Gaal Israël, le Dieu libérateur dans la troisième bénédiction
Pourquoi le mot Gaal est un nom de métier, et ce que la troisième bénédiction dit de la révélation dans l'histoire.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La troisième bénédiction du Shmone Esrei : la sainteté, 55 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Il y a deux bénédictions qui sont en introduction, et il y en a une qui vient en conclusion. Pourquoi avoir divisé les berakhot de cette manière ? Pourquoi les hakhamim, par exemple, n'ont-ils pas tout mis après ou tout mis avant ? C'est très simple. La troisième bénédiction parle de la révélation dans l'histoire. Et l'histoire commence, de notre point de vue, depuis qu'il y a eu le peuple d'Israël. Ce qui est avant n'est pas un lieu de révélation, c'est un lieu de préparation à la révélation.
Donc le Chema Israël, Hachem Elokeinou, Hachem Ehad, permet de découvrir Dieu dans l'histoire, entre autres à travers l'histoire de la libération de l'exil. C'est de cela que parle la troisième bénédiction, qui s'achève par les beaux mots Baroukh Ata Hachem Goël Israël. Bien. Goël Israël, ça veut dire quoi ? Qui a délivré Israël.
Effectivement, c'est une traduction légitime. On peut dire « qui a libéré Israël », mais « qui délivre », c'est-à-dire Goël. On dirait donc Goël Israël. Mais il y a une petite difficulté grammaticale: il manque le Chin. On devrait dire Cheguoël Israël ou Acher Goël Israël. Baroukh Ata Hachem Goël Israël: il manque ce qu'on appelle en français la locution « qui a ». N'est-ce pas ? « Qui a délivré Israël. »
On devrait dire Hacher Gaal Israël. Alors, que veut dire le texte ? Peut-être qu'il faut le lire autrement. Dans ce cas-là, on devrait dire Goël. En fait, le mot Gaal, je vais vous donner une interprétation très belle de Nechama Leibovitch, qui était une des grandes commentatrices du Tanakh au XXe siècle, et qui a expliqué que le mot Gaal, ici, veut dire libérateur. Libérateur d'Israël. Ce n'est pas un verbe, c'est un nom de métier.
Vous connaissez la forme grammaticale en hébreu pour dire les noms de métiers ? Par exemple, un menuisier se dit Nagar. Nagar, n'est-ce pas ? Sapar, c'est un coiffeur, n'est-ce pas ? Un bûcheron, Hotev, etc. Maintenant, comment ça s'écrit ? On met sous la première lettre un patah. Dans la deuxième lettre, on met un dagesh. Et sous la deuxième lettre, un kamats. N'est-ce pas ? C'est comme ça qu'on devrait écrire.
Maintenant, si c'est vrai, si le mot Gaal veut dire « celui dont le métier est de libérer », on devrait mettre sur le guimel un patah, un dagesh dans le aleph, et un kamats sous le aleph. Or ce n'est pas comme ça que c'est écrit. Regardez dans le texte: c'est le contraire. Vous avez un dagesh dans le guimel, un kamats sous le guimel, rien dans le aleph, et un patah sous le aleph.
Donc, Nechama Leibovitch aurait-elle tort, par hasard ? Certainement pas, parce qu'elle connaissait très bien sa grammaire. Il faut comprendre comme ceci. Tout d'abord, le dagesh qu'il y a dans le guimel est normal, parce qu'on met un dagesh dans la lettre qui ouvre le mot, donc ça, ça va. Est-ce qu'il existe un dagesh dans le aleph ? En principe, non. Et donc, comme on ne peut pas mettre de dagesh dans le aleph, cela transforme le kamats en patah.
