des faits, ne vient pas nous renseigner sur des faits, que ces faits soient physiologiques, géographiques ou organiques. La pensée de nos sages, les Hazal, est une pensée qui vise l'abstrait, qui vise à nous donner des renseignements métaphysiques, je dirais. Ils s'exprimaient d'une certaine manière, et le Maharal veut retrouver le fond de cette manière et nous expliquer le sens du vocabulaire qu'employaient nos sages, lorsqu'ils s'exprimaient d'une manière très différente de la philosophie grecque, mais dont la pensée n'était pas moins rigoureuse que la leur.
Aujourd'hui, nous allons voir un second exemple de la façon dont le Maharal envisage l'écriture et la pensée du judaïsme. Cette seconde leçon est donc consacrée à une Haggadah, non pas du Talmud, mais d'une œuvre du midrash, sans doute plus ancienne, bien qu'elle ne soit exprimée d'une façon claire qu'au cours du VIIe siècle. Il s'agit d'un midrash dont le Zohar a également repris la pensée, et qui est très souvent présenté par le Maharal. Nous allons le voir aujourd'hui dans la manière dont il le présente au chapitre 34 de son livre Tiféret Israël, c'est-à-dire la gloire d'Israël. Il y explique le midrash, mais nous fait également pénétrer d'une façon plus profonde dans l'intimité de sa propre pensée. Voici donc d'abord le midrash, tel qu'il se présente dans la manière dont le Maharal l'explique.
Il est vrai qu'il y a plusieurs façons de raconter ce midrash, mais nous appliquons ici la manière dont le Maharal le présente. Le midrash nous dit que lorsque Dieu a voulu créer le monde, toutes les lettres sont venues le supplier de bien vouloir créer le monde par leur intermédiaire.
Naturellement, la première lettre qui s'est présentée, c'est la lettre Taf, une lettre de l'alphabet qui est la plus imposante, puisque c'est la dernière lettre de l'alphabet. Elle a une valeur numérique de 400, c'est-à-dire le maximum. Par conséquent, cette lettre, qui se voulait imposante, tant par sa graphie que par son contenu particulier, demande à Dieu de commencer la création du monde par la lettre Taf. Dieu la considère, puis il dit non, je ne peux pas accepter le Taf. Pourquoi ? Le midrash explique que Taf c'est Mavet, la mort. Dieu dit: effectivement, il y a la mort dans le monde, mais la mort n'est pas la raison d'être de la création. Donc je ne peux pas commencer la création du monde par la lettre Taf.
Le Taf s'en va, naturellement très mécontent. Vient alors la seconde lettre, celle qui suit le Taf, c'est-à-dire le Chin. Le Chin a une valeur numérique de 300, et il dit: puisque le Taf n'a pas été accepté, accepte-moi et commence le monde par moi. Dieu considère le Chin, puis il dit non, je ne peux pas accepter la création du monde par le Chin, car Chin c'est Sheker, le mensonge. Il est vrai que ce monde est un monde de mensonges, et qu'il y a du mensonge dans le monde, mais ce n'est pas la raison pour laquelle le monde a été créé. Donc je refuse également le Chin.
Vient ensuite le Resh, qui dit: commence le monde par moi. Dieu considère le Resh, et lui dit: non, je ne commencerai pas non plus par toi, car Resh, c'est Racha, le méchant. Il y a de la méchanceté dans le monde, mais ce n'est pas la raison d'être du monde. Je ne commence pas non plus par toi, et le Resh s'en va également. Et ainsi de suite apparaissent toutes les lettres de l'alphabet, et Dieu les récuse les unes après les autres, en prenant pour motif un mot qui commence par cette lettre de l'alphabet. Dieu considère que ce ne sont pas des motifs valables pour créer le monde. Ainsi toutes les lettres sont récusées, jusqu'à ce que l'on arrive au Beit.
On arrive au Beit, et Dieu considère cette lettre et dit: oui, par toi je commence. Baroukh Haba Beshem Hachem, béni soit celui qui vient au nom de Dieu. Baroukh Beit, je commence effectivement par toi. Aussitôt dit, aussitôt fait: Dieu commence la création du monde par la lettre Beit. C'est ce qui est dit dans la Torah: la Torah commence par la lettre Beit. Béréchit bara Elohim et hachamayim ve'et haarets, au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Le récit du premier chapitre de Béréchit, de la Genèse, est le récit de la création, et il commence par le Beit. Dieu crée le monde avec la lettre Beit.
Il y a une lettre qui n'a pas présenté ses lettres de créance, je dirais, devant Dieu: c'est l'Aleph. Il vient et dit: les autres lettres, tu les as récusées, mais au moins elles se sont présentées. Et moi, la plus petite, de valeur numérique 1, je suis derrière et je n'ai même pas présenté mon cas. Dieu dit: tu as raison, tu as raison, mais écoute, c'est trop tard. Le monde est déjà créé, il est presque terminé, le chantier est en pleine construction, je ne peux plus rien faire, le monde commence par un Beit. Mais je vais te donner une compensation. Et quelle est la compensation ? Je te promets que lorsque je me révélerai aux enfants d'Israël au mont Sinaï, je commencerai par toi. Et effectivement, les dix commandements de la révélation, les Aseret Hadibrot, commencent par la …
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