Roch Hachana, un jour de l'an au milieu de l'année
Pourquoi la Torah fixe une fête au premier de Tichri, et pourquoi elle est au cœur d'une nation plutôt que de l'individu.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Roch Hachana, le rendez-vous où l'année se décide, 54 min
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Je voudrais étudier avec vous le thème que nous allons étudier, c'est-à-dire les fêtes du mois de Tichri qui viennent à notre rencontre. J'ai demandé qu'on fasse une photocopie d'un texte talmudique. Vous avez beaucoup de chance, parce qu'une partie d'entre vous ont le texte devant les yeux. Seulement, il y a quelqu'un qui garde les feuilles pour lui. Moi, en tout cas, je suis sans feuille, et donc, pour l'instant, je suis désavantagé par rapport à vous.
Si je pouvais avoir une feuille comme ça, ce serait sympathique. Merci, très bien. Autre remarque: étant donné que j'ai fait mon alyah il y a un certain temps, j'ai certaines difficultés à m'exprimer dans votre langue. Vous allez devoir excuser mes déficiences graves dans la langue française, mais vous allez vous habituer, c'est comme ça. Le texte, vous l'avez devant les yeux.
C'est un texte tiré du traité de Roch Hachana. Vous prenez la page, il y a écrit 20, c'est la première. C'est le traité de Roch Hachana dans le Talmud. C'est difficile à lire, mais on va vous aider. Ce que je voudrais étudier avec vous, c'est tout simplement la fête de Roch Hachana. C'est une fête paradoxale, pour une raison très simple: elle tombe quel jour de l'année ?
Le premier ? Non, pas du tout, justement. Elle tombe au milieu de l'année. Le premier jour de l'année, c'est le premier Nissan. Et le mois de Tichri, qu'on a l'habitude d'appeler le premier mois de l'année, est en fait le septième. Vous avez donc un jour de l'an qui tombe au milieu de l'année, ce qui est en soi paradoxal. Qu'est-ce que c'est que ce calendrier bizarre ? De plus, si on entre dans la tradition talmudique, dans la Michna, on voit qu'il y a quatre jours de l'an: arba'a roshei hachanim hem. Il y a quatre jours qui sont appelés premiers jours de l'an. Et si on approfondit le texte talmudique, on découvre qu'il y en a sept. C'est assez compliqué. C'est quoi, une année qui commence quand elle commence, quand elle veut ?
En tout cas, vous pouvez assimiler ça, par exemple, à l'idée de l'année scolaire. L'année scolaire commence en septembre. Septembre n'est pas le premier jour, ce n'est pas le début de l'année. C'est-à-dire qu'il y a, dans le cours de l'année, plusieurs années.
L'année qui nous intéresse, c'est celle qui commence à Roch Hachana. Et la question que je me pose, vous allez me dire qu'elle est banale, mais c'est en fait une question très importante: pourquoi la Torah nous a-t-elle dit de faire une fête ce jour-là ? Une autre question, non ? Pourquoi la Torah nous a-t-elle dit de faire une fête le jour de Roch Hachana ?
— Attendez, avant d'essayer de donner une réponse, je précise… Ah, une question sur la question, oui.
— C'est le premier du mois de Tichri. C'est dans quelques semaines. C'est le jour où on sonne du shofar. Et le shofar est d'ailleurs un très mauvais conducteur, pour ceux qui savent comprendre les jeux de mots stupides.
En tout cas, avant d'essayer de répondre, je vais approfondir la question. Vous savez que tous les événements du calendrier hébraïque sont des événements qui viennent commémorer un événement national. Par exemple, le premier jour de Pessa'h, c'est à cause de la sortie d'Égypte, événement national. Le septième jour de Pessa'h, on a passé la mer Rouge. Le jour de Chavouot, on a entendu la révélation du Sinaï. D'accord ? Mais qu'est-ce qui s'est passé à Roch Hachana pour qu'on fasse une fête ? C'est ça, la question. Vous pouvez essayer.
— Tu vas faire une fête parce que tu es jugé ?
On ne fait pas une fête parce qu'on est jugé. Quand on vient être jugé, on est plutôt un peu coincé, mais on ne va pas faire une fête.
— C'est justement ça que je demande. C'est exactement ça que je demande. Vous avez peut-être des connaissances de culture juive générale. Hachedat Yitzhak, c'est-à-dire Akédat Yitzhak, le ligotage de notre ancêtre Isaac, c'est fait ce jour-là. C'est possible, bien que ce soit un peu controversé dans les textes. Mais dans la Torah, ce n'est pas dit. À part ça, l'Akédat Yitzhak, avec tout l'honneur et tout le respect que nous lui devons, est un événement individuel. Il n'y avait pas encore de peuple juif ou de peuple hébreu qui justifie un événement, quel qu'il soit.
— La circoncision, oui.
— Oui, mais on ne fait pas… Je n'ai pas compris la question.
— Il a circoncis son fils, oui. Il a fait lui une fête. Mais est-ce qu'on fait une fête, nous ? Quelle fête nous faisons seulement pour la circoncision d'Yitzhak ? On n'en fait pas ? Non ? On ne fait pas toute une fête pour la circoncision d'Yitzhak. On ne sait même pas quand cela s'est passé. Alors, vous avez tellement peur ? Quand on vous demande ce que les Juifs commémorent à Roch Hachana, on ne vous a pas dit ? Le jour du jugement. Mais ce n'est pas une raison de faire la fête, le jour du jugement.
Certains vous diront, je ne sais pas si vous avez entendu parler de ça, que c'est le jour de la création du monde. Vous avez entendu parler de ça ? C'est vrai que, d'après le judaïsme, le monde a été créé. Comment ? C'est pas vrai ? Pourquoi c'est pas vrai ?
— Oui, si on admet que le premier jour de Roch Hachana serait le jour de la création de l'homme, il faut mettre six jours avant, en supposant que ce sont vraiment des jours. D'accord ? Bon, oui.
— Hein ? Bah oui, le premier Tichri, c'est Roch Hachana. Décidez-vous, c'est le premier Nissan ou le premier Tichri ?
— Le premier quoi ?
— Tu dis donc, en fait, c'est… Dieu aurait voulu créer le monde au premier Nissan, et puis pour des raisons techniques il a préféré faire ça le premier Tichri, c'est ça ? Ou un truc de ce genre.
— Oui, ça commence à être intéressant, effectivement, ça nous rapproche du texte talmudique, oui.
Il s'est fait juger ce jour-là, oui. Mais est-ce que c'est une raison de faire la fête, quand on est jugé ? Il s'est d'ailleurs fait mal juger, il a été condamné. Il a survécu, mais enfin, c'est pas sympathique. Il a été éjecté du Gan Eden, quand même.
— Oui.
Pour tout vous dire, il y a une controverse entre nos maîtres à ce propos. Regardez dans le texte du Talmud que vous avez sous les yeux. Vous voyez le texte au milieu ? Est-ce que quelqu'un ici a l'expérience d'avoir étudié une page de Guemara ? D'accord, c'est très bien. Vous êtes de grands talmudistes, vous allez donc pouvoir lire ça facilement. Regardez dans le texte central, vous comptez la cinquième ligne à partir du bas. Un, deux, trois, quatre, cinq. Et vous tombez, au milieu de la ligne, sur le mot Tanya. Vous avez trouvé ? Très bien. Tanya, on a enseigné: rabbi Eliezer omer, que rabbi Eliezer disait…
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