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Hanouka, au-delà de la victoire militaire

Pourquoi le Talmud et le Maharal de Prague voient dans Hanouka plus qu'une victoire et un miracle d'huile.

1 h 28

Benjamin Gross

Ensuite : Hanouka, une fête sans trace dans le Tanakh, 52 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Alors, d'abord, un mot sur Hanouka d'une manière générale. Tout le monde sait ce que c'est que Hanouka: Al Hanissim, bala Pourkan, bala Gbourot, bala Tchouot, bala Milchamot. C'est-à-dire que Hanouka est tout d'abord une victoire militaire. Et c'est ce point de vue qui s'est imposé, puisqu'il s'est imposé aussi dans Al Hanissim, où nous remercions al hamilchamot, pour les guerres.

Guerres qui ont livré rabim beyad me'atim, un grand nombre dans la main d'un petit nombre, guiborim beyad khalachim, etc. Par conséquent, c'est une victoire militaire. Une victoire militaire dont il ne faut pas sous-estimer l'importance, étant donné qu'elle a assuré pendant deux cents ans l'indépendance politique et l'indépendance religieuse de la Judée.

Phénomène qui s'est passé en 165 avant l'ère chrétienne, 165 avant l'ère courante. Cette victoire militaire était contre la Syrie, qui se trouvait à ce moment-là sous obédience grecque, après la victoire des Ptolémées et des Séleucides en Syrie. Il s'agit donc d'un résultat extrêmement important, d'une victoire pour laquelle nous remercions D.ieu de nous avoir donné la victoire.

Mais si cela était, c'est-à-dire si véritablement Hanouka n'était que cela, il se pose une question. Il y a eu beaucoup de victoires dans l'histoire juive sur des armées ennemies, et personne n'a trouvé nécessaire de consacrer huit jours de fête à cause de cela, en disant le Hallel, etc.

Donc, le fait de la victoire militaire, avec toute l'importance qu'elle revêt, n'est pas suffisant pour expliquer ce qu'est la fête de Hanouka. Cela est tellement vrai que cette victoire est contingente. Elle a duré ce qu'elle a duré, on peut dire environ deux cents ans. Mais finalement, elle n'a pas laissé de trace, puisque l'empire hasmonéen est tombé entre les mains des Romains. Et par conséquent, cette victoire qui était bonne à son époque s'est perdue, et l'on ne voit pas pourquoi on la répéterait tant de générations après.

Pendant toute la période de la Galout, on a continué à fêter Hanouka. Si l'événement était purement militaire, dont encore une fois je ne sous-estime nullement l'importance, il ne serait pas suffisant pour justifier l'établissement d'une fête dans le calendrier juif.

Il y a donc un autre aspect de Hanouka. Et effectivement, les Sages du Talmud, qui ont rédigé le Talmud bien des années après la fête de Hanouka, se sont posé la question. Imaginez ! Deux, trois cents ans après, ils se demandent: qu'est-ce que c'est que Hanouka ? Pourquoi ? Parce qu'il n'était pas très clair ce que nous célébrons en ce qui concerne Hanouka.

Il est intéressant de voir que dans ce texte de la Guemara, dans le traité Chabbat, dans le perek Bamé Madlikin, on pose cette question: Maï Hanouka ? Et on répond que lorsque les Grecs sont entrés dans le Temple lors de la bataille des Hasmonéens, ils ont timou hachmanim, ils ont rendu impures les huiles, et il ne restait pas d'huile pure avec le cachet du grand prêtre, sauf pakh chemen, une petite fiole d'huile.

Et cette fiole d'huile, miraculeusement, a duré non pas un jour, mais huit jours. Dans ce texte de la Guemara, il n'est pas question de la victoire militaire d'une façon claire. Et dans le texte d'Al Hanissim, il n'est pas question du tout du pakh. Par conséquent, nous avons ici deux positions.

