Maïmonide : la matière, la forme et l'intellect
Le Rambam explique que les facultés de l'âme ne servent à rien sans la connaissance de la vérité, qui en est la forme.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le diagnostic moral selon Maimonide, troisième chapitre, 54 min
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Donc, ce que nous avons vu jusqu'à présent dans le premier chapitre, c'est que nous sommes à la fin du premier chapitre, et que le Rambam nous a expliqué qu'il y avait cinq fonctions différentes de l'âme humaine, qu'on appelle en hébreu Zan, Margish, Medameh, Mitoreh et Sirkli. La première correspond à la partie physiologique, le Zan, tout ce qui relève des fonctions physiques de l'homme.
Puis il y a la deuxième partie, ce sont les sens, les cinq sens: l'ouïe, la vue, l'odorat, le goût et le toucher. Ensuite la troisième partie, l'imaginatif, qui comprend à la fois l'imagination et la mémoire des sens. La quatrième partie est le lieu des émotions, des motivations, l'amour, la haine et tout le reste.
La cinquième partie est la partie intellective, celle qui est capable de comprendre des choses. Eh bien, ces cinq parties, nous dit le Rambam à la fin du premier chapitre, sont comme de la matière. Qu'est-ce que la matière ? La matière, c'est un potentiel. C'est une expression employée dans les réunions de parents d'élèves pour dire que cet enfant a très mal passé son premier trimestre, mais que nous espérons que son potentiel s'exprimera, passera à l'acte au prochain trimestre. Nous vous encourageons, chers parents, à investir dans des cours de rattrapage.
C'est ce qu'on appelle le potentiel. Il y a également le passage à l'acte. Le passage à l'acte, c'est ce qu'on appelle la forme, ce qui fait la spécificité de la chose. Il y a donc, dans toute chose du monde, deux aspects que l'on peut considérer: la matière et la forme. Le féminin et le masculin, le passif et l'actif, la puissance et l'acte. Voilà.
Donc, nous en étions là, au moment où est arrivé le micro. Nous sommes arrivés à cette idée qu'on peut très bien être en très bonne santé, avoir des sens très développés, avoir une imagination bien construite, avoir des midot bien établis, et même être intelligent. Mais tout cela n'est qu'un potentiel. Il faut quelque chose qui vienne…
Disons investir cette âme. C'est ce qu'on appelle la forme de l'âme, et c'est ce que dit ici le Rambam. Cette forme de l'âme s'appelle en hébreu sekhel, c'est-à-dire l'intellect. Alors je reprends ici le texte: Aval… Non, veda, sakhe. Exposer les forces et les parties. Hi kakhomer est comparable à de la matière. Ve-ha-sekhel la-tsoura, et l'intellect est sa forme. Ve-im lo kibel ha-tsoura, et lorsque la matière n'a pas reçu sa forme, yihye, ce sera, keilou, comme si… metsiouta ha-hana she-ba lekabel ha-tsoura …
…l'existence de cette prédisposition à recevoir cette forme, ve-ein ha-tallah, en vain. Ve-keiluhim etzihout hevel: c'est comme si elle était une existence vaine. C'est-à-dire que si vous avez un nefesh qui n'a pas reçu le sekhel, ça ne sert à rien.
— Qu'est-ce que tu dis ? Non, le sekhel et le sirkli, ce n'est pas du tout la même chose. Très bien, très bien. La question est très bonne.
Le sirkli, c'est une capacité d'acquérir des connaissances. N'est-ce pas ? Le sirkli, la partie intellectuelle, me permet d'acquérir des connaissances. Mais tant que je ne suis pas habité de la connaissance elle-même, je n'ai pas encore reçu le sekhel. Le sekhel, c'est la vérité elle-même. D'accord ? Donc tout cela me sert à une chose: connaître la vérité. La vérité est la forme de l'âme humaine. C'est plus clair maintenant ?
C'est pour ça que j'ai besoin d'un corps, c'est pour ça que j'ai besoin d'une imagination, c'est pour ça que j'ai besoin de beaucoup de choses. Mais tout cela doit me servir, finalement, à connaître la vérité, qui est le sekhel, l'intellect en lui-même. D'accord ? Et si je n'ai pas acquis cette connaissance, eh bien je ne sers à rien. Je suis comme un chat qui, écrasé par une auto, n'a pas de part au Olam Haba. Vous avez déjà vu ça, vous ?
Un chat écrasé par une auto ? Non, jamais. Un jour, mon fils est revenu à la maison, effrayé, et m'a dit: « Papa, j'ai vu un chat écrasé par un camion, il ne s'est pas envolé au ciel. » D'accord ? Ça a été terrible pour lui. Le chat ne s'est pas envolé au ciel. Oulo ha-shamayim. C'est-à-dire que le chat n'a pas la capacité de recevoir en lui cette partie éternelle qui est le sekhel.
C'est donc, d'accord ? Tandis que l'homme, lui, en est susceptible. Jusque-là, vous me suivez ? Et il amène ici un verset: Ve-hu omer, c'est ce que dit le roi Salomon dans le livre de Michlei, dans les Proverbes. Ce n'est rien à voir avec l'historien français du même nom. Gam bli da'at nefesh lo tov. S'il n'y a pas de connaissance, l'âme n'est pas bonne. Ratsa lomar, il veut dire:
que l'existence d'une âme qui n'a pas reçu la forme, ava ltiyé nefesh bli da'at merasté, une âme sans connaissance, lo tov, ce n'est pas bien. Vous avez compris ce que dit le Rambam ? Oui ? Vas-y.
— Ah oui, effectivement, les chrétiens disent une chose pareille: l'intelligence est l'ennemi de la émouna. Ils ont tout à fait raison, d'ailleurs, de leur point de vue.
Étant donné que leur émouna est absurde, ils le disent d'ailleurs: credo quia absurdum. J'y crois bien, que ce soit absurde ! Parce que c'est… oui, quia, parce que c'est absurde. Donc l'absurde fait partie de la émouna. Si on commence à réfléchir en termes de logique, alors on s'oppose à la émouna. Pour les chrétiens, l'intelligence est un Satan. D'accord ?
C'est pour cela que celui qui utilise l'intelligence doit savoir à quoi il s'attend, c'est-à-dire à l'enfer. Alors que la tradition d'Israël pense que Dieu n'est pas ennemi de l'homme. Comme Dieu n'est pas ennemi de l'homme, il ne l'a pas créé avec un défaut terrible qui l'empêche de connaître Dieu. Au contraire, pour le Rambam, c'est à travers l'intelligence qu'on peut arriver à la connaissance de la vérité. Et la vérité est identique au Créateur lui-même. C'est bien clair ?
Il y a parfois, dans le judaïsme, des tentations d'adopter le point de vue chrétien, c'est vrai. On entend souvent des rabbins vous dire: l'intelligence, au contraire, n'en servez-vous pas, il vaut mieux être ignorant, c'est comme ça que vous serez aimé de Dieu. Ce qui est un blasphème. Cela veut dire que le Créateur a besoin d'imbéciles pour être connu sur terre.
— Je sais bien, je ne fais que le regretter encore plus.
Oui, je sais bien, c'est encore plus grave. Tu ne fais qu'aggraver ton cas, n'est-ce pas ? Attention, ce n'est pas du tout la même chose. Rabbi Nahman de Breslev a averti ses élèves de ne pas étudier la philosophie. Il dit: si vous y touchez, vous êtes fichus. D'accord ? Parce que cela va vous entraîner vers l'hérésie. Simplement, Rabbi Nahman de Breslev lui-même dit que le tsadik a le devoir d'étudier la philosophie.
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