Hanouka et l'histoire post-biblique selon les Hakhamim
Pourquoi l'histoire entière est sainte, et comment la révolte contre la Grèce s'inscrit dans ce projet.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Hanouka, les huit degrés de lumière et les sphirotes, 55 min
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## L'histoire comme projet de sainteté
Vous savez que la fête de Hanouka se situe dans un contexte historique important: c'est un contexte post-biblique. Non seulement cela se passe après la Torah, mais, plus encore que la fête de Pourim qui se situe encore dans le cadre de l'époque biblique, cela se passe à une époque post-biblique, c'est-à-dire une époque où il n'y a plus de prophètes. Mais cela s'insère dans une conception très particulière de l'histoire pour les hachamim.
Vous savez que pour les hachamim, l'histoire, contrairement à ce qu'on enseigne dans la tradition occidentale, ne se divise pas en deux parties. Il y a une partie qu'on appelle l'histoire sainte, ce qui suppose une autre partie qu'on appelle l'histoire profane. Vous savez que c'est une notion très connue dans l'atmosphère chrétienne ou proto-chrétienne dans laquelle se situe l'Occident.
On a l'habitude en Occident de dire qu'il y a ce qu'on appelle l'histoire sainte. Vous connaissez ça ? Un manuel d'histoire sainte, des choses de ce genre. Ce qu'on appelle l'histoire sainte, c'est l'histoire biblique. Du point de vue des chrétiens, cela continue même après, jusqu'à la fondation du christianisme. Cela suppose donc qu'il y a une partie de l'histoire qui est sainte, et une autre partie qui ne l'est pas. Or ce que la Bible nous enseigne, c'est quelque chose de très important: l'histoire est sainte. C'est-à-dire que l'histoire, dans son ensemble, depuis ses origines jusqu'aux dernières élections législatives ou communales, fait partie d'un projet de sainteté.
La clé de cela a été révélée à l'époque où il y avait encore des prophètes, et ce que les prophètes nous ont appris, c'est comment considérer l'histoire dans son ensemble. Donc, même une partie de l'histoire qui se situe après que la révélation directe a cessé, après qu'il n'y a plus de prophètes, a un sens.
Alors, la dernière fois qu'on avait parlé de Hanouka, on avait compris que les hachamim ont vu l'affrontement avec la Grèce dans la partie du récit de la création qui s'appelle Rocher. Vous vous rappelez de cela ? C'est-à-dire que, selon la tradition, il y a un moment où l'histoire tombe dans la catastrophe. C'est une sorte de désordre.
Le désordre se produit lorsque des empires essaient de s'emparer du monde. C'est très intéressant, parce que d'habitude les empires disent qu'ils viennent régler les problèmes du monde. Les empires viennent unifier la création, unifier l'humanité. Et ces tentatives sont considérées par la Torah comme une catastrophe. C'est ce qu'on appelle le tohou vavohou, le tohu-bohu, comme on dit en français. C'est là que le monde tombe dans la catastrophe, parce qu'il y a une tentative d'imposer un mode particulier d'identité humaine aux autres modes. Par exemple, le mode hellénistique. On considère que tout le monde est grec, avec, disons, des variations folkloriques locales. Il y a une manière grecque d'être grec, il y a une manière égyptienne, une manière babylonienne, une manière juive d'être grec. Donc tout est en grec, puisque le grec, c'est l'homme de base, c'est l'humanité ultime.
Dans tout cela, dans cette unité de civilisation, il y a des particularités qui ne méritent pas d'être mises en absolu. Par exemple… — Le sous-homme est en dehors de l'humanité. Le sous-homme, c'est celui qui n'est vraiment pas grec du tout. Celui-là, c'est le barbare. Mais le projet d'Alexandre le Grand, c'est justement d'helléniser l'ensemble de l'humanité, c'est-à-dire, de son point de vue, de faire de tous les hommes des hommes. D'accord ? Oui, tu veux dire quelque chose ?
— Ce qu'on appelle la tolérance en France, c'est l'abolition des différences. C'est dans le système français, c'est très fort, cela. La laïcité nie le droit à la différence. Tout le monde doit être… toutes les femmes doivent être indécentes, mais par exemple le voile est considéré comme l'intolérable. Il y a une limite à la tolérance. On ne peut pas tolérer l'intolérable. Tolérer l'intolérable, c'est supporter. C'est l'extrémisme dans la pudeur. C'est vrai qu'on peut faire des critiques justifiées, mais pourquoi la critique va-t-elle dans un sens et pas
dans l'autre ? N'est-ce pas ? L'indécence étant la norme, disons, elle peut même être poussée à l'extrême. Mais le voile, non, cela ne marche pas. D'accord ? Et il y a un problème de définition. Il y a des contradictions internes terribles dans la laïcité française, contrairement, par exemple, à la laïcité des États-Unis, qui est le cas d'une variété très particulière d'identités au sein du protestantisme. C'est-à-dire que tout le monde est protestant aux États-Unis. Il y a des protestants protestants, il y a des protestants juifs, il
y a des protestants catholiques, il y a des protestants hispaniques. Mais enfin, tout le monde est protestant d'une certaine manière.
Là aussi, il y a une sorte de tentative d'unification de la culture, d'une façon très subtile: mettre une couleur unique à toutes les différentes couleurs. D'accord ? Ce n'est pas de la même manière que dans le schéma français, mais cela existe aussi. En tout cas, l'hellénisme, c'était la première tentative de ce genre que nous ayons confrontée dans l'histoire, et c'est ce qui a commencé à Hanouka. Qu'est-ce que cela veut dire, « tous les pays démocratiques » ? Il y avait un goy du nom d'Aristote, très intelligent, dont vous avez certainement entendu parler, qui était grec, d'ailleurs.
Il a affirmé que les régimes politiques passent de l'un à l'autre. C'est-à-dire que la démocratie représente une phase de la société humaine, d'ailleurs passagère. Il y a un moment dans l'histoire des hommes où le système démocratique est le meilleur, mais ce n'est pas toujours le cas dans l'histoire des sociétés. Chaque société, d'après Aristote, doit passer d'un régime à l'autre. Il y a un moment où la société est démocratique.
D'accord ? On peut très bien considérer la démocratie comme la manière la plus pratique de vivre ensemble à un moment donné de l'équilibre des forces. Comment ? Tous les peuples sont faits pour être démocratiques à un moment de leur histoire. — Oui. — Oui ! C'est-à-dire que le système démocratique fait partie des options possibles du point de vue de la halakha. D'accord ? Cela peut marcher à un moment ou à un autre. Pensez que cela peut toujours marcher. Par exemple, il y a un présupposé très important du State Department: les Irakiens sont des démocrates américains. Et donc ils ne peuvent pas supporter la tyrannie de Saddam Hussein. Il est donc évident que le jour où un char américain aura passé la frontière irakienne, le peuple qui en a assez de la dictature va se révolter pour fonder une démocratie à l'américaine.
Je crois que cela a été démenti par les faits, ce qui est assez surprenant. Il y a eu un sabotage quelque part. D'accord ? C'est cette incapacité à voir que l'autre fonctionne d'une autre manière que toi. C'est un truc banal, quoi. C'est des choses qu'on commence à comprendre maintenant, après que les Américains se sont cassé les dents plusieurs fois avec ce qu'ils ont appelé le printemps arabe. Ils ont commencé à comprendre que le printemps était d'un autre climat qu'en Amérique. Donc ils ont …
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