Les récapitulations des jours de la Création
Comment chaque jour de Béréchit suit un même schéma : projet, réalisation, jugement, récapitulation.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le septième jour et le projet de la création, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Nous avons fait un plan, plus ou moins, du premier chapitre de Béréchit. On a vu que ce chapitre se divise en trois parties: le verset 1, le verset 2, et le verset 3 jusqu'à 33. Ce sont trois parties inégales. La première est d'un verset, la deuxième aussi, et la troisième compte trente et un versets. Un plus un plus trente et un, ça fait trente-trois. Il y en a trente et un seulement ? Bon, alors vingt-neuf. Un plus un plus vingt-neuf, ça fait trente et un versets. Je me trompe ? Non. D'accord.
En quoi ça consiste ? On a vu que les trois parties se comportent à la manière d'une parabole. Le premier verset nous décrit un monde parfait: Béréchit bara Elohim et hachamayim ve-et haarets. Traduisons de manière bancale, mais disons populaire: au début, Dieu créa le ciel et la terre. On a vu que c'était faux de traduire comme ça, mais enfin. Dans l'ensemble, le premier verset nous décrit un monde parfait, puisqu'il est fait par Dieu. Dieu étant parfait, son œuvre est parfaite.
Le deuxième verset nous décrit un monde brisé, en désordre, dénué de sens. « La terre était et désolation, et les ténèbres sur la face de l'abîme, et un souffle divin surplombait au-dessus des eaux. » C'est donc un monde brisé.
Il y a donc contradiction entre le premier verset et le deuxième. C'est ça ? Bah si: un monde parfait et un monde brisé, ce n'est pas la même chose. C'est une manière, une tentative de répondre à ce que tu dis là. D'accord ? Mais d'abord, la question est légitime. Elle nous montre ici deux mondes différents, soit deux mondes, soit le même qui a subi une catastrophe. Par exemple, vous savez que pour les kabbalistes, notre monde… Comment ? Il y a une chute. D'accord.
Les philosophes parlent de la différence entre les choses telles qu'elles sont en vérité et telles qu'elles sont en réalité. En vérité, c'est comme ça, mais en réalité c'est autrement. Une très belle expression. Il est possible que ce soit vrai en théorie, mais en pratique ça ne veut rien dire, ça ne sert à rien, n'est-ce pas ?
Quant à moi, ça me rappelle quelque chose. Ici, il y a deux niveaux. Les kabbalistes, comme vous le savez, disent que notre monde n'apparaît pas sur une feuille blanche. Nous sommes dans un monde où il faut réparer une catastrophe antérieure, que les kabbalistes appellent la brisure des réceptacles, ou la brisure des vases, Chevirat HaKelim en hébreu. En tout cas, la Torah semble le faire comprendre. Il y a le monde parfait, il y a le monde imparfait. Soit on dit que l'un est après l'autre, soit qu'il est en parallèle de l'autre, mais il y a en tout cas un écart.
Et puis, à partir du verset 3, tout commence à s'arranger. On allume la lumière, on déblaye l'eau, on met quelques plantes vertes, on met des lustres, quelques petits animaux en cage, un fauteuil et un habitant. D'accord ? C'est vrai, c'est comme ça que ça a l'air. Le monde commence à s'arranger progressivement.
Si j'avais un tableau derrière moi, j'aurais dessiné une sorte de V. En haut, tout va bien; après, tout va mal; et après, ça remonte progressivement. Le secret de la réussite, d'après la Torah, c'est qu'on fait les choses progressivement. Il y a ce qu'on appelle la durée: dans la durée, tout s'arrange. Vous me suivez ? Bon.
Quand une réponse est mauvaise, on met un X. Quand la réponse est bonne, on met un V. Avez-vous remarqué que la barre de gauche du V est courte, et que la barre de droite va à l'infini ? C'est un peu ce qui est ici: le monde va bien au début, il chute, et il remonte à l'infini. Si vous dessinez ça d'un seul coup, vous avez une sorte de parabole. Et ce mouvement est une sorte de retour.
Dès le départ, il y a donc cette idée que le monde est invité à un retour. Le monde est en chute, mais il revient. Il remonte à son origine, et même quand il remonte, il va encore plus loin que sa perfection originelle. Me suivez-vous jusque-là ? Comment dit-on le retour en hébreu ? Techouva. Vous comprenez pourquoi nos sages ont dit: Techouva kadma laolam, le retour est antérieur au monde, avant la création du monde. Donc la création est un mouvement de retour.
Remarquez le deuxième mot, bara. On en a parlé la dernière fois. Qu'est-ce qu'on avait expliqué sur le mot bara ? J'avais dit ça parce que mon but était d'expliquer pourquoi on ne comprend rien à ce texte. Maintenant, essayons de comprendre un peu mieux, d'après l'étymologie. Pour comprendre l'hébreu, il est parfois nécessaire de comprendre l'araméen, comme pour comprendre le français on étudie le latin. Il y a des intuitions qui se trouvent dans la langue latine et qui sont transmises à travers le français.
Par exemple, le mot responsabilité vient de responsa, en latin, qui veut dire réponse. La responsabilité, c'est la capacité de répondre quand on posera une question: quand je serai interrogé, qu'est-ce que je répondrai ? Par contre, en hébreu, comment dit-on responsabilité ? Ahrayout, de aher, l'autre. Dans la responsabilité en français, c'est moi qui dois me défendre; dans la responsabilité en hébreu, c'est l'autre qui est important. C'est un mot tout à fait différent.
De même, quand je veux expliquer un mot en hébreu, il est important de savoir quelle est la langue du subconscient hébraïque. Pour des tas de raisons que nous allons étudier par la suite, c'est l'araméen. En araméen, bara veut dire: dehors. Si quelqu'un parle l'arabe ici, quand on dit brra, ça veut dire: avance, dehors, c'est-à-dire « ouste ». Dans l'étymologie du mot « exister », il y a ex, dehors, et ister, être: être dehors. Ça rejoint un peu l'intuition hébraïque.
Béréchit bara suppose donc qu'au départ, l'être a été mis dehors, en dehors de l'infini. Nous sommes des êtres finis, nous sommes en dehors de l'infini. Si j'ai la conscience d'être dehors, qu'est-ce que ça me fait ? Je me sens rejeté, et je veux rentrer. C'est une des positions possibles. Dès le départ, si j'ai vraiment la conscience d'être un être créé, je serai entraîné à une sorte de soif métaphysique: je voudrais revenir à mon origine.
Le mot bara dit donc déjà tout ce que le chapitre voulait dire. Le premier verset parle d'un monde parfait, le deuxième verset d'une chute, et à partir du troisième on revient. Mais tout cela était déjà écrit dans le premier mot. Dans le deuxième mot, pardon: dans le mot bara. Si on était suffisamment pénétrants, il nous suffirait d'étudier le premier mot de la Torah et on saurait tout. Mais nous avons des difficultés, alors on a besoin de tout le premier chapitre. Nous sommes très bêtes: nous avons besoin de toute la Torah, et même ça ne nous suffit pas. Nous sommes tellement bêtes que nous …
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