Roch Hachana, le temps qui use et la techouva
Rabbi Eliezer contre Rabbi Yehoshua : deux regards sur le temps, la chute du monde et la techouva qui l'élève.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le shofar, le roi et le kol intérieur de Roch Hachana, 56 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour tout le monde, on peut commencer ? Génial. Puisque j'ai toute votre attention, nous allons pouvoir commencer. Vous vous rappelez que la dernière fois nous avons étudié la controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua quant à la création du monde, n'est-ce pas ? Ou est-ce que je me trompe ? Je me trompe ? Non, alors il faut savoir si c'est vous ici. Je vais essayer de résumer les différentes opinions qui ont été exprimées.
Nous avons donc étudié un texte talmudique qui présente une controverse très développée entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua pour savoir quand le monde a été créé. De là, nous sommes arrivés à la conclusion que la fête de Roch Hachana n'est pas une fête qui commémore la création du monde, contrairement à l'idée reçue, mais qu'elle commémore la libération de nos ancêtres de l'esclavage.
Nos ancêtres étaient asservis en Égypte jusqu'au jour de Roch Hachana. Ce jour-là, ils ont été libérés du labeur. Ils ne sont pas encore sortis d'Égypte. Il y avait une différence: la sortie d'Égypte, c'est l'indépendance politique. Mais auparavant, il y avait la libération du travail, ce qui est quand même très important.
Il y a un point sur lequel nous n'avons pas encore assez insisté. Qu'est-ce que signifie cette controverse pour savoir quand le monde a été créé ? S'il a été créé en Nisan ou en Tichri. Est-ce qu'on a expliqué là-dessus ce que ça signifiait ? Non. Non. Pourquoi tu dis non ? Tu n'y étais pas ? Ah, d'accord. Alors je crois qu'il faut reprendre, même si ce sera un peu de répétition pour certains. Il y a un problème par rapport au temps.
Le temps. Vous savez que les événements se passent dans le temps. Nous, les hommes, la manière de vivre notre vie dans le monde, c'est à travers le temps. On commence à l'âge de zéro, et puis ça continue, ça peut aller jusqu'à 120 ans, et même plus. En tout cas, nous traversons le temps. Nous ne sommes pas les seuls, d'ailleurs. Des civilisations entières traversent le temps, et des civilisations qui durent des milliers d'années.
Ce que j'aimerais savoir: est-ce que le fait que nous vivions dans le temps est quelque chose de réjouissant ou au contraire d'attristant ? Est-ce que c'est quelque chose d'optimiste ou de pessimiste ? Oui. Pourquoi c'est optimiste ?
— C'est-à-dire qu'il y a une vision, disons, constructive des choses. On n'a pas beaucoup de temps, on est là pour un certain temps, alors il faut se dépêcher de réussir.
Ouais, on peut voir ça comme ça, effectivement. J'attends encore d'autres avis, pas forcément divergents. Vous avez peur de vous exprimer ? Vous ne savez pas ce que je vais vous faire. Mais ce n'est pas grave. Il y a une vision un peu différente de la tienne.
Il y avait un Français du nom de Paul Valéry. Vous avez entendu parler de lui ? Oui. Paul Valéry, qui était philosophe, écrivain, poète, un peu de tout. Paul Valéry a dit: les civilisations se savent mortelles. C'est un fait. Les civilisations montent sur la scène de l'histoire et disparaissent un jour. Vous avez entendu parler des Gaulois ? C'est un ancien peuple qui avait une civilisation.
Elle s'est développée sur un territoire d'Europe que vous connaissez peut-être. Eh bien les Gaulois, c'est fini, il n'y a plus de Gaulois. Plus personne ne parle le gaulois, les croyances des Gaulois ont disparu. Il en est resté peut-être un petit village, mais à part ça, pas grand-chose. Et on ne sait même pas à quoi servaient les menhirs. Vous savez ce que c'est, un menhir ? Les gros blocs de pierre, et ça.
On ne sait même pas. Tout ça, ce sont des suppositions. On ne sait pas vraiment à quoi servaient les dolmens et les menhirs. Donc, le fait que les Gaulois aient disparu, ils pouvaient s'y attendre. Toutes les civilisations savent qu'un jour ou l'autre, elles disparaissent de l'histoire. Et les civilisations encore plus évoluées que ça, c'est l'Égypte ancienne, par exemple, les Égyptiens. L'Égypte, c'était un truc énorme. Eh bien ça a disparu.
De même, il y avait une civilisation qu'on appelait la civilisation européenne. Vous avez entendu parler de ça ? Occidentale. C'est une civilisation dont on voit la disparition aujourd'hui, d'accord ? Il y a quelque chose d'extrêmement déprimant dans le fait que le temps passe, parce que le temps use tout. Il balaie tout. En hébreu, quand on dit que quelque chose se détériore,
en hébreu, ça se dit « balai », comme en français. Le balai, d'accord ? Tout est balayé par le temps. On peut donc dire, d'une certaine manière, que l'approche qu'on a du monde est une approche pessimiste. Il y a un mot qui désigne un cycle de temps, en hébreu, c'est le mot shana. Shana, ça veut dire quoi ? Une année. Pourquoi est-ce que ça s'appelle shana ? De quel verbe ça vient ? Non, pas l'ichon, les chanotes.
Je n'ai rien d'autre qui veut dire ? Changer. C'est le changement, le changement perpétuel. Le changement nous assassine. Ce n'est pas que nous tuons le temps, c'est le temps qui nous tue. Horrible, ce que je dis là. Ça veut dire que même si je fais des efforts, imaginez que je fonde une entreprise, une civilisation qui va durer 20 000 ans. Dans 30 000 ans, personne ne s'en rappellera. Vous comprenez ? C'est quelque chose d'extrêmement désagréable, en fait, de savoir
que nous vivons dans le temps. Il y a une saison de l'année qui exprime très bien ce sentiment: l'automne. L'automne est une saison dans laquelle tout ce qui était vivant disparaît. Le poète français Jacques Prévert a écrit, à l'enterrement d'une feuille morte, « deux escargots s'en vont ». L'automne est une réplique idéale de ce que représente le temps dans son ensemble: quelque chose de destructeur. Je vous ai assez déprimés ?
On peut voir les choses tout à fait différemment. On peut voir le temps comme un printemps permanent. Vous savez ce que c'est, le printemps ? C'est le moment du renouveau. Il est bien qu'il y ait des changements, comme ça on peut se renouveler, acquérir de nouvelles expériences, de nouvelles couches d'identité. Comment dit-on « se renouveler » en hébreu ?
Lehitchadech, d'où vient le mot Chodesh, qui désigne le mois. Le « moi », c'est le Khidouch. C'est la lune qui se renouvelle à chaque lunaison. On peut donc voir le temps comme quelque chose de réjouissant. Réjouissant pour qui ?
Pour le peuple d'Israël, qui se sait éternel. Étant donné que nous nous savons éternels, le temps ne nous fait pas peur. Il y a une expression en hébreu: Am netsakh lo yefakhed mi-derekh arokha. Le peuple éternel ne craint pas un long chemin. Cette phrase est très embêtante, en vérité. Étant donné que les Juifs se savent une nation éternelle, ils ne sont pas pressés de réaliser leur but, ce qui fait qu'on a tendance à repousser les échéances.
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