Mais je dis que déjà les Hakhamim, les Chazal du Talmud, se sont interrogés. Et ils ont dit: il n'y a pas que la victoire militaire, il y a encore autre chose. Il y a le paracha, autre chose. Il y a surtout l'huile qui a duré, le miracle.

Mais je vous demande: est-ce le seul miracle qui ait eu lieu au cours de l'histoire ? Il y en a eu, des miracles, nombreux. Cela n'a pas poussé les Sages à instituer une fête de Hanouka. Par conséquent, nous devrions, et nous devons, je pense, nous poser la question: qu'est-ce qui a incité les Sages d'Israël à établir une fête qui dure huit jours, où nous disons le Hallel, Al hanissim, où nous allumons les bougies, et qui a duré jusqu'à aujourd'hui et continue à durer ?

C'est-à-dire: qu'est-ce qui fait que l'événement contingent de Hanouka, qui a eu lieu, comme je le répète, en 165 avant l'ère, s'est perpétué à travers les âges ? Qu'est-ce qui fait qu'il revêt une dimension qui n'est pas seulement celle de l'époque, mais qui dépasse considérablement l'époque où cela s'est produit ?

Un de ceux qui, me semble-t-il, a posé la question d'une façon claire, évidente, et à mon avis extrêmement profonde, c'est le Maharal de Prague. Le Maharal a consacré à cette question tout un livre, qui s'appelle Ner Mitsva. J'ai eu l'occasion d'écrire un commentaire en français et en hébreu sur ce livre.

Ce que je vais vous dire ce soir est donc, en quelque sorte, un résumé de la manière dont le Maharal a envisagé la question, et qui me semble dépasser largement tout ce qui a été dit sur la fête de Hanouka. Je reprends l'élément principal: la question qui se pose est la suivante. Est-ce que cet événement contingent, limité, quel qu'il soit, militaire ou miraculeux, suffit ? Et ces deux ensemble, je voudrais le signaler, comme le Rambam, dans Hilkhot Hanouka, les a effectivement réunis: est-ce que même les deux ensemble suffisent pour instituer une fête ?

Vous savez que les fêtes, les Mikra Kodech, sont fixées dans la Torah: Pessa'h, Chavouot, Souccot, Roch Hachana, Kippour. Naturellement, Hanouka n'y figure pas comme Pourim n'y figure pas non plus. Mais pour instituer une fête et pour réciter le Hallel avec le Nom ou la Malkhout, avec le Nom de D.ieu, pour les Hakhamim, ce n'est pas une question quelconque. C'est une question véritablement vitale. Et par conséquent, il est extrêmement important de voir quelle est la situation.

C'est pourquoi le Maharal nous invite, dans un premier mouvement, à laisser de côté, tout d'abord, la question contingente de ce qui s'est passé. Il y a eu un événement historique, extrêmement important. Mais cet événement dépasse en importance le moment dans lequel il s'est produit.

En d'autres termes, il y a dans la fête de Hanouka une dimension éternelle, qui n'est pas seulement la dimension de l'époque. Ce n'est pas seulement la victoire militaire, avec toute son importance, ni même le miracle de la fiole d'huile. C'est quelque chose qui dépasse de beaucoup l'événement qui s'est produit, et qui introduit dans l'histoire juive, d'une manière générale, depuis lors et jusqu'à ce soir où je vous parle, un élément différent. Cet élément, si j'emprunte le vocabulaire qui est aujourd'hui courant, je dirais que c'est le choc des civilisations.

Le Choc des civilisations est le titre d'un ouvrage de Huntington, qui voit dans le monde moderne actuel des luttes qui ne sont plus des luttes entre nations, mais des luttes entre civilisations. Lorsque j'ai lu ce livre, et l'on peut en discuter, vous savez que la gauche dit qu'il n'y a pas de choc de civilisations, pas de choc de cultures, et qu'au contraire il faut faire le dialogue des cultures.

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