Maintenant, pourquoi ne pas mettre un kamats sous le aleph ? Parce que c'est à l'état construit: c'est « le libérateur de ». Donc le kamats devient un patah. De manière paradoxale, le mot est donc ponctué de la même manière que s'il s'agissait d'un verbe. Elle a donc raison. Gaal Israël veut dire celui dont le métier est de libérer Israël. C'est-à-dire que le vrai Israël, disait le Rav Tsioda, c'est l'Israël libéré. Et donc le vrai Dieu d'Israël, c'est le Dieu libérateur. C'est pour cela que la bénédiction s'achève par Gaal Israël.
Une fois qu'on a compris, Yotser Ha-Meorot, créateur de l'ordre du monde, y compris la nature et les anges, et puis Ahava Rabba Ahavtanou, ou Oumanakh Bamou Israël Beahava, qui a élu son peuple Israël avec amour: Dieu se manifeste à travers l'homme, en particulier à travers Israël. Et donc on peut proclamer l'unité de Dieu: Chema Israël, Hachem Elokeinou, Hachem Ehad.
À partir de ce moment-là, il y a révélation dans l'histoire, et cela s'achève par Gaal Israël. Vous avez compris l'ordre des paragraphes maintenant ?
Maintenant, il faut entrer dans le texte même du paragraphe. Le paragraphe commence par le mot Emet, c'est ça ? Et il est dit deux fois par jour, le soir et le matin. Le soir, on dit Emet ve-émouna. Et le matin, on dit Emet ve-yatsiv. C'est-à-dire qu'il y a deux manières de formuler la vérité.
Quand je dis Emet, c'est-à-dire ce que j'ai dit jusqu'à présent, c'est-à-dire le Chema Israël avec tout ce qui s'ensuit, cela est vrai. Emet. D'accord ? Le problème, c'est qu'il y a deux manières de voir une chose vraie. On dit que c'est vrai parce qu'on y croit, ou on dit que c'est vrai parce qu'on le voit. Alors la nuit, on dit Emet ve-émouna: c'est vrai parce qu'on y croit. Mais le matin, on dit « c'est vrai » parce qu'on le voit: Emet ve-yatsiv.
Que veut dire le soir, que veut dire le matin ? Le soir d'Israël, c'est la galout. Pendant la galout, on n'a plus besoin d'émouna, mais je dirais même plus que cela: pendant la galout, c'est l'émouna qui va de soi. Parce qu'on vit dans un monde qui est tellement le contraire de ce que nous espérons, qu'il ne nous reste plus que l'émouna. Il y a donc eu des manifestations d'émouna absolument énormes pendant le temps de l'exil. L'émouna était très forte.
Mais une fois qu'on sort de l'exil, qu'on arrive au matin, on ne veut plus seulement croire, on veut que cela se réalise. Et si cela ne se réalise pas, il y a une crise de l'émouna. On l'appelle une crise d'émouna. C'est pour cela que, de nos jours, de manière paradoxale, alors que nous sommes en train de sortir de l'exil, il y a une baisse de l'émouna: parce qu'on veut que cela se réalise. Vous avez compris ?
Maintenant, autre problème: que veut dire le mot Yatsiv ? Yatsiv veut dire « accompli ». Emet veut dire yatsiv; Amits, absolu. En hébreu moderne, le mot yatsiv veut dire « stable ». Quand on dit que la situation du malade se stabilise, en hébreu on dit Matsavo mityatsev. Cela veut dire le mot yatsiv. Mais ça, c'est l'hébreu moderne. En hébreu ancien, le mot yatsiv veut dire autre chose.
Le mot yatsiv est en fait un mot araméen qui veut dire « vrai ». En hébreu, emet; en araméen, yatsiv. Donc si je dis Emet et yatsiv, c'est une répétition: vrai et vrai. Oui, mais ce n'est pas exactement la même chose. Ça, c'est du vrai en hébreu, et ça, c'est du vrai en araméen. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Le vrai en hébreu, c'est du vrai manifeste. Le vrai en araméen, c'est du vrai qu'il faut prouver: la réflexion, la spéculation philosophique nous prouvent que c'est vrai. Mais c'est déjà un éloignement par rapport à la vérité …
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